Robert Linssen : Robert Linssen et les maitres des voies abruptes

L’expression « voies abruptes » évoque le caractère soudain et spontané de l’éveil intérieur. L’exemple des événements qui se présentent au cours d’un rêve est souvent donné pour l’expliquer. Lorsque nous examinons le passage d’une situation de rêve à l’éveil normal, nous voyons qu’il se fait de façon instantanée.

L’éveil spirituel fondamental est comparable à la foudre, qui frappe à l’improviste: en un instant, elle révèle la plénitude de sa lumière, de sa chaleur, de son intensité. Nous ne pouvons pas « inviter la foudre ». Krishnamurti déclare à ce sujet: «You cannot choose Reality, Reality must choose you.» (Vous ne pouvez pas choisir la Réalité, la Réalité doit vous choisir)

Robert Linssen : Schéma des voies Abruptes

Nous avons, par besoin de simplicité et de clarté, divisé le schéma en trois parties :
1) La partie supérieure représente l’Absolu, le Noumène non manifesté, niveau du « Sujet » suprême, inconnaissable par la pensée, inconditionné, intemporel, inaccessible aux langages, le « Parabrahman » des « Voies Abruptes indiennes », l’« Inconnu » ou « autreté » (otherness) dans l’acception générale du terme, domaine de la « non-dualité » ou « ad-dvaita ». Un point d’interrogation central domine intentionnellement le tiers supérieur du schéma.

Robert Linssen : L’éducation créatrice

La mise en œuvre de méthodes d’éducation nouvelles s’impose en raison de l’acuité des difficultés de plus en plus nombreuses que traverse le monde. En cette fin du vingtième siècle, les crises économiques, politiques et sociales s’aggravent à tel point qu’elles semblent irréversibles et sans issue, en raison de l’incapacité d’y remédier dans laquelle se trouve l’homme moderne. Des structures différentes s’imposent à tous les niveaux. Pour les créer, une inspiration nouvelle est nécessaire. Elle doit s’affranchir de l’ancienne vision mécaniste et fragmentaire de l’univers. Celle-ci résulte de la fragmentation de l’être humain en divers éléments contradictoires le mettant dans l’impossibilité de réaliser une vision globale. En l’absence de cette vision « holistique », nous conférons aux objets séparés un caractère d’isolement absolu qu’ils n’ont pas et rend impossible la saisie immédiate des liens qui les unissent. L’interdépendance et l’aspect secondaire des parties par rapport au TOUT nous échappe.

Robert Linssen : Le problème de la drogue

Indépendamment du point de vue médical, de nombreux partisans du L.S.D. se situent à un point de vue mystique. Parmi ceux-ci citons l’écrivain Timothy Leary, auteur de Introduction to L.S.D.: the consciousness expanding Drug, décrivant la « révélation » du L.S.D. comme suit : « Vous vous êtes introduit au cœur de la formule d’Einstein, vous êtes pénétré du sens du quintessentiel de la nature de la matière, votre cœur bat en harmonie avec sa pulsation primordiale, cosmique. »
Richard Alpert déclare de son côté : « Le L.S.D. est une des clés de la sagesse (!) ; ma vie m’est apparue infiniment plus satisfaisante à partir de ma première expérience psychédélique… » Définir une drogue comme « clé de la sagesse » situe immédiatement l’auteur d’une telle affirmation et la nature des notions qu’il possède de la « sagesse ».

Robert Linssen : Le "Tout" et les parties

Il semble à priori contradictoire d’opposer le tout à ses parties. C’est pourtant à notre optique « partielle » du monde que sont dues toutes nos erreurs et nos souffrances. Krishnamurti et le Zen nous présentent fréquemment l’activité mentale de l’homme comme une fonction d’isolement. Nous nous proposons de montrer, au cours des lignes qui suivent, comment cette fonction d’isolement est génératrice de tous nos problèmes. Elle est l’expression de l’avidité fondamentale du « moi » qui cherche à s’éprouver en tant que réalité distincte de l’Univers.

Robert Linssen : La pratique Spirituelle

Les enseignements spirituels les plus dépouillés, tels ceux de Krishnamurti, du bouddhisme Ch’an ou du zen, nous demandent d’accorder une grande attention au cours de toutes les circonstances de la vie quotidienne. Il ne s’agit donc pas de fuites ou d’évasions mais d’affrontements lucides et vigilants. Ainsi que l’exprime le savant japonais D.T. Suzuki : « Le zen est notre état ordinaire d’esprit, c’est-à-dire qu’il n’y a rien dans le zen qui soit surnaturel ou inusité ou hautement spéculatif qui dépasserait notre vie quotidienne. Le facteur déterminant de notre éveil intérieur dépend de notre attitude mentale d’approche des circonstances. »

Robert Linssen : Vers le “Non-Faire” et l’Ouverture Totale (2000)

L’essor inouï des sciences et des recherches spirituelles en moins d’un siècle était en tous cas préparé par les travaux des physiciens Joliot-Curie vers 1898 et ceux d’Einstein en 1905. Le moment était exceptionnellement favorable aux multiples bouleversements et mutations qui ne tardèrent pas à se produire avec une étonnante rapidité dans tous les domaines. Nous nous sommes nourris d’une foule de concepts et d’idéaux succédant au matérialisme et au scientisme triomphants. Ils ont préparé de la vision exaltante d’un univers considéré comme le corps d’un seul et même vivant dont nous étions partenaires indissociables. Cette vision semblait être un écho tardif d’environ deux mille ans, de Socrate, Plotin, Anaxagore aussi bien que celle d’un Bouddha ou de Shankaracharya.

Patrick Lebail : Le temps et l’espérance

Vous êtes ici, sur votre chaise, en cet instant où vous jetez un regard sur vous-mêmes. Il est 21 heures. Votre passé est derrière vous : revivez votre arrivée en bas de l’escalier, sa montée, le passage du couloir, le moment où vous avez choisi votre chaise. Quant à votre futur immédiat, c’est moi-même qui m’en trouve chargé pour une heure. Vous voici donc posés entre votre futur et votre passé. Vous êtes « en situation » entre les temps révolus et les temps à venir, comme serait situé au milieu d’un élastique bien tendu le nœud que vous y auriez fait.

Jean Klein : Du désir à la joie sans objet

Il est important d’observer que tout désir tend vers un état de non-désir. L’objet convoité, ne l’est qu’en vue de l’état de contentement qu’il procure. Celui-ci, tout passager qu’il soit, est celui d’un non-désir total, suprême félicité, qui est la nature véritable de l’homme. Toute autre convoitise n’est qu’une compensation. Le contentement n’est pas dans l’objet, il est en nous.