La voie gnostique selon Abellio

L’illumination est comme le jeu de la lumière dans un cristal. La lumière jaillissante efface la structure du cristal, et c’est pourtant cette structure devenue invisible qui explique l’illumination. Mettre de l’ordre, c’est-à-dire dévoiler et fonder la structure absolue, c’est la loi de l’homme avancé d’Occident. Incarner ensuite cette struc­ture et la fondre en soi, c’est la loi de l’homme tout court. Par le couronnement gnostique, foi et raison cessent alors d’être prises dans une opposition linéaire, elles sont dépassées et intégrées ensemble dans ce qu’il faut rien considérer comme la réalisation de l’être.

Un style hermétique Albert-Marie Schmidt

Inaugurée par les byzantins et les Arabes, fabuleuse dans son expression, merveilleuse dans son projet, l’alchimie impose aux chatoyantes spéculations de la Gnose maintes parures orientales. Elle s’enchante aux allégories colorées et complexes. Elle tient en mépris la sobriété des métaphores classiques. Habile à inventer entre les ordres divers de l’être des correspondances fantasques, elle impose à ses sectateurs une ascèse bien réglée. Tandis que, dans l’« Œuf philosophique », globe de cristal soi­gneusement clos, ils surveillent la coction et la métamorphose du « compost », mélange secret d’où, comme d’un embryon, prisonnier de l’utérus, naîtra la pierre philoso­phale, ils doivent passer par les exercices gradués d’une lente purification. Ils professent la croyance que pour parfaire le « Grand Œuvre », régénération de la matière, ils doivent poursuivre la régénération de leur âme. Cette gnose tâche vite à prendre un aspect chrétien. De même que dans leur vase scellé, la matière meurt et ressuscite, parfaite ; de même, ils souhaitent que leur âme, succom­bant au trépas mystique, renaisse pour mener en Dieu une existence extasiée.

Qu’est-ce que l’alchimie ? par Robert Amadou

L’alchimie s’exprime en symboles, et il faut bien dire que beaucoup d’alchimistes ne comprennent pas les textes qu’ils lisent et ne comprennent peut-être pas les textes qu’ils écrivent. Il m’est arrivé de trouver tant d’imitations, de plagiats ! et des exemples encore plus intéressants de véritable délire poétique ! Et tant d’alchimistes qui, lisant ou écrivant des textes d’alchimie, s’imaginaient comprendre, et en fait ne comprenaient pas ! La question se pose : Qu’y a-t-il à comprendre ?

Gurdjieff et le soufisme par Robert Amadou

Si Gurdjieff n’a jamais prétendu être soufi, il a soutenu qu’il enseignait, à sa manière, ce que les derviches en­seignent. À première vue, il n’en est rien, dans un contexte non seulement muet sur l’islam, mais a-religieux. Dans le travail, néanmoins, des traces d’influence se dessinent : comment pourrait-il en aller autrement ? Les « exercices », les « mouvements » constituent Gurd­jieff en « maître de danse », à la Rumi. Mais des tech­niques respiratoires et gestuelles analogues existent dans le christianisme oriental et dans le chamanisme, dont l’islam et le christianisme des pays de Gurdjieff ont subi l’influence, quand ils ne se sont pas seulement rencontré avec lui. Il paraît que certains traits spécifiques, d’ailleurs accessoires, des rites derviches reviennent dans le travail de Gurdjieff. Une influence soufie est certaine, d’autres aussi, probablement plus faibles, la réinvention ne l’est pas moins. Je n’ose plus avant…

Autour de l’enseignement de Gurdjieff, entretien avec Henri Tracol

Le psychisme dont il parle est visiblement du domaine de la manifestation, alors que le spirituel relève de ce qu’il est réellement. Mais il n’y a pas là pour autant une condamnation de la manifestation au profit de l’essence. La perspective qu’il ouvre est celle d’un accomplissement, par la fusion du psychisme et du spirituel, en sorte que la manifestation de l’homme émane de son essence réelle, au lieu de s’imposer à lui du dehors.

La science admirable – Art et Sciences hermétiques par Robert Amadou

L’« incohérence interne » de Newton gê­nait Aldous Huxley. Non pas que l’ironiste tourné mystique s’offusquât des insuffisances d’une physique qui s’accomplirait au XXe siècle dans les théories de la relativité et des quantas, mais comment un maître fondateur de la science mo­derne avait-il pu admettre, en dépit de sa qualité, les sciences occultes don relève ou au moins participe sa théologie imprégnée d’hermétisme et millénariste toutes fausses sciences évidemment voire anti-sciences ?

Parapsychologie et philosophie entretien L.-J. Delpech et R. Amadou

Le premier point de vue, c’est celui de la définition signalétique. On détermine de quoi il s’agit en gros et cette définition conditionne la recherche.
Et puis, vient, secondement, la définition idéale. Elle est toujours à chercher. Léon Brunschvicg a montré que c’est une illusion de croire l’avoir trouvée. On ne pourrait, en effet, fournir une définition exhaustive d’une discipline que quand elle serait achevée. Or, toutes les disciplines sont en route

Précognition, peut-on changer le futur par Milan Ryzl & Robert Amadou

Toutes images sont donc en nous, tout est images, tout est en nous. Point de futur externe. Point de passé ou de présent externe. Le présent en nous, l’absence du temps. A l’extérieur, l’illusoire du temps que nous introjectons dépouillé de son illusionnisme, sans lui conférer néanmoins, et pour cause, de réalité.

La symbolique respectueuse par Robert Amadou

Il est un temple hindou, décrit par Alexandre David-Néel, dont la dernière salle, où peu ont droit d’entrer, recèle le grand secret : elle est vide, comme est vide la Kaaba de La Mecque, la Maison de Dieu. La vacuité, cependant, n’est pas le néant, d’après les bouddhistes, et, pour les musulmans, il n’y a pas de réalité… excepté la Réalité. Que signifie ce mot ? Que rencontre-t-on, qui rencontre-t-on au-delà des apparences et quand on a compris que tout est apparence, irréalité ? La langue s’embarrasse, elle se paralyse. Si l’étant lui-même n’était qu’un grand genre (Platon termine le Sophiste avec ce choc terrible), quid, quem au-delà de l’étant ?

Nouvelles approches de la Kabbale par Robert Amadou

Quand Raymond Abellio rencontra, en 1943, Pierre de Combas, son maître, ce mathématicien d’instruction apprit que les nombres ne sont pas seulement des additions de quantités, mais des nœuds qualitatifs, des pôles de structure. Que l’ésotérisme est un structuralisme, sous un rapport, et dialectique, en un sens. Cette découverte le mit sur la voie d’un perfectionnement de la numérologie et des connaissances secrètes, alliées à la philosophie, en gnose. Pointe la vocation. Repérons mieux le lieu.