U. G. : Le corps fait partie du décor

Les cinq sens changèrent en cinq jours, et le sixième jour j’étais étendu sur un sofa – Valentine était dans la cuisine – et soudain mon corps disparut. Il n’y avait pas de corps là. Je regardai mes mains. (Cette histoire est folle – vous m’auriez sûrement enfermé dans un asile d’aliénés.) Je les regardais. -« Est-ce que ceci est ma main? » En fait, il n’y avait pas de questionnement ici, mais toute la situation était surprenante – je tente de la décrire. Puis, je touchai ce corps – rien – je n’ai pas senti qu’il y avait quoi que ce soit, sauf le toucher, vous voyez, le point de contact. Alors j’ai appelé Valentine: « Vois-tu mon corps sur ce sofa? Rien en moi ne me dit que ceci est mon corps. » – Elle le toucha. – « C’est ton corps ». Et pourtant cette affirmation ne m’apporta ni satisfaction ni réconfort. – « Quelle est cette bizarrerie? Mon corps est absent. » Mon corps avait disparu, et il n’est plus jamais revenu. En fait de corps, il n’y avait que les points de contact – pour moi il n’y a là rien d’autre – d’autant plus qu’ici la vue est indépendante du toucher. Ainsi, il ne m’est même pas possible de créer une image complète de mon corps, parce que là où le toucher n’intervient pas, des éléments font défaut ici dans ma conscience.

U. G. : La mystique de l’illumination

Les gens disent que je suis un homme « illuminé » – je déteste cette expression -; ils n’arrivent pas à trouver un autre mot pour désigner la manière dont je fonctionne. En même temps, je fais remarquer qu’il n’y a pas d’illumination – qu’il n’existe rien de tel. Je le dis parce que toute ma vie durant j’ai avidement cherché à être un illuminé et j’ai découvert qu’il n’existe pas d’illumination, ni rien qui y ressemble. Dès lors la question ne se pose pas de savoir si telle ou telle personne est illuminée ou non. Je ne débourserais pas un franc pour un « Bouddha-du-sixième-siècle-avant-J.C. », sans parler des prétendants qui se trouvent parmi nous. Ils forment une belle bande d’exploiteurs, bâtissant leur prospérité sur la jobardise des gens. Il n’y a pas de pouvoir en dehors de l’homme. C’est à partir de sa peur que l’homme a créé Dieu. Par conséquent, la peur constitue le vrai problème, et pas Dieu.