Gérard Simon : Quand la science était métaphysicienne
Il s’en faut d’ailleurs que l’invocation métaphysique ait été simplement un palliatif. Bien au contraire : l’inquiétude philosophique et religieuse, l’angoisse devant l’effondrement de vieilles certitudes, ont été une motivation essentielle pour nombre d’acteurs de premier plan de la révolution scientifique. Ce n’est pas un hasard si Luther et Copernic sont contemporains. La crise de l’Église fut aussi celle de sa représentation philosophique du monde. Devant cette crise, tous deux ont la même réaction : ils reviennent, par-delà toutes les interprétations, directement au message divin, le réformateur religieux aux Écritures, le réformateur de l’astronomie au grand livre de la Création. Comment au surplus, sans une profonde conviction métaphysique, faire le pari fou qu’il existe dans la nature, sous-jacent aux apparences, un ordre mathématique caché ?