Hazrat Inayat Khan : La loi du rythme

Pour connaitre le rythme, on doit développer le sens du rythme. Combien il est facile de le remarquer quand on a une légère douleur ! Par exemple, une congestion cause une maladie ; mais qu’est-ce que la congestion et quel est son effet ? Elle arrête le rythme. Le rythme avec lequel circule le sang est arrêté par la congestion ; c’est ce qui provoque la maladie. Par la régularité, on maintient le rythme en tout ce qu’on fait et l’être dont le rythme est irrégulier se trouvera toujours perdu ; il ne pourra rien accomplir parce qu’il manquera de rythme.

Patrick Lebail : Lumière de la Brihad-Aranyaka-Upanishad: Lumière et libération

Certains rêves de grande paix baignent dans une béatitude inexprimable, laquelle subsiste quelquefois alors que les formes du rêve proprement dit se sont effacées. Dans cet état, le rêveur ne participe à nulle fantaisie onirique; il vit intensément une satisfaction. Yâjnavalkya y voit la « jonction » avec le sommeil profond qui vient l’effacer.

Maitre Yin de la passe

On connaît l’épisode légendaire de Lao-tseu migrant en Occident, et de son interception par l’officier Yin-hi qui, ayant perçu l’émanation d’un Sage, lui demanda d’écrire le Tao-te-king avant de franchir la Passe du silence. Riche de symboles, l’événement soulève en outre une question : qui était ce « Gardien de la Passe » ? Sage lui-même, ou fonctionnaire perspicace ? Maître ou comparse ?

André Niel : L’humain absolu

Adorer ou condamner, c’est, en effet, également diviser l’humain. Et le plaisir qu’on y prend, c’est toujours celui de la division. Car diviser, puis condamner l’un des termes de la contradiction, cela donne à bon compte l’illusion et la satisfaction d’agir — et même d’accomplir de grandes choses ! Quelle perte de saveur pour l’existence, si nous ne pouvions plus ni juger ni honnir, respecter ou condamner, adorer ni brûler !

Jean Markale : La fontaine magique

C’est dire l’importance de la source dans le nemeton. Il s’agit d’un point où convergent toutes les forces du monde et de l’Autre Monde. Là, le prêtre ou le mage, en tous cas celui qui sait s’emparer de ces forces, peut connaître tous les secrets de la vie et de la mort et agir sur le déroulement des événements. Les trois éléments, Ciel, Terre et Eau, qui sont les seuls éléments permanents, seront alors transformés provisoirement, d’une façon toute transitoire, en ce qu’on a coutume de nommer le quatrième élément, le Feu, symbole de l’Esprit se manifestant et créant, l’un n’allant pas sans l’autre puisque toute création implique une incarnation et que toute manifestation requiert l’apparition d’un contraire grâce auquel l’être prend conscience de son existence.

Jean Klein : Être dans la perspective de vérité

L’ultime désir est d’être le Soi. Dans les moments de plénitude l’état de non-désir, la notion d’un moi — comme d’ailleurs de tout autre objet — est complètement absente. La cause de la plénitude est souvent attribuée à un objet, aussi nous consolidons de plus en plus la conviction, suscitée en nous par un réseau d’habitudes où nous nous complaisons, que l’état de plénitude est quelque chose à acquérir, à posséder, à cultiver.

Raymond Ruyer : Des raisonneurs de mauvaise foi

Au fond, les discours de tous les Saints de toutes les époques reviennent presque toujours à ceci : « Donnez-moi une situation sociale supérieure, donnez-moi de l’argent sonnant, et mieux encore, de l’autorité, pour que je puisse vous rééduquer. Laissez-vous faire docilement, car j’ai déjà un bon pied dans le nouveau Pouvoir. Sinon, il vous en cuira. » Quand un Saint se plaint de ce que les gens ne connaissent pas les choses qui contribuent à leur paix, il veut dire en réalité qu’ils ne se préoccupent pas assez des choses qui contribuent à sa paix à lui. Et quand aujourd’hui le nouveau Saint réclame la justice et une société juste, il veut dire qu’il aspire à une société qui lui rendra justice, à lui, à son génie, et qui le vénérera comme un prophète, comme un fondateur, comme un roi.

André Niel : Krishnamurti et la révolution fondamentale

Ainsi donc y a-t-il, d’une part, l’homme faible et mortel et, d’autre part, l’homme aveugle sur les moyens de se rendre moins faible et moins mortel. Seulement notre révolte n’avait encore jamais concerné que notre état de faiblesse et de finitude. Or, l’homme, ayant tout de suite déclaré la guerre à sa misère, n’a fait que s’élancer contre lui-même. Si, donc, nous sommes conséquents avec nous-mêmes, notre révolte doit, aujourd’hui, dénoncer une telle contradiction…

Raymond Ruyer : Le sceptique résolu

On parle souvent de « terrorisme intellectuel », ou de « matraquage », de publicité ou de propagande. Ces mots sont trop gros. « Discours intimidants » est plus juste. On pourrait même parler simplement d’esbroufe. Comme ces animaux qui se gonflent pour effrayer, comme ces papillons qui montrent tout à coup, en se retournant, des yeux de chouette aux oiseaux qui les attaquent, les « intimideurs » prennent des airs terribles et se déguisent en Juges et en Inquisiteurs. Ils ont au fond d’eux-mêmes une peur latente d’être un jour démasqués et d’être victimes d’une chasse aux sorcières qui ne serait pas imaginaire. Aussi, ils prennent les devants. Ils dénoncent les Pouvoirs et les Polices, leurs « entreprises fascistes », leurs Tribunaux, en essayant d’intimider le Pouvoir, la Police, la Justice, et en s’asseyant majestueusement sur les bancs d’un Contre-Pouvoir, celui de l’idéologie dominante, c’est-à-dire de l’idéologie de la subversion.

Michel Guillaume : La voie soufie

La philosophie dont il est question en Soufisme est éveil à la vie de l’Esprit. Et c’est d’abord l’éveil à l’idée qu’au-delà de notre petite personnalité limitée, de notre « moi je », du personnage enclos dans son identité civile que nous croyons être, s’étend tout un domaine de conscience qui est beaucoup plus vaste, plus heureux, plus libre et plus durable et que ce domaine, il est possible pour nous de l’atteindre. Mais cette philosophie est encore « religieuse » dans le sens où ce n’est pas notre « moi-je », notre égo qui décide de cet éveil, de l’évolution de notre personnalité qui en est la conséquence, ni de ses modalités. Notre ego, notre « moi-je » ne peut qu’acquiescer à une volonté plus profonde qui s’est levée en nous et se soumettre à une autorité plus haute. Autorité qu’il peut reconnaître en un Dieu extérieur, ou bien dans la voix d’un Guide intérieur, ou bien encore sous forme humaine, comme son Maître spirituel.