Explication simple des idées du « Travail » par Maurice Nicoll

Traduction libre UN Chacun d’entre nous est deux personnes – la personne que nous nous imaginons être, et ce que nous sommes réellement. Seule l’observation de soi nous le montre. Nous ne pouvons pas comprendre que nous sommes deux personnes si nous ne commençons pas à comprendre ce que signifie s’observer soi-même. Nous voyons un […]

Traduction libre

UN

Chacun d’entre nous est deux personnes – la personne que nous nous imaginons être, et ce que nous sommes réellement. Seule l’observation de soi nous le montre. Nous ne pouvons pas comprendre que nous sommes deux personnes si nous ne commençons pas à comprendre ce que signifie s’observer soi-même.

Nous voyons un monde extérieur : c’est ce que nous donnent nos sens. Mais les sens sont tournés vers l’extérieur et ne peuvent pas voir ce que l’on est.

Mais nous avons un organe à l’intérieur de nous qui peut observer ce que nous appelons soi-même. Grâce à lui, nous pouvons voir nos pensées, nos sentiments, nos humeurs. C’est le début de la transformation en une autre personne.

Notre vie dépend de cette chose appelée « soi-même ». Si nous souhaitons avoir une vie différente, nous devons tout d’abord nous rendre compte du type de vie que nous avons actuellement. Toutes les formes de souffrance sont dues à ce « soi-même ». Tant que nous restons ce « soi-même », notre vie ne peut pas changer. Elle attirera toujours les mêmes malheurs, les mêmes déceptions, etc.

Le travail commence donc par le fait de voir comment nous sommes, quel genre de personne nous sommes. Par exemple, si nous traitons les gens sans tenir compte de leurs sentiments et que nous ne le savons pas, nous souffrirons toujours de leur désir de s’éloigner de nous. Mais ne voyant pas comment nous sommes, nous blâmons les autres. Si nous ne voyons pas comment nous nous comportons, nous ne pouvons pas changer. Les autres se rendent compte de ce que nous sommes : tels que nous sommes, nous ne le pouvons pas – jusqu’à ce que nous commencions à nous observer. En ne voyant pas ce que nous sommes, nous croyons que nous ne sommes pas traités correctement.

Si nous observons ce que nous pensons et ressentons, ce que nous disons, comment nous agissons, au bout d’un certain temps, une nouvelle mémoire commence, une mémoire de nous-mêmes. Dès lors, nous commençons à nous rendre compte que nous ne sommes pas ce que nous supposions être. Nous commencerons à nous comporter différemment, à ne pas blâmer les autres, à ne pas nous sentir redevables de quelque chose. Nous commençons à réaliser que nous sommes deux personnes et que nous l’avons toujours été. Ce que nous avons supposé être est imaginaire.

Lorsque nous voyons les contradictions entre notre « nous-mêmes » imaginaire et ce que nous sommes réellement, nous commençons à changer, car nous nous séparons de l’illusion de nous-mêmes. Nous commençons à nous rendre compte que nous nous sommes reposés sur une base entièrement fausse.

Lorsque nous observons ce que nous sommes réellement, nous nous ouvrons à recevoir de l’aide – une aide qui peut réellement nous changer. L’aide ne peut pas nous atteindre tant que nous sommes satisfaits de nous-mêmes.

Ce Travail dit qu’il existe une aide pour ceux qui commencent à se rendre compte, dans chaque acte quotidien, dans tout ce qu’ils disent et ressentent, qu’ils ne sont pas vraiment ce qu’ils supposent être.

Lorsque nous commençons à nous observer sincèrement, c’est tout notre destin qui commence à changer. Mais cela signifie qu’il faut remarquer, sur une longue période, la façon dont nous parlons, dont nous pensons, les critiques que nous faisons, le ressentiment de ce qu’on nous dit, la façon dont nous réagissons aux autres, les opinions dont nous disputons, la façon dont nous sommes flattés, dont nous jugeons les autres, notre vanité, notre cruauté, nos humeurs, nos émotions. Si nous ne nous détachons pas de ces choses, nous restons mécaniques.

Notre vie psychique, notre vie intérieure, est dans l’obscurité, jusqu’à ce que nous commencions à laisser entrer un rayon de lumière, de conscience de ce qui s’y passe. Pour cela, nous devons nous diviser en deux – une partie observatrice et une partie observée. Lorsque le « moi » observateur est établi en nous, c’est de ce « moi » que découle tout le reste. Il est petit et faible au départ, mais il est comme une fenêtre qui laisse entrer la lumière.

DEUX

Le but de l’observation de soi est de nous permettre de nous changer. Mais son premier objectif est de nous rendre plus conscients de nous-mêmes. Ce n’est qu’en nous rendant plus conscients de nous-mêmes qu’elle nous permet de commencer à changer.

Dans la vie ordinaire, nous ne voyons que ce qui est à l’extérieur de nous, et ne remarquons pas ce qui se passe à l’intérieur de nous, comment nous pensons, ressentons, et parlons, toujours de la même manière. Mais nous avons un sens interne. Il n’est pas développé, mais il peut l’être, et commencer à nous montrer comment nous sommes – et ainsi nous pouvons être changés.

Nous ne pouvons pas être changés si nous ne voyons pas le genre de personne que nous sommes. Nous pratiquons l’observation de soi afin d’augmenter notre conscience, et sans une augmentation de la conscience, rien en nous – ou dans l’humanité – ne peut être changé.

Le côté pratique de ce Travail commence par l’observation de soi, et non par la tentative de changer les circonstances extérieures ou les autres personnes : mais il doit s’agir d’une observation de soi sans critique.

Nous avons naturellement un petit degré d’observation de soi, mais qui ne dépasse jamais un certain point. Nous commençons à nous critiquer. Nous nous arrêtons et commençons à nous remettre dans le droit chemin, à rétablir le sentiment ordinaire de nous-mêmes. Il faut dépasser ce point, et avoir la force de supporter ce que l’on observe, calmement. C’est difficile parce que nous sommes identifiés, attachés à nous-mêmes et, naturellement, nous ne voulons pas être idiots ou ridicules.

Nous devons observer, non seulement que nous avons fait quelque chose de faux, mais aussi ce qui se passe en nous après. Il ne peut y avoir de changement en nous si nous sommes arrêtés par l’autocritique.

Pour commencer à s’observer, il faut commencer par quelque chose de précis ; par exemple, parler ou se comporter dans certaines circonstances. Nous devons apprendre à connaître ces choses à fond, objectivement, sans critiquer. Lorsque nous constatons que les mots sortent de nos bouches bon gré mal gré, nous commençons à voir que nous n’avons pas de conscience et qu’il y a en nous quelque chose qui n’est pas nous-mêmes et que nous ne pouvons pas contrôler.

Nous devons nous étudier comme si nous étions une autre personne indépendante de nous-mêmes.

L’homme est mécanique, nous dit le Travail, et il réagit à la vie mécaniquement. Le premier pas pour se changer soi-même est de se rendre compte progressivement que ce que l’on prend pour soi est une machine.

Nous ne voyons pas en nous-mêmes. Nous vivons dans un état d’obscurité intérieure, et rien ne peut être changé si nous ne laissons pas la lumière pénétrer dans cette obscurité. Nous imaginons que nous nous connaissons. Mais, à chaque instant, nous réagissons automatiquement à la vie.

L’observation de soi nous le montre petit à petit ; et l’observation de soi, en laissant entrer la lumière, commence le changement en nous par sa propre action : car cette lumière est la conscience, à condition qu’elle ne soit pas critique.

L’illusion que nous sommes conscients, et que nous sommes un, nous empêche de changer. Nous croyons avoir un Je permanent et immuable. Nous devons d’abord nous observer sans esprit critique.

Lorsque nous commençons à nous rendre compte que les choses parlent à partir de nous et que les actions se déroulent à partir de nous sans que nous en ayons conscience, nous commençons à avoir une nouvelle vision de nous-mêmes. Mais nous pensons que nous savons et que nous nous rappelons nous-même, jusqu’à ce que l’observation de soi nous montre que nous ne sommes pas ce que nous imaginons mais que nous sommes des machines. Alors, l’observation de soi sans critique empêchera beaucoup de choses de se produire en nous, et nous montrera ce qui n’est pas du tout nous. C’est le fait d’être endormi vis-à-vis de nous-mêmes qui nous fait continuer à nous comporter comme nous le faisons.

Ce Travail commence par soi-même, et son but est de se changer soi-même. Nous passons à côté de l’essentiel si nous pensons qu’il s’agit d’affaires extérieures. Chacun est un point de changement possible, et le changement, qu’il s’agit de soi-même ou du monde, se trouve ici. Si nous changeons, nous faisons de la place aux autres. Mais nous ne pouvons pas changer si nous ne nous observons pas nous-mêmes. Nous nous trompons en pensant que ce qui est extérieur à nous doit être changé.

Notre attitude envers les autres engendre toutes sortes de frictions, et nous ne voyons pas que nous sommes responsables de la situation. Mais nous pouvons prendre conscience que nous critiquons, et que ce que les autres disent de nous est vrai. Cela signifierait que nous nous sommes suffisamment observés pour devenir plus conscients de nous-mêmes et c’est cela qui modifie une situation.

L’observation de soi doit nous rendre plus conscients de nous-mêmes, et c’est le point de départ de ce système appelé le Travail.

TROIS

Changer signifie modifier ce que l’on est maintenant. On ne peut plus garder les mêmes opinions ou juger les autres de la même manière. Il ne s’agit pas d’ajouter à ce que l’on est, mais de changer son être.

Dans ce Travail, l’homme est considéré comme non conscient. La première augmentation de la conscience que nous pouvons développer passe par une réelle connaissance de soi, au moyen de l’observation de soi.

Nous nous imaginons être pleinement conscients. Nous vivons – dit le Travail – dans un monde d’humanité endormie, et nous sommes nous-mêmes endormis. Tout peut arriver dans ce monde, et tout arrive simplement. Il en sera toujours ainsi, à moins que nous ne nous réveillions. Si nous pouvions nous réveiller, un nouveau monde deviendrait possible.

Cela nécessite d’abord de reconnaître que nous sommes endormis, puis d’abandonner les illusions et les images de nous-mêmes.

Toutes nos théories visant à améliorer le monde, alors que nous sommes encore endormis, ne font qu’intensifier le sommeil de l’humanité.

Il existe quatre états de conscience réels et possibles pour l’homme :

4 État de la Conscience Objective

3 État de conscience de soi ou de rappel de soi (premier état d’éveil véritable)

2 L’état de veille

1 Sommeil avec rêves

Dans le premier état de conscience, nous sommes réellement endormis dans notre lit. Dans le deuxième état de conscience, nous nous promenons dans le monde, occupés par nos affaires quotidiennes, en pensant que nous sommes éveillés. Mais le troisième état de conscience est le premier état véritablement éveillé, et il est en fait notre droit. Le quatrième état est la conscience de la vérité des choses telles qu’elles sont.

Si nous ne parvenons pas à atteindre le troisième état de conscience, nous ne pouvons pas recevoir d’aide. L’aide ne peut nous parvenir que lorsque nous réalisons que nous sommes endormis. L’homme endormi ne peut pas obtenir d’aide.

L’IDÉE DE L’AIDE DANS LE TRAVAIL

Nous pouvons obtenir de l’aide si nous travaillons sur nous-mêmes et si, par le biais du rappel de soi, nous élevons notre niveau de conscience à un niveau supérieur. Alors l’aide peut nous atteindre. Lorsque l’on se rend compte que l’on est endormi, on comprend que l’on a besoin d’aide.

Le Travail offre une parabole qui illustre la situation de l’homme à l’heure actuelle. L’humanité dort profondément et se dirige vers le bord d’un précipice qu’elle ne voit pas. Mais un homme peut se réveiller en réalisant qu’il est au bord du précipice ; et s’il ouvre les yeux, il verra qu’il y a une corde au-dessus de sa tête qu’il peut escalader : mais pour atteindre cette corde, il doit sauter. Lorsque nous sommes au niveau où nous imaginons que nous pouvons être aidés tels que nous sommes, aucune aide ne peut nous atteindre.

Pour que quelque chose de mieux existe, nous devons nous changer nous-mêmes. La complaisance, l’autosatisfaction, la vanité, l’ignorance – toutes ces choses et bien d’autres encore empêchent l’aide de nous parvenir.

À l’origine, la prière était destinée à demander de l’aide pour s’élever à un niveau de conscience supérieur. Le Notre Père est conçu pour que l’homme se rappelle lui-même, pour un changement complet de son être, afin que l’aide puisse entrer en lui.

La nature de l’aide est d’abord de nous montrer où nous nous trompons. Ce Travail enseigne que l’aide existe, mais qu’elle ne touche l’homme et ne fait connaître sa présence que lorsqu’il s’élève jusqu’à elle, c’est-à-dire lorsqu’il s’élève jusqu’au troisième état de conscience. Si nous ressentons vraiment notre situation, nous allons essayer de nous élever à un nouveau niveau de conscience.

QUATRE

L’aide existe mais ne peut atteindre que le troisième niveau de conscience – appelé l’état de conscience de soi, ou conscience de soi, ou rappel de soi. C’est le premier état véritablement éveillé.

Pour devenir conscients, nous devons commencer à nous observer ; nous devons observer ce que nous disons, ce que nous pensons, ce que nous ressentons, les sensations que nous avons, nos mouvements.

Nous devons nous observer correctement, à partir d’un point de départ précis, dans une direction précise. Premièrement, que nous ne sommes pas un, mais plusieurs. Nous sommes un homme pensant, un homme émotif, un homme en mouvement, un homme instinctif qui a faim, qui a soif, qui a chaud ou froid, qui se sent bien ou mal.

Tous ces éléments sont contrôlés séparément par ce que le Travail appelle des centres. Le centre intellectuel contrôle notre pensée, et le centre émotionnel contrôle les émotions que nous ressentons ; le centre moteur contrôle tous les mouvements du corps, et le centre instinctif s’occupe de toutes les fonctions internes du corps, comme la digestion des aliments, la circulation du sang, la respiration et les sensations.

Nous pensons souvent à une chose et en ressentons une autre parce que les différents centres ne fonctionnent pas en harmonie. Si un homme s’observe uniquement par rapport au centre intellectuel et au centre émotionnel, il verra qu’il est deux personnes et non une seule.

L’esprit du centre moteur fonctionne différemment de l’esprit du centre intellectuel – par exemple, l’activité mobile des mains lorsqu’elles jouent du piano, par opposition à l’activité intellectuelle de l’esprit lorsqu’il pense et converse.

Le fonctionnement du corps est contrôlé par le centre instinctif. Il s’occupe de tout le travail intérieur de l’organisation du corps dont le centre intellectuel ne sait rien.

Si nous voulons nous connaître de la bonne manière pour être plus conscients de nous-mêmes, nous devons d’abord observer ces quatre hommes en nous-mêmes. Prenons par exemple le fait de se lever tôt, et les difficultés que cela implique, montrant que nous ne sommes pas une unité.

Cela montre comment le centre intellectuel ne peut pas à lui seul contrôler d’autres centres. Deux centres doivent être d’accord pour en contrôler un troisième.

La première étape du changement de soi consiste donc à réaliser que nous ne sommes pas une seule personne. Nous devons réaliser que nous sommes quatre personnes différentes, quatre personnes avec des esprits différents.

Chaque centre dispose d’une certaine quantité de force disponible à un moment donné pour qu’il fonctionne. Si cette force est épuisée, il ne peut pas faire son travail correctement. Nous ne pouvons pas continuer à utiliser un centre aussi longtemps que nous le souhaitons. La force est épuisée. Mais nous pouvons alors utiliser un autre centre. Tout ce que nous faisons nécessite de la force – penser, sentir, se déplacer, manger, boire. Mécaniquement, nous agissons à partir du centre qui dispose de la force et qui est attiré par quelque chose. Nous devons comprendre que si nous sommes épuisés dans un centre, il est possible d’utiliser la force dans un autre.

Nos vies sont réparties entre les centres. Chacun a ses propres intérêts qui ne sont pas antagonistes mais complémentaires, et chacun est nécessaire à la vie humaine. Un homme équilibré est un homme chez qui tous les centres fonctionnent normalement et ont leurs périodes d’activité appropriées.

On peut maintenant faire agir les centres intellectuels et moteurs par un effort direct. Nous pouvons résoudre un problème, nous concentrer sur quelque chose ou accomplir une tâche musculaire. Mais nous ne pouvons pas nous faire éprouver une émotion particulière, ni nous donner faim, froid, chaud, etc. Dans une certaine mesure, nous pouvons résister à une émotion ou à une sensation, mais nous ne pouvons pas déterminer le type d’émotion ou de sensation que nous ressentons.

CINQ

Tous les hommes ont un centre intellectuel, un centre émotionnel, un centre instinctif et un centre moteur, mais ces centres sont développés de manière très différente selon les hommes.

Premier exemple : prenez un homme qui aime l’activité et un homme qui aime réfléchir – un homme numéro 1 et un homme numéro 3. S’ils essaient de se rencontrer, ils souhaitent chacun parler de choses qui découlent de leurs centres prédominants. Ils se ressemblent en ce qu’ils ont tous deux les mêmes centres, mais ils sont différents en ce que l’un s’est développé dans le centre du mouvement et l’autre dans le centre intellectuel.

L’humanité est divisée en trois types d’hommes – l’homme numéro 1, l’homme numéro 2 et l’homme numéro 3. L’homme numéro 1 doit être classé selon qu’il est :

Numéro 1 moteur – dont la préoccupation première est l’action et le travail musculaire.

Numéro 1 Instinctif – dont la préoccupation première est le confort physique, et qui sera paresseux et inactif.

La majorité de l’humanité est soit le numéro 3 instinctive, soit le numéro 1 moteur.

Le Numéro 2 est l’homme émotionnel qui ressent tout. À un moment donné, il est enthousiaste et exalté, le suivant, il est déprimé et de mauvaise humeur. Il est préoccupé par ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas. Sa vie oscille entre l’espoir et le désespoir, l’enthousiasme et le découragement, l’amour et la haine, le goût et l’aversion.

Le Numéro 3 est l’homme intellectuel. Son centre de gravité se situe dans le centre intellectuel, c’est un théoricien, qui a une théorie sur tout. Ses propres pensées et les pensées enregistrées des autres l’intéressent plus que tout autre chose.

Chacun de ces trois hommes est caractérisé par le fait qu’un centre travail principalement. Cependant, un homme instruit, n’est pas seulement 1, 2 ou 3 ; les autres centres travaillent en lui dans une certaine mesure.

Premier exemple : prenez un homme numéro 1 (moteur) 2 3 – un soldat. Ses émotions le rendent maussade, sensible ou jaloux. Il est préoccupé par lui-même et n’est pas doué pour les examens.

Deuxième exemple : prenons un homme numéro 1 (instinctif) 3 2. C’est aussi un soldat, amateur de sport. Mais il étudie l’histoire des guerres, la stratégie, et peut-être des sujets non militaires. Il réussit ses examens assez facilement, mais il ne ressent pas grand-chose, il n’est pas contrarié ou maussade, mais il est très discipliné.

On peut donc faire six formulations de l’homme : 1 2 3, 1 3 2 ; 2 1 3, 2 3 1 ; 3 1 2 , 3 2 1 . Un homme 1 2 3 (instinctif) se préoccupe surtout de manger, il sera paresseux et peu enclin à l’effort. Gouverné par son corps, il sera facilement déprimé, deviendra boudeur et morose. Un tel homme ne réfléchit guère.

Lequel de ces hommes nous sommes ne peut être découvert que par l’observation de soi. Mais une bonne approche de la vie nécessite le bon fonctionnement de tous les centres – et aborder les situations avec le mauvais centre est inutile.

Chaque centre nécessite son propre développement.

L’humanité mécanique est déséquilibrée parce que la vie est vue à travers un seul centre ; et par conséquent, les personnes appartenant au cercle mécanique de l’humanité ne se comprennent pas.

Le but et l’objet de ce Travail est d’atteindre l’Homme Équilibré, l’Homme Numéro 4. L’homme numéro 4 a tous les centres plus ou moins également développés, de sorte qu’un centre n’usurpe pas la fonction d’un autre, et que chaque centre fait son propre travail en fonction de la situation.

Pour atteindre l’homme numéro 4, il est nécessaire de travailler sur soi consciemment. L’homme numéro 4 n’est pas mécanique. Les personnes qui ont commencé à atteindre le niveau de l’homme numéro 4 commencent, en même temps, à se comprendre mutuellement.

Pour commencer à s’approcher de l’homme numéro 4, une personne doit être prête à développer les aspects de sa personnalité qui lui font défaut. Par conséquent, aucune nouvelle expérience n’est inutile, une fois que l’on a compris la direction dans laquelle se trouve l’évolution.

Dans la vie, les gens ne se comprennent pas parce qu’ils n’ont pas de langage commun. La première étape pour se comprendre est d’apprendre une langue commune.

SIX

Nous avons vu que l’homme n’est pas un, mais quatre, chaque centre en lui étant un esprit différent. Il est en fait multiple. Sur une longue période, l’observation de soi nous montrera cette multitude, à chacun desquels nous disons « je ».

À chaque instant, ces « moi » changent : l’un d’eux parle, un autre parle, et l’un peut contredire l’autre, ou du moins ne rien savoir de ce que le premier « moi » a dit.

Nous nous attribuons de nombreuses choses que nous ne possédons pas, comme la pleine conscience, la volonté et un « Moi » réel et permanent qui ne change jamais.

C’est une illusion. L’homme n’a pas une seule volonté mais de nombreuses volontés contradictoires. L’homme n’est pas conscient, il vit presque toute sa vie endormi. Il n’a pas un « moi » permanent mais une multitude de « moi ». Dans une allégorie du Travail, l’homme est comparé à « une maison en désordre ». Le Maître est absent, et les domestiques font ce qu’ils veulent. Lorsque le téléphone sonne, ils parlent et prétendent être le Maître, et font toutes sortes de promesses et d’ordres sous ce prétexte. Certains de ces serviteurs sentent qu’un meilleur état est possible. Ils voient clairement ce qui se passe et se regroupent avec l’intention de mettre de l’ordre dans la maison, dans l’espoir que cela attire le retour du Maître.

Chaque « moi » dans un homme a été acquis à partir d’une expérience de vie, d’une imitation, de l’environnement, d’un élément réel, d’un fantasme, d’une profession, etc.

L’homme n’est pas né avec une Personnalité, mais avec une Essence. La personnalité commence à se former très tôt dans la vie, dès que l’enfant commence à imiter. C’est à ce moment-là qu’il acquiert des manières, des semblants, etc. L’enfant finit par se croire tout ce qu’il a acquis.

En nous observant du point de vue de plusieurs « moi », nous commençons à réaliser que ce n’est pas toujours la même personne qui parle, même si nous l’appelons « moi ». Nous remarquons que différents « moi » parlent à différents moments de la journée et nous prennent en charge. Nous changeons tout le temps. Certains « moi » se réveillent, d’autres s’endorment. Un « moi » fait une promesse dont les autres « moi » ne savent rien. Certains « moi » sont très dangereux et si nous voulons nous développer, nous devons les empêcher de prendre le contrôle. Ce sont surtout les « moi » qui déforment les choses, qui mentent sur tout, qui sont rancuniers ou amers, qui s’apitoient sur eux-mêmes ou qui sont malveillants.

Un bébé naît en tant qu’Essence, et il est éveillé dans la mesure où il est réellement son Essence. Il est bien sûr petit, mais bien réel. Mais, étant né parmi des personnes endormies, il s’endort rapidement. Il commence à imiter, et c’est l’une des raisons pour lesquelles la Personnalité se forme.

Essayez de vous observer du point de vue des différents « moi » qui existent en vous, et remarquez comment ils se contredisent souvent. Remarquez les « moi » dans lesquels vous êtes lorsque vous êtes seul : remarquez comment ils changent lorsque quelqu’un entre dans la pièce. Essayez de remarquer l’intonation avec laquelle parlent les différents « moi ».

SEPT

Si nous ne voyons pas quel facteur en nous-mêmes nous fait obstacle, nous ne pouvons pas grandir, nous ne pouvons pas nous développer intérieurement. Si nous voulons nous développer, nous devons être capables de nous observer.

Il est habituel de considérer que toutes nos difficultés sont dues à des causes extérieures à nous-mêmes, car c’est tout ce que nous voyons. Mais si nous commençons à réaliser que c’est nous-mêmes, notre niveau d’être, qui attire notre vie, et à comprendre la nécessité de travailler sur nous-mêmes parce que notre problème réside en nous-mêmes, nous pouvons commencer à changer. Si nous parvenons à réaliser que nos problèmes résident en nous-mêmes, nous savons que tout dépend de nos efforts pour nous changer. Et si nous ne parvenons pas à ce point de conscience, tout restera, non seulement identique, mais empirera.

Nous devons essayer de découvrir par l’observation de soi ce qui nous maintient au même endroit en nous-mêmes.

Changer la vie, veut dire se changer soi-même. Mais le plus souvent, nous avons l’illusion que le changement pour l’amélioration de notre vie dépend des circonstances extérieures, et que celles-ci devraient être différentes. C’est ce qui nous rend malheureux.

La première chose que nous devons faire pour nous changer est de renoncer à notre souffrance. Mais les gens ne le font pas – ils luttent pour la conserver.

Le Travail dit que le monde n’est pas gouverné par le sexe ou le pouvoir, mais par les émotions négatives – c’est-à-dire par certains états du centre émotionnel, appelés émotions négatives. Il s’agit de la souffrance. Si nous ne renonçons pas à la souffrance, nous ne pouvons pas changer. Le premier signe d’une mauvaise attitude face à la vie, la première illusion, est la souffrance inutile. Cela se produit parce que nous abordons la vie à travers nos propres idées de ce qu’elle devrait être, et nous imaginons que ce qui nous arrive est exceptionnel. Tout cela produit de la souffrance, car nous n’avons pas compris la nature de la vie et ne souhaitons pas la connaître. Nous luttons contre les difficultés – oui – mais nous pensons que notre vie est gâchée.

Nous arrivons donc à un nouveau point de vue : celui de réaliser que notre vie est gâchée par la souffrance, et de vouloir nous débarrasser de tout apitoiement inutile, du sentiment de grief et de découragement. Nous devons sentir que la vie ne nous doit rien et que les autres ne nous doivent rien. Au contraire, nous devons sentir que nous devons aux autres et à la vie plus que ce que nous pouvons rembourser. Selon les termes du Notre Père, correctement traduits, nous devons demander l’annulation de nos dettes, « comme nous annulons les dettes qui nous sont dues », et non « pardonner ». En éliminant de nous-mêmes l’idée que les autres nous doivent quelque chose, nous devenons libres. Le sentiment d’être redevable est une souffrance inutile. Lorsque nous luttons contre cela, nous souffrons utilement.

Cet effort nécessite les idées du Travail. Les idées de la vie encouragent les souffrances inutiles et finissent par nous priver de plaisir, de bonheur et de nouveaux intérêts.

Pour se changer soi-même, il faut se libérer des attachements mesquins et des formes d’imagination sur soi-même qui nous maintiennent dans la position où nous sommes dans la vie. Nous sommes attachés à tout ce qui est en nous : la vanité, la stupidité, le mérite, la beauté, l’élégance, les réalisations, l’auto-évaluation, etc. et particulièrement à la souffrance. Ces éléments doivent être affaiblis pour qu’un changement puisse avoir lieu. Il se peut aussi que nous soyons attachés à l’autre côté de la même médaille – à l’idée de ne pas être ambitieux, de ne pas se soucier de la vie.

Les centres

Le centre intellectuel naît avec une partie négative et une partie positive, car pour penser, il faut pouvoir comparer – une capacité à dire « oui » et « non ».

Le centre émotionnel ne naît pas avec une partie négative – elle ne devrait pas être là, mais elle est acquise par l’influence de personnes qui sont négatives. Au contact des adultes, l’enfant apprend à s’apitoyer sur son sort, à ressentir des griefs, à parler avec méchanceté, à ressasser ses malheurs, à être mélancolique, maussade, irritable, méfiant, jaloux, à faire du mal aux autres, etc. Cette terrible infection de l’enfant est une chose contre laquelle on ne peut rien faire parce qu’elle n’est pas clairement reconnue. Cette infection forme la partie négative du Centre émotionnel. Et cette infection est transmise de génération en génération.

Les émotions négatives peuvent prendre des formes très subtiles, mais elles finissent toutes par déboucher sur la violence. Une fois que l’émotion négative dépasse un certain point, elle réveille des facteurs profondément ancrés dans le centre instinctif, et les gens ont alors envie de se faire du mal et de se tuer les uns les autres.

Il y a une raison particulière pour laquelle les émotions négatives sont encore pires que cela. Nous avons deux centres supérieurs en nous – le centre intellectuel supérieur et le centre émotionnel supérieur – qui sont pleinement développés et fonctionnent, mais nous ne sommes pas en contact avec eux. Lorsque nous ressentons un manque en nous-mêmes, un vide, un sentiment de futilité et d’être perdus dans un monde que nous ne comprenons pas, cela est dû au fait que nous ne pouvons pas entendre les Centres Supérieurs. Mais si nous entrions en contact avec les centres supérieurs dans notre état ordinaire, alors nos centres inférieurs deviendraient mille fois pires, plus intenses.

Nous pouvons vivre dans un monde meilleur, dans ce monde, si les émotions négatives sont réduites au minimum.

Si, après avoir observé nos émotions négatives, nous luttons contre notre vie émotionnelle, nous verrons que c’est toute notre attitude envers la vie qui doit changer. Il est impossible de surmonter seules les émotions négatives, car elles sont liées à toute notre attitude envers la vie ! Toute situation a besoin d’un nouveau point de vue pour être perçue, toute l’idée que nous avons de nous-mêmes doit être changée, et c’est un travail sur soi. Le Travail est conçu pour nous mettre en contact avec les Centres Supérieurs, mais tant que nous sommes gouvernés par des émotions négatives, les influences venant des Centres Supérieurs ne peuvent nous atteindre.

HUIT

Du point de vue de cet Enseignement, l’homme n’est pas un – il n’est pas une unité. Du point de vue des centres, il est trois : un homme intellectuel, un homme émotionnel, et un homme instinctif et mobile.

Le Travail parle aussi de l’homme en termes de connaissance et d’être. Ces deux aspects le forment – il est les deux, pas seulement son savoir, ni seulement son être.

Tout d’abord, considérez l’Être. Pour différentes sortes d’animaux il y a un être différent. L’être d’un serpent est différent de celui d’une sauterelle, et l’être d’une sauterelle de celui d’un porc ; et un porc a un être différent de celui d’un tigre. Un charpentier choisit son bois en fonction de sa pertinence à effectuer un travail. Si un stock de bois n’a pas atteint la maturité voulue, il dira que sa « nature » a disparu. Il parle de l’être.

Il n’est pas difficile de se rendre compte que les gens ont différentes sortes de connaissances, mais il n’est pas facile de se rendre compte qu’ils ont différentes sortes d’être. La conception de l’être est mise en avant dans le Travail, et nous devons essayer de comprendre ce qu’est l’être, et pourquoi ce concept est ainsi mis en avant.

Premier exemple : Un homme qui a des connaissances supérieures dans son domaine, mais qui fait toutes sortes d’actes méchants et mesquins, est plein d’envie, triche, vole des informations sans le reconnaître. Bien que cela soit évident pour nous, il ne s’en rend pas compte et s’étonne que les gens ne l’aiment pas. Si nous ne comprenons pas que cet homme a deux faces – la savoir et l’être – nous serons déconcertés par lui. Nous n’aimons pas son être, et nous pouvons décrire son niveau d’être comme tel ou tel.

Deuxième exemple : Un homme n’a aucune connaissance particulière, mais il n’est pas malveillant, n’est pas méchant et mesquin, ne triche pas, tient sa parole. Bien que dans le domaine de la connaissance il soit peu développé, son niveau d’être est plus élevé que celui décrit précédemment.

Si nous n’accordons de valeur qu’au savoir, nous admirerons le premier homme, quoi qu’il fasse, à cause de son savoir, et nous mépriserons le second parce qu’il est ignorant.

Ce jugement nous définira, car nous aurons alors un être pauvre.

C’est la tendance actuelle, les criminels deviennent les héros. Mais on ne peut pas enseigner à un criminel, car son niveau d’être utilisera toujours ses connaissances d’une manière criminelle.

Nous faisons usage de nos connaissances en fonction de notre niveau d’être. Par exemple – deux personnes ayant une connaissance néfaste d’une troisième personne ; c’est leur niveau d’être qui détermine leur comportement.

De là, nous pouvons voir que le savoir et l’être sont différents, et que notre relation à notre savoir est régie par notre être. Donner un savoir à une personne dont l’être est inférieur à son savoir, aboutit à son mauvais usage.

Le Travail enseigne que notre savoir et notre être doivent avoir un développement égal. Si les deux sont à peu près égaux, le résultat est que nous comprenons notre savoir.

La compréhension est définie comme la résultante du savoir et de l’être. Le savoir par lui-même, l’être par lui-même – aucun des deux ne donne la compréhension. Nous pouvons savoir beaucoup de choses et ne rien comprendre. Nous pouvons nous développer du côté de l’être jusqu’à un certain point, et pourtant être stupides ou ignorants.

Pour changer, nous devons nous développer du côté du savoir et du côté de l’être. Si nous ne faisons qu’étudier le système intellectuellement, rien ne changera. Si nous essayons de travailler sur l’être sans étudier le savoir, nous serons dans une impasse. Il n’y aura pas d’augmentation de la compréhension. Lorsque nous commençons à comprendre ce que nous ne comprenions pas auparavant, il y a une chance de changement précisément grâce à la compréhension.

L’homme est sa compréhension, et il ne peut se développer que par sa compréhension.

On dit que notre niveau d’être attire notre vie, et que si nous souhaitons que notre vie soit différente, un changement de notre niveau d’être est nécessaire. Cela signifie que tant que notre être reste le même, le même genre de choses nous arrivera, quel que soit le lieu ou les circonstances.

Nous pouvons voir que la connaissance et l’être sont relatifs chez différentes personnes. La relativité de la connaissance peut être comprise, mais la relativité de l’être est plus difficile à comprendre.

NEUF

L’homme est considéré comme inachevé, incomplet, imparfait. Il a la possibilité de se compléter, de se perfectionner, et tout ce qui est nécessaire pour cela se trouve en lui.

Il est une expérience d’auto-évolution. Tel qu’il est mécaniquement, il est incomplet et sous-développé, mais il est capable d’un développement intérieur plus poussé. C’est pourquoi on dit que l’homme est un organisme qui se développe de lui-même.

Dans le Nouveau Testament, l’homme est comparé à une graine. Il est dit que si un homme ne meurt pas à ce qu’il est maintenant, il ne peut pas évoluer vers ce qui est possible pour lui. On parle d’une transformation précise par laquelle l’expérience peut être achevée. L’idée que l’homme est un organisme qui se développe de lui-même signifie qu’il ne peut pas se développer sous la contrainte. Voir Dieu dans la chair signifierait que l’homme serait contraint de croire par l’évidence des sens, mais l’homme ne peut absolument pas se développer de cette manière. Il ne peut se développer que par la compréhension.

Si l’homme est une expérience spéciale sur cette terre, à la différence des animaux qui ne peuvent évoluer individuellement, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu’un homme ne peut se développer intérieurement que s’il commence à en comprendre la nécessité et en cherche lui-même les moyens. Ce n’est que par la liberté intérieure, qui est la compréhension de soi, que l’homme peut évoluer. Aucune contrainte extérieure ne peut y parvenir. Lorsque nous voyons que nous avons tort et que nous réalisons ce que nous sommes et comment nous nous comportons, alors à partir de cette base, l’évolution de soi devient possible. Nous commençons à changer lorsque nous commençons à nous comprendre et à en voir la nécessité.

L’homme est libre de se transformer par sa propre compréhension. C’est seulement dans ce sens qu’il est libre – et cette liberté, personne ne peut la lui enlever. Personne ne peut changer la vie des autres, mais chaque personne peut se changer elle-même. Ce système commence avec un homme, avec soi-même, avec vous – et son objet est de vous changer vous-même.

Aucune règle, aucun rituel, aucune cérémonie, aucun règlement, même s’ils ont pour but de développer l’homme, ne peuvent le changer s’il ne commence pas à comprendre.

Le Travail commence donc par enseigner que nous devons essayer d’entrer en nous-mêmes, et commencer à nous voir. Les prières, les pèlerinages, etc., sont inutiles parce qu’ils sont pris de l’extérieur. Ce n’est que par une nouvelle connaissance et un travail sur notre être qu’une nouvelle compréhension peut naître.

L’idée suivante est que l’homme est dans une mauvaise situation sur cette terre. La terre est un petit point dans le système solaire, le système solaire un petit point dans la Voie lactée ou Galaxie, et la Galaxie n’est qu’une des nombreuses Galaxies. L’homme est en mauvaise posture en raison de nombreuses lois qui ne contribuent pas nécessairement à son bien-être. Cosmiquement parlant, l’homme est une petite chose dans l’univers, une nouvelle expérience qui pourrait être effacée au profit d’une autre expérience. L’homme ne devient important que lorsqu’il prend conscience de son sens et de son destin et qu’il commence à vivre plus consciemment.

Si l’homme n’était qu’une machine, il ne souffrirait pas de ses doutes et de ses incertitudes intérieures douloureuses, tout simplement parce qu’il serait alors une machine ; mais tout le monde sait, de façon ténue, qu’il n’en est rien – et qu’il devrait en être autrement.

La troisième idée sur l’homme est que tant qu’il reste endormi et mécanique, il est utilisé.

Si l’homme était incapable de faire quoi que ce soit pour lui-même, sa situation serait sans espoir – il serait soumis à tout ce qui se passe autour de lui, aux inondations, aux maladies, aux guerres, etc. Ce serait sa seule vie. Mais si l’homme est créé comme un organisme qui se développe par lui-même, la vie ne peut pas le combler et n’est pas censée le combler ; son sens plein n’est pas dans la vie. Mais la vie nous utilise en raison de notre position sur cette planète. Le réarrangement des choses extérieures nous laisse toujours sous les mêmes lois qui utilisent l’homme. Tant que l’être reste le même, l’homme attire le même type de vie, de façon récurrente. Le seul point de départ du changement est en nous – dans notre esprit.

Toute l’humanité est endormie du point de vue de ce système. Nous sommes endormis et, dans cet état, l’homme ne peut rien faire. Aujourd’hui, l’humanité est de plus en plus utilisée par des forces cosmiques qui lui sont extérieures parce qu’elle a renoncé à son pouvoir d’éveil.

Ce système tourne autour du point central selon lequel l’homme est un organisme qui s’auto-développe, qui est capable d’évoluer grâce à sa compréhension et de changer son niveau d’être – ce qui lui permet de subir de nouvelles influences et d’obtenir de l’aide.

Dans les deux premiers états de conscience, nous sommes mécaniques et ne pouvons pas changer. Ce n’est qu’au troisième niveau de conscience, celui du rappel de soi, que l’homme peut modifier sa situation sur cette terre.

DIX

(Plus notre homme extérieur se meurt, plus l’intérieur est vivant : St Paul).

L’homme se compose de deux parties, l’Essence et la Personnalité. L’Essence est la partie qui peut se développer.

À la naissance, une personne est Essence, mais elle n’est pas développée. Le bébé doit grandir, et chaque centre doit développer son esprit et son intelligence. Un bébé vit dans le centre instinctif : peu à peu, il commence à se développer dans le centre moteur – pour marcher. Il ne comprend presque rien. La vie est à une grande distance de lui, et il vit dans son propre monde. Lorsqu’il commence à parler et à comprendre quelque chose de ce que les gens disent, la vie se rapproche. La Personnalité commence à se former.

La vie arrive sous forme d’impressions, qui tombent sur les différents centres, et forment des rouleaux. Les impressions sont déposées sur des rouleaux dans les différents centres. À la naissance, les centres sont vides, à l’exception du centre instinctif et d’une petite partie du centre moteur.

Tout ce que nous avons appris est stocké dans ces centres. Toutes nos habitudes – mentales, émotionnelles et physiques – sont stockées dans ces rouleaux. C’est au moyen de ces rouleaux que se construit la Personnalité.

Les personnes ayant des rouleaux similaires peuvent se sentir liées, et celles ayant des rouleaux différents peuvent se sentir perdues les unes par rapport aux autres. Mais les personnes qui ont des rouleaux différents, qui diffèrent par leur Personnalité, peuvent se sentir attirées les unes vers les autres : dans ce cas, il s’agit d’une certaine similitude d’Essence.

Nous devons comprendre que l’Essence est très vite entourée de la Personnalité. Ce avec quoi nous naissons est entouré de ce que nous acquérons – croyances, opinions, coutumes, etc. Ce qui nous est enseigné forme la Personnalité. Ce qu’est l’Essence, ce que nous sommes vraiment, reste non développé. Mais un homme ne grandit que par une nouvelle croissance de l’Essence.

Si, dans la vie, nous souhaitons être la première autorité sur un sujet donné, et que nous étudions pour y parvenir, nous augmentons la Personnalité. Si nous faisons quelque chose uniquement pour être les premiers, tous nos efforts ne mènent qu’à une croissance de la Personnalité – et ce, aux dépens de l’Essence.

Dans l’enseignement ésotérique, l’homme est considéré comme une graine capable de se développer individuellement. La partie de l’homme qui peut croître, comme une graine, est l’Essence. Mais au cours de notre éducation, notre sens de nous-mêmes, notre sentiment du « je », se déplace progressivement de ce que nous sommes réellement à ce que nous acquérons de la vie. À proprement parler, l’Essence est ce que nous sommes. La personnalité est ce qui n’est pas nous.

Par un vague sentiment de cela, les gens essaient parfois d’éviter la vie. Mais s’il est vrai que les gens simples sont plus essentiels, leur Essence ne s’est pas développée au-delà d’un certain point. Leur compréhension reste celle d’un enfant.

Le Travail dit que l’Essence n’est capable que d’un très petit développement par elle-même. Pour se développer au-delà d’un certain point, elle doit avoir de la nourriture. Un gland se nourrit d’abord de la substance qui entoure le germe de vie qu’il contient. Lorsqu’elle s’est développée en tant que plante, elle se nourrit du soleil et de la terre. Avec nous, il s’agit de former en nous une nourriture qui pourra plus tard nourrir l’Essence. Cette nourriture est la Personnalité. A moins que la Personnalité ne se forme autour de l’Essence par l’action de la vie, l’Essence ne peut s’étendre au-delà d’un certain point.

L’Essence peut croître toute seule, disons, jusqu’à quatre, cinq ou six ans. Elle s’arrête alors. L’enfant quitte alors son Essence et s’immerge de plus en plus dans la Personnalité qui se forme lentement. On lui enseigne ce en quoi il faut croire, ce qui est utile, et ainsi de suite – une confusion de choses.

Mais ce Travail dit, malgré cela, que la Personnalité doit être formée ; car si nous voulons, à un stade ultérieur de la vie, nous développer individuellement, nous ne pouvons pas le faire sans cette nourriture de la Personnalité. Nous ne pouvons grandir qu’aux dépens de la Personnalité.

Quelle est la situation intérieure de l’homme, en ce qui concerne son possible développement individuel ? L’homme est créé comme un organisme qui s’auto-développe. Le véritable développement est celui de ce qu’il est vraiment, ce avec quoi il est né, la croissance de l’Essence.

Par l’éducation et les circonstances extérieures en général, et par l’imagination, la Personnalité nous prend en charge. La Personnalité devient active et l’Essence passive. Cela signifie que nous croyons en tout ce que nous avons imité – ce côté que nous avons acquis, et que nous prenons pour nous-mêmes. Cela peut aller jusqu’à faire mourir pratiquement tout ce qui est réel en nous.

Néanmoins, la Personnalité doit se former dans un homme pour le relier à la vie, et plus la Personnalité est riche, mieux c’est. Mais ce n’est qu’une étape vers le développement. Le développement commence lorsque toute cette nourriture est mise à la disposition de l’Essence pour sa croissance ultérieure. En d’autres termes, le développement de l’Essence ne peut se faire qu’aux dépens de la Personnalité, et de certains résultats de sa formation en nous. Nous ne pouvons nous développer qu’en rendant la Personnalité passive. Cela permet à l’Essence de devenir peu à peu active et de se développer.

Ainsi, si nous désirons changer, nous devons commencer à aller contre nous-mêmes d’une certaine manière – contre ce que nous prenons pour nous-mêmes. Tout l’enseignement psychologique de ce système est lié à l’idée centrale d’un développement de l’Essence aux dépens de la Personnalité – un développement qui est impossible si la Personnalité n’a pas été formée en premier lieu, puisqu’il dépend de la Personnalité pour son accomplissement, et particulièrement de la qualité de la nourriture qui est stockée dans la Personnalité.

ONZE

La question du développement de l’Essence ne consiste pas à essayer de trouver ce qui, dans l’Essence elle-même, devrait se développer.

Il ne s’agit pas de faire en sorte que l’Essence se développe pour ainsi dire de force, mais de lui permettre de se développer. L’Essence ne peut pas se développer parce qu’elle est entourée de la Personnalité.

Un aspect particulier de la Personnalité est la Fausse Personnalité. On dit que la Fausse Personnalité est construite à partir de l’imagination. L’imagination est l’une des forces les plus puissantes qui agissent sur notre vie intérieure, dans le monde intérieur de la réalité dans lequel nous vivons. Prenons l’exemple, dans les premières années, de lire un livre et de s’imaginer être le héros – nous nous croyons être ce que l’imagination nous dit. Lorsque l’imagination a été consentie, un faux sentiment de soi est créé, un faux sentiment de Je. C’est la base de la Fausse Personnalité.

Au fur et à mesure que nous grandissons et que la Personnalité se forme, au lieu d’être nous-mêmes, nous cessons de l’être et devenons progressivement une personne inventée. Le centre de gravité du sentiment de nous-mêmes passe dans le sentiment artificiel du Je qui est composé de l’imagination.

Au sentiment essentiel de soi est substitué un sentiment trompeur de Je. C’est ce côté inventé, ce moi imaginaire ou cette Fausse Personnalité qui empêche l’Essence de se développer plus tard dans la vie.

La Fausse Personnalité est notre amour-propre, notre admiration de soi, et la source de l’apitoiement sur soi et des émotions négatives.

Le développement de l’Essence après la formation de la Personnalité dépend de la passivité de la Fausse Personnalité et du moi Imaginaire. Cela signifie que nous devons découvrir par l’observation de soi ce qui est réel et ce qui est faux en nous. Car dans la Personnalité, il y a à la fois beaucoup de choses utiles et beaucoup de choses inutiles. Mais nous devons voir que nous nous sommes d’abord imaginés important dans le grand parcours de la vie, et que nous sommes en réalité ordinaires.

La Fausse Personnalité étant composée d’imagination, nous devons essayer d’observer certaines de ses formes. Essayez d’observer le mensonge – par exemple, raconter une histoire de manière à se mettre dans une position favorable, à se faire passer pour plus intelligent ou plus dans le vrai qu’on ne l’est en réalité. Nous n’aimons pas admettre que nous avons tort.

Nous sommes les esclaves de notre « moi » imaginaire, car nous nous sentons obligés de le maintenir en vie à tout prix et de le défendre contre les autres et contre nous-mêmes. Par conséquent, nous sommes toujours en train de mentir – en nous vantant, en nous justifiant et avec prétention. Et nous cherchons la satisfaction d’être pris au sérieux par les autres, en demandant des éloges et des encouragements. Si nous n’y parvenons pas, nous nous sentons déprimés et blessés, ou nous détestons les gens.

La Fausse Personnalité des personnes nuit à leurs relations : elles ne peuvent pas être réelles, car c’est un faux-semblant de l’imagination. Si l’Essence d’une personne est attirée par l’Essence d’une autre, quelque chose de réel est possible – si la Personnalité ne ruine pas la situation.

Un enfant, après être réel dans ses premières années, est ensuite, par la nécessité de rencontrer la vie extérieure, forcé d’imiter d’autres personnes. Il commence à être quelque chose qui n’est pas lui-même, et à le croire. Le sentiment du « je » passe dans la Personnalité en croissance et, en raison de cette formation de la Personnalité, il n’y a rien de réel dans le sens de ce sentiment du « je ». Tout ce que l’enfant imite et invente à son sujet forme de nombreux « moi » différents. Ainsi, lorsque nous sommes adultes, nous sommes un conglomérat de « moi » qui peuvent agir de différentes manières à différents moments.

Mais le « moi » imaginaire ou la Fausse Personnalité agit de manière à nous faire croire qu’à tout moment nous sommes une seule et même personne. Nous sommes sûrs que nous avons un « moi » unique, immuable et permanent. Si nous ne réalisons pas que nous ne sommes pas comme cela, nous ne pouvons pas changer. Car nous croyons aussi que nous avons une volonté réelle et que nous pouvons « faire ».

Mais nous sommes une « maison en désordre ». Nous sommes plusieurs personnes, chacune avec un désir, et non une personne avec une seule volonté. C’est pourquoi nous ne pouvons pas « faire ». Seul un homme doté d’une réelle individualité possède une Réelle Volonté et peut agir.

Lorsque nous commençons à nous observer dans le but de voir différentes personnalités, le pouvoir du « moi » imaginaire commence à s’affaiblir. Nous voyons que nous sommes différents de ce que nous nous imaginions être. Lorsque nous voyons réellement les différents « moi » parler, une illusion sur nous-mêmes commence à être détruite, et nous nous rapprochons un peu plus de l’état dans lequel le « moi » Réel s’approche.

Tant que la Fausse Personnalité est au pouvoir, l’Essence est incapable de se développer. Mais dès que nous commençons à prendre conscience de notre situation, l’Essence n’est plus tenue en échec. Notre situation intérieure commence à changer, et comme la Personnalité devient passive, l’Essence se développe et devient active.

DOUZE

LES EFFORTS PERSONNELS QU’UN HOMME DOIT FOURNIR

Pour se changer, un homme doit travailler sur lui-même. Mais il y a des efforts utiles et des efforts inutiles. Comme exemple d’effort inutile, prenons le cas d’un homme irritable qui, ayant entendu parler de ce système et ne le comprenant pas, arrête de fumer. Le résultat est qu’il devient encore plus irritable.

L’effort doit être intelligent, et il doit être basé sur la direction qu’enseigne le Travail, et sur ce que nous avons observé en nous-mêmes par rapport à l’Enseignement.

Si nous ne nous sommes pas observés nous-mêmes et n’avons pas vu ce sur quoi nous devons travailler, rien d’utile ne peut résulter des efforts que nous pouvons faire. Si l’on a constaté que l’on est irritable, on est en mesure de travailler utilement sur soi.

Tous les efforts déployés doivent être utiles à trois égards : pour le Travail lui-même, ou pour les autres membres du Travail ou pour soi-même.

La première ligne de travail consiste à changer le type de personne que l’on est. La deuxième ligne du Travail est en relation avec ses voisins – ceux avec qui on travaille, qui sont les plus proches en termes de compréhension. La troisième ligne du Travail concerne le Travail lui-même. Par exemple, nous devons penser à ce qui pourrait lui nuire et à ce qui pourrait l’aider, et nous rendre compte que si nous nous comportons mal ou si nous parlons mal, nous nuisons au Travail lui-même et aux autres personnes qui en font partie, ainsi qu’à nous-mêmes, de sorte que sans en voir la raison, nous ne pouvons plus travailler sur nous-mêmes.

L’Enseignement fixe ces trois lignes de Travail. Personne ne peut travailler uniquement pour lui-même.

Le premier effort utile que nous pouvons faire est l’effort de l’observation de soi – apprendre à s’observer sans esprit critique. Cela demande un effort important et continu, car il faut le faire consciemment. Essayez d’observer pendant une période courte et déterminée, car nous n’avons pas la force d’observer plus longtemps, les pensées, les émotions, les sensations, les mouvements. Il est important de trouver l’état juste intérieurement, celui où nous voulons vraiment observer et nous rendre compte que nous pouvons, en voyant, par exemple, que nous pensons à une chose et que nous ressentons quelque chose de tout à fait différent.

D’ordinaire, nous sommes identifiés à tout ce qui se passe en nous – chaque pensée, humeur, sensation, émotion. Cela signifie que nous les prenons comme nous-mêmes. Nous y mettons le sentiment du « je », et pour cette raison, rien ne peut changer en nous.

Revenons à l’homme irritable. Supposons qu’il observe pleinement son irritation – alors sa situation a changé, car au lieu d’être identifié et d’être son irritation, il en est dans une certaine mesure séparé. Il est séparé parce qu’il peut l’observer comme quelque chose qui n’est pas lui-même. Il peut la voir comme un objet. Il en a retiré une partie du sentiment du « je », et plus la puissance de son observation de soi est grande, moins l’irritation aura de pouvoir sur lui. Il n’est plus aussi identifié à lui-même.

Cela a été rendu possible par l’établissement du Je-Observateur – le premier pas pour créer un nouveau système en nous, et c’est le premier but pratique de l’Enseignement.

Le plus grand obstacle à l’évolution de soi est que nous sommes constamment identifiés à ce qui attire notre attention à un moment donné. Et pour cette raison, nous nous oublions nous-mêmes. Mais notre droit naturel est le troisième état de conscience, l’état du rappel de soi. Si nous ne parvenons pas à nous rappeler nous-mêmes, nous sommes identifiés à tout. Nous vivons donc dans un état de désordre intérieur, nous identifiant à notre environnement. C’est pourquoi on dit que nous sommes endormis. Nous sommes tellement habitués à l’identification que nous ne ressentons que le goût d’être identifié.

Lorsque nous nous identifions à un problème, une personne, un sentiment, une situation, nous nous mettons sous son emprise. Nous sommes dominés par lui. La maîtrise de soi commence par la lutte contre l’identification.

Il est également possible de s’identifier au travail sur soi, en oubliant qu’un petit but n’est pas tout. Le but ne doit pas être fait publiquement ; cela provoque l’identification et ne donne aucun résultat.

Il est particulièrement difficile de se libérer de l’identification, car nous pensons que c’est en étant identifié que nous faisons le meilleur travail.

En étant identifiés, nous ne voyons qu’un seul aspect d’une question. Si nous sommes un homme instinctif, par exemple, nous nous identifions à la nourriture que nous aimons particulièrement. L’homme instinctif devient le steak qu’il mange. Nous devenons ce à quoi nous nous identifions – argent, malheurs, haine, etc. sans pouvoir se rappeler soi-même.

Pour nous rappeler nous-mêmes, nous ne devons pas nous identifier. Pour apprendre à ne pas s’identifier, nous devons d’abord ne pas être identifiés à nous-mêmes. C’est pourquoi nous devons apprendre et pratiquer l’observation de soi. Lorsque nous réalisons que nous n’avons pas besoin de suivre une humeur, etc., mais que nous pouvons lui en retirer le sentiment du « moi », nous commençons à voir ce que signifie ne pas s’identifier à nous-mêmes.

***

Henry Maurice Dunlop Nicoll (1884-1953), né et mort à Great Amwell, près de Londres (Royaume-Uni), est un psychiatre, écrivain et enseignant britannique. Il appartient au mouvement de la Quatrième voie. Il a travaillé avec Gurdjieff et surtout avec Ouspensky. Ses livres sont considérés comme les meilleurs exposés des idées de la 4e Voie.

Défiler vers le haut