John Horgan : Conscience, libre arbitre, information et illumination

Imaginez la réalité quotidienne, comme votre mère jouant à « coucou-caché » avec vous lorsque vous étiez bébé. Elle cache son visage derrière ses mains, puis les écarte soudain en disant : « Surprise ! » Et vous éclatez de rire en agitant joyeusement vos petits bras et vos petites jambes potelés. Votre mère recommence sans cesse, et, chaque fois que vous riez, vous êtes à nouveau surpris. Voilà ce qu’est pour moi l’illumination : cette surprise pure, primordiale, devant le simple fait brut de l’existence.

Todd Hayen : L’éclipse de l’âme

Les symptômes sont partout : les drogues inondent les communautés, les déchets étouffent les paysages, l’éthique est traitée comme une relique désuète, les familles se désagrègent et les relations sont réduites à de simples transactions. Beaucoup ressentent la pourriture, mais peinent à en identifier la racine. La cause, au fond, est simple, mais profonde : nous avons cessé d’accorder de la valeur à ce qui est réel. Nous avons troqué la relation consciente avec l’âme contre les simples choses matérielles.

Mark Vernon : Jung au XXIe siècle

Pour cette raison, je suis très intéressé par la manière dont Jung parlait des mandalas. Il y a eu une période où il en réalisait un chaque jour. Vous savez ce qu’est un mandala ? C’est un motif présentant une symétrie quadruple qui est utilisé dans de nombreuses traditions orientales comme outil de contemplation. Au départ, c’était le détail qui préoccupait vraiment Jung, mais il est ensuite arrivé à un point où il a soudainement compris que tout cela n’avait pas réellement autant d’importance que le centre. Ainsi, dans la dernière partie de sa vie, c’est le centre du mandala qui l’attirait. Je ressens que cette attirance vers le centre, et pas seulement vers tous les détails de la structure du motif, est également ce dont nous avons besoin culturellement.

Todd Hayen : La perte de profondeur

Combien de temps une culture peut-elle se maintenir sur un sol aussi superficiel ? Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley offre un modèle inquiétant. Dans cette dystopie, la société fabrique le bonheur par le conditionnement génétique, le consumérisme, le sexe occasionnel et, surtout, grâce à la drogue soma — un produit pharmaceutique parfait qui procure l’euphorie sans gueule de bois, sans dysfonctionnement physique ni perturbation. Le soma ne se contente pas d’engourdir la douleur ; il efface tout besoin de profondeur, de réflexion ou de lutte…

David Bohm : Plénitude, Intemporalité et Déploiement du Sens

Lorsque nous pensons aux lois naturelles, l’une des premières choses à dire est que le mot « loi » est très mal choisi, car il donne l’impression que quelqu’un aurait légiféré sur la façon dont les choses sont. Les gens croyaient autrefois qu’elles étaient édictées par Dieu, mais la plupart des scientifiques ne le croient plus aujourd’hui ; alors, quelle est selon eux la source de cette législation ? Dans la philosophie grecque antique, on ne parlait pas de lois, mais d’un ordre régulier qui apparaît dans la nature. Cet ordre régulier, s’il était nécessaire, aurait la même signification que notre mot « loi ».

Adam Jacobs : Avant que cela ne s’appelle un corps

Il ne s’agit pas de redevenir un nourrisson. Il s’agit plutôt de réduire le moi narratif, de dissoudre les frontières corporelles rigides et d’accroître l’immédiateté sensorielle. C’est une énergie libérée de la forme rigide. Ce qui se dissout, ce n’est pas le corps lui-même, mais l’idée du corps comme fixe. Bien entendu, de tels états sont fugaces et n’abolissent pas l’incarnation — mais ils nous rappellent que le corps est bien plus fluide que nous ne l’assumons habituellement. La sensation ne se produit pas simplement dans la conscience — elle est la preuve que la conscience était déjà là. Ce qui rend la sensation présente ne peut lui-même être réduit à la sensation seule.

Peter Himmelman : L’IAG et la question de Dieu

Loin de saper la croyance en Dieu, l’IAG pourrait au contraire l’aiguiser et la renforcer. Elle impose une confrontation avec une vérité inconfortable : sans quelque chose de moralement antérieur à l’intelligence elle-même — quelque chose de transcendant qui rende la vie humaine non négociable —, il n’existe aucune raison cohérente et non arbitraire de préserver l’humanité lorsqu’une alternative plus efficace se présente.

Arthur Haswell : Notre monde est-il fondamentalement un monde de souffrance consciente ?

Dans cet essai remarquablement schopenhauerien, Arthur Haswell soutient qu’un monde où la conscience est fondamentale peut encore être un monde de souffrance, voire de souffrance fondamentale : « Un univers imprégné d’esprit, voire d’intention, se traduit-il nécessairement par un univers bienveillant ou porteur de sens comme nous pourrions le souhaiter, ou déterminé d’une manière qui favorise la joie ? Il est certain que, si la conscience est omniprésente, le problème de la souffrance pourrait bien s’étendre plutôt que s’atténuer », affirme-t-il.

Drew M Dalton : La réalité est maléfique

Une métaphysique qui répond à toute l’ampleur de la révolution thermodynamique doit reconnaître la fonction dissipative et destructrice qui se cache derrière la force « générative » qui semble à l’œuvre dans la réalité. Pour ce faire, il faut passer de la métaphysique classique optimiste du devenir à une métaphysique beaucoup plus pessimiste de la finitude absolue et de l’inéluctable dé-devenir (unbecoming) : une métaphysique qui revoit les êtres comme de simples rouages dissipatifs dans une machine destructrice.

Paul Cudenec : La « guerre scientifique » contre notre liberté

La guerre philosophique avait évidemment un but pratique – son « élévation de la technologie au rang de philosophie » visait à instaurer une société industrialo-impérialiste régentée, assortie d’immenses profits et d’un pouvoir colossal pour une minorité cupide. La pensée scientifique constituait donc également une attaque politique contre le peuple, et plus précisément contre le véritable radicalisme populaire qui avait émergé pendant la guerre civile anglaise, de 1642 à 1651.