Joseph Majault : Un témoin de la parole. Portrait de Jean Sulivan

Passant, étranger, rebelle, Jean Sulivan se qualifie lui-même aussi. On ne s’étonnera donc pas qu’il ait été considéré par beaucoup comme en marge. De par sa vie. De par son œuvre. Libéré de tout service d’Église, hors hiérarchie et hors institution, voyageur et nomade dans le monde, analyste de l’ordre grec (L’obsession de Delphes), observateur des mystiques de l’Inde (Le plus petit abime), citoyen des temps modernes (Joie errante), ce prêtre n’a jamais cessé d’être l’homme de foi préoccupé de l’essentiel, ce «drôle d’apôtre hors propagande, qui renvoie chacun à lui-même», celui qui affirmant pour conviction la primauté de la révélation refuse le prêchi-prêcha des orateurs de chaire pour s’afficher dans son choix d’être libre et sa singularité d’auteur…

Hildegarde de Bingen une gnostique du XIIe siècle

Peut-être n’est-ce pas sans raison profonde que des œuvres, des figures, oubliées depuis des siècles, réapparaissent en nos jours. Comme si le besoin, la faim, de l’être faisait ressurgir providentiellement la nourriture dont il a besoin. Des étonnantes figures du Moyen-âge occidental Hildegarde de Bingen n’est pas la moindre. Hildegarde, abbesse de Rupertsberg, vécut de 1098 à 1179, elle revêtit l’habit religieux vers 1116. Dès sa plus tendre enfance elle eut d’étranges visions et, vers 1141, elle écrivit à St Bernard de Clairvaux pour le consulter au sujet de ses visions persistantes

Salomon Katz : Un sage parmi nous

C’est dans cet hôpital d’Ismaïlia que je devais faire la connaissance du Docteur Godel dont je ne savais à cette époque que ce que savait tout le monde autour de moi, qu’il s’agissait d’un cardiologue réputé, d’un professeur vénéré par ses élèves, et de plus d’un humaniste estimé par ce que le pays comptait de véritables hellénisants. J’ignorais que, nonobstant ses nombreux voyages en Grèce d’abord, et ailleurs, sa curiosité en éveil l’avait incité à aller étudier, en Inde même, auprès de maîtres spirituels vivants, cette fameuse pensée millénaire, ou plutôt cette sagesse millénaire au-delà de toute pensée dont, quelques années auparavant j’avais eu le privilège d’approcher un des plus nobles représentants, je veux parler du Swami Siddheswaranda, grâce auquel, pour la première fois, la spiritualité indienne pour moi prenait chair. Sa rencontre préludait à une autre rencontre, celle de Roger Godel. Celui-ci, en effet, ayant appris l’intérêt que je portais à cette recherche, m’avait spontanément invité à venir le voir, et c’est de cette époque que date une amitié qui ne s’est jamais démentie depuis, et une connaissance que j’ai toujours aimé approfondir de l’homme et de son œuvre.

Salomon Lancri : H.P.B. Le sphinx du XIXe siècle

Il semble, comme l’a dit Platon, que l’histoire de l’Humanité soit scandée par des cycles périodiques. Tour à tour se succèdent des époques de fertilité spirituelle où la propagation des enseignements spirituels ne rencontre pas de grande résistance, les gens semblant affamés de Vérité et de Sagesse, et des époques de stérilité spirituelle où l’opposition à la propagation de ces enseignements s’accroît fortement, et où l’esprit est bafoué et ne peut influencer l’Humanité…

Mahatma Gandhi

Pendant 30 ans et plus, l’immense majorité des Occidentaux n’a vu en Gandhi qu’un original, un exalté, ou pour mieux dire qu’un fou. On riait de bon cœur quand on apprenait qu’il avait refusé de mettre des pantalons pour aller voir le roi d’Angleterre, qu’il passait son temps à filer la laine ou qu’il voyageait accompagné d’une chèvre dont il buvait le lait. Son action politique paraissait chimérique aux plus avisés, démente ou incompréhensible à la plupart. Vaincre le plus puissant empire colonial du monde par des paroles ironiques ou par des jeûnes ? Proclamer la non-coopération pour quelques jours après la contremander ? Provoquer bagarres et émeutes pour le plaisir d’aller puiser un seau d’eau dans la mer ? Risible, pour le moins. Quant à son attitude religieuse et morale, elle ne provoquait que soupçons ou vertueuses condamnations. Notre plus grand indianiste, Sylvain Lévi, avait déclaré au Collège de France, du haut de la chaire, que la religion de Gandhi, c’était le culte de la vache. On racontait avec un frisson, que malgré sa connaissance du christianisme, il ne reniait pas le culte de ces abominables idoles hindoues sur lesquelles nos dévoués missionnaires nous rapportaient tant d’horreurs. Et l’on s’indignait de ce qu’au moment d’une guerre mondiale où l’Angleterre, la France et leurs alliés étaient en péril, il se fût permis de mettre en doute la justesse absolue de notre cause et le droit que nous avions de la défendre en enfreignant systématiquement le commandement: Tu ne tueras point. Faire une conférence sur Gandhi, j’en fis souvent l’expérience entre 1932 et 1939, était s’exposer à bien des sarcasmes, pour ne pas dire plus.

Marie-Magdeleine Davy : Roger Godel, esquisse d'un portrait et d'une pensée

Un texte écrit par le Dr Godel — à propos du sage indien, libéré vivant (jivan mukta) — peut être repris à son propos: « N’espérons pas pouvoir donner de cet homme une définition exhaustive ni même adéquate. Ouvrons seulement sur lui une perspective: certain aspect se laisse déceler. Vis-à-vis de nous, c’est un évocateur d’effets catalytiques et de transmutations. A part cela, selon les apparences, un homme semblable à nous. Peut-être aussi un être bénéfique au travers duquel nous pouvons interroger notre plus profonde intériorité, miroir de vérité secrète. »

Aimé Michel : Un savant indocile: Rémy Chauvin

Je vais vous confier un secret, le secret de la découverte scientifique. Il n’y en a qu’un, très simple: c’est de prendre une bonne loi bien établie et d’imaginer une bonne expérience bien irréfutable montrant que la loi était fausse, qu’on s’était mis le doigt dans l’œil jusque-là et qu’il faut tout recommencer. Faites cela trois ou quatre fois dans votre vie, vous serez Pasteur, Einstein, Mendel. Peut-être même qu’une fois suffira…

Georges Diagerine : Un prospecteur de l'invisible : Gustav Meyrink

En 1868, Gustav Meyrink naît à Vienne. C’est le fils naturel du ministre d’État du Wurtemberg, le baron Karl von Varnbüler, sexagénaire, et de Maria Meyer, une jeune actrice contre laquelle Gustav Meyrink éprouvera longtemps une haine tenace. Il n’abandonnera son nom de Gustav Meyer pour choisir son pseudonyme que beaucoup plus tard : c’est le patronyme d’un officier saxon du XVIIe siècle, ancêtre de sa mère. Après avoir étudié à Hambourg, Gustav Meyrink se rend très vite à Prague, où il est l’élève d’une Académie commerciale. Puis il fonde la banque Meyer et Morgenstern. A cette époque, il se consacre au jeu d’échecs, au canotage et aux intrigues amoureuses. Après quelques désordres sentimentaux, il décide de mettre fin à ses jours. C’est alors qu’il découvre brusquement l’occultisme qui le captive. Il s’y consacrera totalement pendant des mois. Puis il démasque les faux médiums et les charlatans qui pullulent à Prague et commence à s’intéresser au yoga et à l’alchimie. Toutefois, il continue à cultiver son propre don de voyance. Il expérimente avec prudence certaines drogues hallucinogènes, mais il s’en détourne bientôt pour participer à la création, en 1891, d’une loge théosophique : l’Étoile bleue.

Paule Martin : Lanza Del Vasto

Mais le moi est un objet qui n’est jamais : objet, qui n’est jamais devant mes yeux, mais qui se trouve derrière, derrière mes yeux. Chaque fois que je me fais une image ou un concept de moi, je dois savoir que ce n’est pas moi, que cet objet n’est qu’un objet de remplacement, une indication. Le moi ne peut pas se découvrir par observation ou calcul, et pour définir le moi, nous dirons : « c’est ce qui, en moi, ne peut être connu que par moi ». C’est cela que je dois connaître. Ce moi est un objet qui s’oppose à tous les autres, à tous les autres objets et les autres personnes, même à tout ce qui en moi est objet. Mon corps est un objet qui peut être connu par un autre, mieux que par moi. Mon corps fait partie de moi, mais n’est pas moi, car je suis une unité qui n’est pas la somme des parties, une unité intérieure et vivante, indivisible. Mais il y a une sensation de mon corps qui ne peut être connue que par moi. Cette sensation-là n’est étudiée par aucune science physiologique, psychologique ou autre. C’est mon corps intérieur. Il en est de même de mon personnage, c’est une façade, un masque que les autres connaissent…