Des vagues sur l’école par Jean Chevalier

(Revue 3e Millénaire. Ancienne série. No 16. Septembre-Octobre 1984) Docteur en philosophie et en théologie, Jean Chevalier est un grand spécialiste de l’analyse des symboles. Il est d’ailleurs l’auteur, avec Alain Gheerbrant, d’un Dictionnaire des symboles paru aux Éditions Laffont, ouvrage qui fait autorité. Pour ce numéro, Jean Chevalier s’interroge et analyse les problèmes qui […]

La pensée rationnelle n’a pas réussi à tuer la pensée symbolique par Jean Chevalier

L’allégorie, comme le disait Henry Corbin, n’est « qu’un travestisse­ment du connu et du connaissable », tandis que le symbole vous transporte à un autre niveau de perception ou de connaissance, à la découverte d’un autre niveau d’être, que celui qui est immédiatement signifié. C’est ce qu’on appelle le pouvoir d’anaphore du symbole : sa capacité de vous transporter, de vous faire traverser le sens premier du signe. L’allégorie est un procédé simple : l’image signifiant directement une idée ; par exemple, une figure de Vénus, ou de Cupidon avec son arc et ses flèches, désignant l’amour ; des balances, la justice. Le rapport reste ici superficiel, banalisé formel, conventionnel ; il conduit à l’académisme. L’allégorie ne dépasse guère le plan des procédés de rhétorique. C’est en somme une traduction imagée et univoque d’une idée ou d’un sentiment. Le symbole agit au contraire comme une suggestion, une provocation, une sollicitation immanentes et il ne craint pas l’équivoque. Son sens profond peut être à l’opposé de son sens apparent…

Origène et le sens de la Pâque par Jean Chevalier

Il décrit trois façons principales d’aborder la Bible. La première s’appuie sur la lettre seule ; c’est, selon Origène, celle des Juifs de son temps ; nous dirions aujourd’hui celle des fondamentalistes, comme les Témoins de Jéhovah. La seconde ne s’en tient pas à la lettre, mais prétend la comprendre à la lumière de philosophies en faveur à un moment donné ; elle mêle ainsi à la révélation des doctrines plus ou moins inconsistantes et éphémères et, sous prétexte d’adaptation à l’esprit d’une époque, elle provoque une séduction, qui n’hésite pas à frôler l’hérésie. La troisième, enfin, tend à discerner le sens spirituel des textes…

Le phénomène religieux : Une constante à travers les temps par Jean Chevalier

Il semble bien se confirmer que l’homme soit un animal religieux aussi bien qu’un animal raisonnable, tantôt sauvage, tantôt discipliné. Quand il prétend effacer les religions révélées qu’il considère sans discernement comme des produits historiques de la conscience collective, il reconstitue aussitôt de nouvelles religions, qui satisfont à un incoercible besoin d’absolu. Il ne faudrait d’ailleurs pas réduire à ce besoin le sentiment religieux, infiniment plus complexe. Dès lors, une angoissante question se pose. S’il est vrai, apparemment, que les grandes religions universelles connaissent un certain mouvement de repli, une récession, s’il est vrai qu’une certaine qualité d’adhésion diminue dans la masse alors qu’elle progresse chez un petit nombre, on peut se demander quelles religions de suppléance se préparent à naître, en attendant un éventuel renouveau des religions traditionnelles.

Les multiples visages du judaïsme à travers deux penseurs par Jean Chevalier

En montrant l’implacable déroulement d’un génocide, « Holocauste » a bouleversé la sensibilité de l’Occident, comme si le brutal spectacle d’un crime immense et collectif réveillait ses consciences assoupies dans l’oubli. Des familles unies, paisibles, laborieuses d’un côté ; de l’autre, des monstres glacés, traversés parfois d’un sentiment humain, vite réprimé, et conduisant leur entreprise sinistre et systématique jusqu’à la « solution finale ». Tant de haine ou d’indifférence, en face de tant d’innocence et de douleur ! On était ému : plus jamais cela ! Mais a-t-on compris ?

Deux évènements pour l’histoire des religions par Jean Chevalier

On est généralement enclin à juger une donnée sociale, politique, artistique ou religieuse, par référence à ses origines, au lieu d’en apprécier la force actuelle ou potentielle, manifeste ou occulte. Aussi dit-on que l’histoire est maitresse de vie, alors que c’est la vie qui est génératrice d’histoire. On distingue ainsi deux catégories d’esprits : ceux qui, tournés vers le passé, s’en tiennent à l’histoire des faits ; et ceux qui, regardant plutôt le permanent et l’avenir, considèrent le rôle privilégié que peuvent avoir des faits sur le cours d’une histoire, toujours inachevée. On aborde dès lors l’étude du fait religieux de deux façons différentes : comme révélateur d’un passé ou comme porteur d’un avenir.

La mort et son enjeu par Jean Chevalier

La mort, dit-on, est devenue bavarde. Jamais autant d’articles et de livres ne lui ont été réservés. Et pourtant, tout concourt aujourd’hui à écarter sa présence : science et médecine guérissent ou réaniment le comateux, prolongent la vie, font rêver d’immortalité terrestre ; en attendant, on meurt à l’hôpital dans l’anonymat, on supprime le deuil, on inhume à l’écart. La mort des grands se transforme en un glorieux spectacle : rappelons-nous les funérailles d’un Churchill…

4 Livres pour ressusciter le diable par Jean Chevalier

Jamais, peut-être, le diable n’a été plus à l’ordre du jour, plus actuel qu’en ce moment, avec tous les phénomènes de sorcellerie, de magie, d’envoûtements, de possessions, de talismans, de démesures que l’on se complaît à décrire. Un procès retentissant est en cours en Bavière sur des scènes d’exorcisme qui n’ont pas préservé une jeune fille d’une mort singulière. Des films, comme « l’Exorciste » ou « la Malédiction », qui remettent le diable en vedette, ont attiré des millions de spectateurs. Fictions impressionnantes sur le rôle d’un personnage aussi puissant qu’intelligent dans sa malfaisance, Satan, « une sorte d’être méchant, railleur et raisonnable », disait Dostoïevski, et qui mène le monde de désastre en désastre, de désordre en désordre, de crime en crime.

6 Livres pour redécouvrir les symboles par Jean Chevalier

Le sens des symboles s’est atrophié dans la conscience contemporaine, du fait surtout de la prédominance des sciences exactes et des techniques. Comme des eaux souterraines comprimées, ils rejaillissent aujourd’hui. Le succès de l’exposition « le Symbolisme en Europe », à Paris, au Grand Palais, en 1975-1976, en fut un éclatant témoignage. Déjà, la psychanalyse, l’ethnologie, la linguistique, la secousse surréaliste, la révolution culturelle du désir, l’irruption des vagues orientalistes, l’apparition d’une nouvelle gnose, la rébellion des « nouveaux philosophes » et les déconvenues des prétentions positivistes quant au sens et aux finalités de la vie humaine ont remis en lumière l’importance méconnue des symboles.