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Perdu dans la jungle

Pourquoi cherchons-nous un but ou un sens à la vie ? Pourquoi ? Pourquoi devrait-il y avoir un quelconque sens ? La question « Comment vivre ? » n’a absolument aucun rapport avec le fonctionnement de cet organisme vivant. Il est constamment en train de vivre. Il n’a pas à poser la question : « Comment vivre ? » « Comment vivre ? » est quelque chose de surimposé à l’organisme vivant.

Lorsque vous restez immobile, alors ce qui est là prend le dessus et vous permet probablement de vivre au milieu de toutes ces brutalités.

L’exigence d’être préparés à toutes les actions futures et à toutes les situations est la cause de nos problèmes. Chaque situation est tellement différente ; et c’est notre tentative d’être préparés à toutes ces situations qui nous empêche de faire face aux situations au fur et à mesure qu’elles se présentent.

Il est inutile de spéculer là-dessus, mais pour une raison quelconque, on nous fait croire, ou nous avons accepté la croyance qui nous a été transmise de génération en génération, que nous sommes ici pour un dessein plus grand, pour un dessein plus noble que les autres espèces de cette planète. Je soutiens que nous ne sommes pas ici pour un dessein plus grand que celui de la limace de jardin qui se trouve là-bas ou du moustique qui suce votre sang.

Je ne sais pas s’il existe une chose telle que l’évolution. Ceux qui parlent d’évolution nous ont fait croire qu’une telle chose existe. On nous dit que, si nous regardons les espèces animales que nous avons sur cette planète, il ne reste qu’un pour cent et demi de ce qui existait auparavant. Si l’on prend les plantes en considération, ce que nous avons sur cette planète ne représente qu’un demi-pour cent de ce qui existait auparavant. Qu’est-ce qui vous fait donc penser que l’espèce humaine est plus importante que les autres espèces qui ont disparu ? Ce qui nous a permis de survivre, de continuer et de maintenir l’espèce humaine sur cette planète plus longtemps que les autres, c’est la pensée. C’est la pensée qui nous a permis de vivre plus longtemps que les autres espèces.

Mais elle est notre ennemie. La pensée est notre ennemie. À long terme, notre croyance, notre espoir ou notre foi dans le fait que la pensée nous aidera en nous libérant des problèmes qu’elle a elle-même créés n’est que vœu pieux.

La pensée est un mécanisme de protection. Elle cherche à protéger quelque chose. Nous utilisons la pensée dans le but de maintenir la continuité de la pensée. Tout ce qui est issu de la pensée est de nature protectrice. Elle ne cherche pas à protéger la vie qui nous entoure. Elle nous a isolés du reste des espèces de cette planète. Elle nous a donné l’idée que nous sommes quelque chose de différent, que tout cela a été créé à notre intention, et que nous avons le droit de tirer parti de cette supériorité sur les autres, de faire tout ce que nous voulons sur cette planète.

Je soutiens, et je le dis très souvent, que la pensée, dans sa naissance, dans son contenu, dans son expression et dans son action, est fasciste. Elle est très agressive. J’emploie le mot « fasciste » non pas vraiment dans le sens où l’emploient les politiciens, mais pour signifier que la pensée est très agressive. Notre exigence même de comprendre les lois de la nature consiste à les utiliser dans le but de maintenir la continuité de la pensée. Tout ce discours selon lequel la pensée serait altruiste et que nous serions curieux de connaître les lois de la nature simplement pour les connaître n’est que du bluff. La motivation même, le moteur qui se trouve derrière notre exigence de comprendre les lois de la nature, est de les utiliser afin de perpétuer l’espèce humaine aux dépens de toute autre forme de vie sur cette planète.

Si nous n’avions pas ce genre de pensée, nous aurions probablement disparu et la nature aurait créé une meilleure forme d’espèce humaine sur cette planète. Nous ferions n’importe quoi que les animaux ne feraient pas. La survie d’une forme de vie aux dépens d’une autre forme de vie est un fait de la nature. Mais nous tuons d’autres espèces pour une idée.

Nous nous tuons aussi nous-mêmes pour une idée, et nous tuons les autres également. Mais vous ne voyez pas ce genre de chose se produire chez les autres formes de vie, chez les autres espèces de cette planète. Nous tuons pour une idée. Tout le fondement de notre culture et de notre civilisation est bâti sur l’idée de tuer et d’être tué, d’abord au nom de Dieu, comme le symbolisent toutes les institutions religieuses, et au nom des idéologies politiques, comme le symbolise l’État. Tout le fondement de la culture est bâti sur l’idée de tuer et d’être tué.

Nous avançons progressivement dans la direction de tout détruire. Nous avons, d’une manière ou d’une autre, une foi immense dans le fait que la pensée, qui nous a aidés à créer tout ce que vous voyez et dont vous êtes très fiers, nous aidera à changer le cours des événements. Cette foi, je le soutiens, est mal placée. Nous avons d’une certaine manière la foi que cet instrument, la pensée, qui nous a aidés à devenir ce que nous sommes aujourd’hui, nous aidera d’une façon ou d’une autre à créer une vie meilleure et plus heureuse sur cette planète.

Tout ce que vous découvrez vient s’ajouter à l’élan de la destruction. Tout, parce que le moteur qui se trouve derrière cette découverte est de l’utiliser dans le but de maintenir la continuité, du statu quo.

Nous sommes condamnés, voyez-vous. Comme je l’ai dit au début, nous sommes perdus dans la jungle ; nous avons essayé tous les moyens possibles de nous en échapper. Mais il subsiste malgré tout, d’une manière ou d’une autre, un faible espoir qu’il existe peut-être un moyen de sortir de cette jungle. Mais nous devons simplement rester immobiles et laisser les choses se produire.

Vous ne pouvez pas rester immobile. Vous ne pouvez pas vous arrêter à cause de la peur d’être perdu pour toujours. Mais nous ne semblons pas avoir le sentiment qu’il n’y a absolument rien que nous puissions faire pour sortir de cette jungle.

Lorsque vous vous arrêtez, alors ce qui est là prend le dessus et vous permet probablement de vivre au milieu de toutes ces brutalités. Cette vie possède son propre charme. Elle ne vous mettra nullement en conflit avec la société. Vous ne voulez même rien changer. L’exigence de changer naît de votre isolement. Dès lors que vous pensez pouvoir provoquer un changement en vous-même, l’exigence de changer le monde est également présente. Mais ce corps humain ne s’intéresse ni à apprendre ni à savoir quoi que ce soit. Tout ce qui est nécessaire à la survie de cet organisme vivant est déjà là. Il y a là une intelligence extraordinaire, et tout ce que nous avons accumulé et acquis par notre intellect ne peut rivaliser avec elle.

Oui, l’intelligence du corps sait. L’une des choses que je souligne toujours et que j’essaie de faire comprendre à ceux que cela intéresse, c’est que le cerveau humain ne s’intéresse à rien de ce qui nous intéresse, à rien de ce que la culture nous a imposé, à aucune de ses idéations ni de ses activités mentales. Le cerveau est tellement inerte ; vous en seriez surpris. Il ne s’intéresse à aucune expérience, quelle qu’elle soit. Ce qui l’intéresse, c’est d’aider le corps à fonctionner de manière intelligente et saine.

Mais malheureusement, nous avons utilisé ce cerveau à une fin pour laquelle la nature ne l’avait pas destiné. Le cerveau n’est pas un créateur. Il n’est qu’un réacteur ; il réagit aux stimuli. Le mécanisme que nous y avons implanté, pour ainsi dire, par notre éducation et notre culture, nous a fait croire qu’il était un créateur. Toutes les pensées que nous pensons ne sont pas autogénérées. Elles ne sont pas spontanées. Elles viennent toujours de l’extérieur, et le cerveau n’est là que pour traduire cette sensation — la traduction qui est nécessaire à la survie de cet organisme vivant. Il ne s’intéresse à aucune des expériences spirituelles ni à rien de ce qui intéresse l’esprit (ou mental). En fait, je ne vois aucun esprit là-dedans. L’esprit ne s’intéresse qu’à la sensualité. Il naît de la sensualité. Il maintient sa continuité dans le champ de la sensualité. Ainsi, toutes les expériences religieuses, quelles qu’elles soient, sont sensuelles par nature. Seul l’esprit s’intéresse aux expériences spirituelles — béatitude, compassion, vérité, réalité et toutes ces sortes de choses. Mais le corps, l’organisme vivant, ne s’intéresse à aucune de ces choses, mais seulement à répondre aux stimuli.

Il n’y a aucune créativité au sens où nous employons le mot « créativité » — le langage, la créativité de la pensée, la créativité de ceci, de cela ou d’autre chose. La vie est créative en ce sens qu’elle n’utilise aucun modèle. Tout ce que nous appelons créatif est une imitation, une copie de quelque chose qui existe déjà. C’est de seconde main. Vous ne pouvez pas dire que quelque chose que la nature a créé n’est pas à la hauteur. Je ne vois même pas de plan là-dedans. Quel que soit le plan qui existe, il est déjà présent dans la cellule. Tout ce qui est là maintenant était présent dans cette cellule unique. Tout est génétiquement contrôlé.

L’idée qu’il existe quelque chose que nous pouvons faire pour provoquer un changement en nous-mêmes et un changement dans le monde nous a placés dans une situation où il ne nous reste que l’espoir que, d’une manière ou d’une autre, cela puisse se produire. Vous vivez dans cet espoir et vous mourez dans cet espoir.

Quel genre de changement vous intéresse ? Le changement est possible dans le monde physique. Par exemple, si vous n’aimez pas la forme d’un nez écrasé, vous pouvez aller voir un chirurgien esthétique et le transformer en nez aquilin. Si vous pensez qu’il est à la mode d’avoir un tel nez, alors il est possible de recourir à l’aide d’un chirurgien esthétique. Ou bien, grâce au génie génétique, il nous sera possible de provoquer une modification des schémas comportementaux. Je ne prétends pas avoir une compréhension particulière de la nature des choses ni une connaissance du fonctionnement de la nature supérieure à celle de qui que ce soit d’autre, mais voilà ce que j’ai découvert pour moi-même. Peu m’importe que vous acceptiez ou non ce que je dis. Cela tient ou tombe de lui-même. Je ne me soucie même pas des biologistes, des psychologues ou des scientifiques en général. S’ils écartent cela en disant que ce ne sont que des absurdités absolues, cela me convient parfaitement. Un de ces jours, ils découvriront de toute façon ces choses.

Voyez-vous, la découverte ne se situe pas dans le cadre de la pensée. En d’autres termes, il n’existe pas de chose telle que la découverte. « Découverte » est un terme erroné.

Vous faites l’expérience de ce que vous connaissez déjà. Sinon, il n’y a pas d’expérience du tout. Il n’existe pas de chose telle qu’une expérience nouvelle. Les découvertes dites révolutionnaires dans le domaine de la science ne sont pas réellement des découvertes révolutionnaires. Prenez, par exemple, la physique newtonienne. Elle fonctionne très bien pour certains pays. Mais cette même physique newtonienne s’est révélée être une pierre d’achoppement pour accomplir un « saut quantique », si je puis employer ce terme. D’une manière ou d’une autre, quelqu’un comme Einstein a eu la chance de prendre les devants et de découvrir quelque chose de différent.

En réalité, ce n’est pas différent. À moins de relier ces deux choses — ce qui était là auparavant et ce que vous pensez avoir découvert —, cela ne sert à rien d’en parler. Le scientifique s’intéresse à relier ces choses et à produire certains résultats. Sinon, la découverte n’a absolument aucune valeur. La physique newtonienne est valide, fonctionnelle et vraie dans son propre cadre. Mais cette même physique newtonienne n’est pas aussi vraie, ni aussi valide, comparée à ce que nous avons découvert depuis (ou plutôt, à ce qu’Einstein a découvert depuis), à savoir la « théorie de la relativité ». Bien sûr, la physique newtonienne reste valide dans le cadre de la pensée scientifique de l’homme. Après tout, nous admirons tous ces gens et leur accordons des honneurs prestigieux — le prix Nobel, ceci, cela et le reste. Savez-vous pourquoi ? C’est à cause de la technologie qui est devenue possible grâce aux découvertes de ces personnes. Sinon, la découverte pure n’existe pas. La science pure n’existe pas du tout. Je fais peut-être beaucoup d’affirmations dogmatiques, mais mes affirmations tiennent ou tombent d’elles-mêmes.

J’emploie très souvent l’expression « être tombé dessus ». D’une manière ou d’une autre, quelque part au cours de mon parcours de découverte, il m’est apparu que cet instrument que nous utilisons, ce que nous appelons l’intellect, n’est pas réellement l’instrument permettant de comprendre quoi que ce soit. Mais j’étais très clair sur le fait que le seul instrument dont nous disposons pour comprendre quoi que ce soit est l’intellect, et qu’il n’existe aucun autre instrument. Ainsi, toute notre découverte n’est rien d’autre qu’une amélioration… un affinement de cet intellect. C’est tout ce qu’il y a. Donc, cet instrument (l’intellect) ne m’a pas aidé à comprendre les problèmes vivants de ma vie, ni à me comprendre moi-même et à comprendre le monde qui m’entoure. La compréhension que cet instrument n’est pas le bon et qu’il n’existe aucun autre instrument s’est, d’une manière ou d’une autre, éveillée en moi.

Il n’existe aucun instrument permettant de comprendre quoi que ce soit, autre que celui-ci. Cela fait tomber tout le fondement de l’intuition ou de toute autre manière de comprendre la réalité qui nous entoure. Il n’y a rien à comprendre. C’est pourquoi je soutiens qu’il n’existe absolument aucune chose telle que la réalité, encore moins une réalité ultime. Vous n’avez aucun moyen de faire l’expérience de la réalité de quoi que ce soit — cette réalité que nous avons tellement tenue pour acquise. Nous ne faisons l’expérience de rien d’autre que de ce que nous connaissons.

C’est un processus répétitif : celui de revivre sans cesse la même chose. Voilà pourquoi nous naissons dans l’espoir qu’un jour nous rencontrerons quelque chose d’extraordinaire, une expérience inédite. Dès l’instant où vous déclarez que c’est une expérience que vous n’avez jamais vécue auparavant, que c’est du nouveau, cela signifie déjà qu’elle est intégrée au mécanisme du vécu antérieur.

L’ennui n’existe que lorsque vous pensez qu’il y a quelque chose de plus intéressant, de plus utile, de plus significatif que ce que vous êtes en train de faire. Je ne m’ennuie jamais — si seulement je savais comment je m’en suis sorti. C’est pourquoi j’ai employé l’expression « être tombé dessus ». Il n’y a aucun moyen de communiquer cela à qui que ce soit. Quiconque vient m’écouter et essaie de comprendre ce que j’essaie de faire passer perd son temps, car il n’y a aucun moyen d’écouter quoi que ce soit sans l’interpréter. L’interprète est le point de référence, et ce point de référence, c’est vous. Vous êtes le produit de la totalité de toutes les pensées, de toutes les expériences et de tous les sentiments de toutes les formes de vie qui ont existé avant vous. La pensée ne s’intéresse qu’à maintenir sa continuité et son statu quo. Elle ne veut aucun changement. Elle dit qu’elle veut changer, mais le changement qui l’intéresse n’est que celui qui lui permet de maintenir sa continuité, son statu quo. Bien que les choses changent constamment, elle ne veut rien accepter qui puisse perturber son statu quo. De plus, le point de référence est renforcé et fortifié par l’interprétation de ce que je vous dis.

Vous ne voulez pas accepter que toute tentative de votre part pour sortir du piège dans lequel vous vous trouvez ne fait que renforcer les chaînes. Et il n’y a aucune issue. Accepter signifie que vous êtes malade et fatigué de faire quoi que ce soit. Mais dire cela ne signifie en réalité rien.

Pourquoi cherchons-nous un but ou un sens à la vie ? Pourquoi ? Pourquoi devrait-il y avoir un quelconque sens ? La question « Comment vivre ? » n’a absolument aucun rapport avec le fonctionnement de cet organisme vivant. Il est constamment en train de vivre. Il n’a pas à poser la question : « Comment vivre ? » « Comment vivre ? » est quelque chose de surimposé à l’organisme vivant.

Évidemment, vous ne voyez aucun sens. Vous ne voyez aucun but dans la vie. Évidemment que vous ne le voyez pas. Je ne parle pas seulement de vous. Je parle des gens. Pour moi, poser cette question est tellement stupide, tellement dénué de sens et tellement absurde — « Quel est le sens de la vie ? » Ce n’est pas réellement la vie qui nous intéresse, mais le fait de vivre. Le problème de vivre est devenu une entreprise extrêmement fatigante — vivre avec quelqu’un d’autre, vivre avec nos sentiments, vivre avec nos idées. En d’autres termes, c’est le système de valeurs dans lequel nous avons été plongés. Vous voyez, ce système de valeurs est faux.

Nous essayons de nous adapter à ce système de valeurs qui est totalement faux. Il vous falsifie. Mais vous n’êtes pas prêts à accepter qu’il vous falsifie. Vous consacrez énormément d’énergie à cette entreprise qui consiste à vous adapter à ce cadre ou à ce système de valeurs.

Vous demandez : comment parvient-on à ce point où l’on est disposé à accepter que tout cela est faux ? « Comment » implique que vous voulez l’apprendre de quelqu’un. Cela ne fait qu’ajouter de l’élan à tout cela — savoir, savoir et encore savoir. C’est pourquoi nous posons toujours cette question : « comment ? » « Comment ? » signifie que vous voulez savoir. Qu’est-ce que ce « vous », tel que vous en faites l’expérience ? Le « vous » tel que vous vous connaissez est le produit de l’élan de cette connaissance qui nous est transmise. Il comporte cette question que vous pensez être une question très intelligente. Par votre exigence d’obtenir une réponse à cette question, il cherche à savoir comment ajouter de l’élan à cette connaissance.

Il sait qu’en posant la question, il peut s’ajouter de l’élan à lui-même. Ce n’est pas « vous », parce que « vous » n’existez pas. Il n’y a aucun individu là. La culture, la société, ou, quel que soit le nom que vous voulez lui donner, a créé le « vous » et le « moi » dans le seul but de maintenir sa propre continuité. Mais en même temps, on nous fait croire que nous devons devenir un individu. Ces deux choses ont créé pour nous cette situation névrotique. Il n’existe pas de chose telle qu’un individu, et il n’existe pas de chose telle que la liberté d’action. Je ne parle pas d’une philosophie fataliste ou de quelque chose de ce genre. C’est ce fait qui nous frustre. L’exigence de nous conformer à ce système de valeurs consomme une quantité considérable d’énergie, et nous ne pouvons rien faire pour nous occuper des problèmes de la vie ici et maintenant. Toute l’énergie est absorbée par les exigences de la culture ou de la société, ou, quel que soit le nom que vous voulez lui donner, qui veut vous faire entrer dans le cadre de ce système de valeurs. Dans le processus, il ne nous reste aucune énergie pour nous occuper des autres problèmes. Mais ces problèmes, c’est-à-dire les problèmes de la vie, sont très simples.

Survivre dans ce monde n’est pas un problème difficile, voyez-vous. Mais ce qui est exigeant, c’est le système de valeurs. Nos efforts pour nous conformer à ce système de valeurs consomment une quantité considérable d’énergie.

Je ne suis pas en conflit avec cette société. Vous semblez être en conflit avec cette société, mais moi, je ne le suis pas, parce qu’elle ne peut pas être différente, puisque j’ai découvert qu’il n’existe aucun moyen pour moi de provoquer un changement en elle. Vous voulez provoquer un changement dans le monde. Voyez-vous, le problème est un problème de relation. Il est tout simplement impossible d’établir une quelconque relation avec quoi que ce soit autour de vous, y compris vos proches et ceux qui vous sont chers, autrement que sur le plan de ce que vous pouvez tirer de cette relation. Voyez-vous, toute cette situation découle de cette séparation ou de cet isolement dans lesquels vivent aujourd’hui les êtres humains. Nous sommes isolés du reste de la création, du reste de la vie qui nous entoure. Nous vivons tous dans des cadres individuels. Nous essayons d’établir une relation sur le plan de : « Qu’est-ce que je peux tirer de cette relation ? » Nous utilisons les autres pour tenter de combler ce vide créé par notre isolement.

Nous voulons toujours remplir ce vide, ce manque, avec toutes sortes de relations avec les gens qui nous entourent. C’est là, véritablement, le problème. Nous devons utiliser tout ce que nous pouvons — une idée, une personne, n’importe quoi à notre portée — pour établir des relations avec les autres. Sans relations, nous sommes perdus, et nous ne voyons aucun sens ; nous ne voyons aucun but. C’est parce que votre seul intérêt est de créer une relation porteuse de sens et de but avec les individus et le monde qui vous entourent. Par conséquent, vous voulez comprendre la réalité du monde.

Mais il n’y a rien à comprendre. Il n’existe absolument aucune chose telle que la réalité. Je dois accepter la réalité du monde telle qu’elle m’est imposée par la société. Par exemple, je vous appelle une « femme », j’appelle ceci un « banc », et j’appelle ceci un « plateau ». Sinon, nous ne serions pas capables de fonctionner dans ce monde de manière saine et intelligente. Ce genre de connaissance ne peut être utilisé qu’aux fins de fonctionner dans ce monde de manière saine et intelligente. Tout ce que vous faites pour comprendre la réalité du monde ne sera ni utile, ni bénéfique, ni porteur de sens.

Extrait de SOCIETY : It’s terror, not love that keeps us together…