Un style hermétique Albert-Marie Schmidt

Inaugurée par les byzantins et les Arabes, fabuleuse dans son expression, merveilleuse dans son projet, l’alchimie impose aux chatoyantes spéculations de la Gnose maintes parures orientales. Elle s’enchante aux allégories colorées et complexes. Elle tient en mépris la sobriété des métaphores classiques. Habile à inventer entre les ordres divers de l’être des correspondances fantasques, elle impose à ses sectateurs une ascèse bien réglée. Tandis que, dans l’« Œuf philosophique », globe de cristal soi­gneusement clos, ils surveillent la coction et la métamorphose du « compost », mélange secret d’où, comme d’un embryon, prisonnier de l’utérus, naîtra la pierre philoso­phale, ils doivent passer par les exercices gradués d’une lente purification. Ils professent la croyance que pour parfaire le « Grand Œuvre », régénération de la matière, ils doivent poursuivre la régénération de leur âme. Cette gnose tâche vite à prendre un aspect chrétien. De même que dans leur vase scellé, la matière meurt et ressuscite, parfaite ; de même, ils souhaitent que leur âme, succom­bant au trépas mystique, renaisse pour mener en Dieu une existence extasiée.

Jean Klein : Une autre perspective

Je vous propose une expérience intéressante qui vous fera mieux comprendre ce que je vous expose. Allez un soir à un concert écouter une musique qui vous plaît. Elle vous semble attrayante, merveilleuse, extraordinaire, elle vous bouleverse. Vous êtes donc pleinement attentif. — Le rideau se ferme. — Vous êtes alors renvoyé à vous-même puisque vous n’avez plus de prise, Tout dynamisme de saisir est éliminé et se perd dans votre conscience. On se sent être présence, sans pourtant l’appréhender, la fixer, on se sait intuitivement vivre en harmonie, dans la réalité. Je ne sais si vous me suivez ? Apprenons à regarder sans affects notre vie, notre environnement. Les situations, tout ce qui apparaît prend alors une tout autre signification, une autre perspective. Nos affectivités nous font bâtir un monde illusoire, en nous et autour de nous. Sans ces fantasmes, ce sont les choses qui nous saisissent, elles ne se rapportent plus à un point de vue, mais à la globalité et le changement se produira grâce à la compréhension ainsi obtenue. Si vous voulez vous libérer de la peur, de l’inconfort, regardez-les lucidement, sans fuir, acceptez ces perceptions afin de les traverser, les dépasser ; ne les refusez pas, afin de leur donner l’occasion de finalement vous révéler la présence qui est vôtre.

Archaka : Les temps pré-éternels

Enfermée en elle-même, repliée sur ses secrets, ainsi était la Terre à son début. Verrouillée sur un rêve sans images, asphyxiée par l’inconscience, noyée dans les eaux bitumeuses de la Nuit cosmique, ainsi était-elle et ainsi serait-elle demeurée si une Force ne l’avait fracturée, si la Vie n’avait plongé en elle son glaive ardent et n’avait, pendant d’innombrables millions d’années, labouré ses flancs moroses pour y susciter les toutes premières formes de conscience, des algues, des bactéries ayant assez de sensibilité pour se mouvoir et subsister. De quelles affres la Terre endormie a-t-elle payé sa remontée hors de l’abîme du sommeil et de l’amnésie ? De l’insondable obscurité, sa voix somnambule s’est fait entendre, s’élevant et retombant, puis s’élevant de nouveau et se déployant de plus en plus et répandant ses harmonies à travers le système solaire ainsi qu’un cantique de gratitude saluant la Lumière créatrice.

Michel Fournier : La grande peur de M Teste

M. Teste se nourrit uniquement de produits naturels. Il mange sans sel et pas trop épicé ; il a l’estomac fragile. Il ne boit que des grands crus, modérément, les autres vins sont trafiqués. Il a lu des choses épouvantables sur les conservateurs, les colorants et les renforçateurs de goût. Les revues de consommateurs le font frémir. Il a vendu sa voiture à cause des chauffards, des assurances, des voleurs et des vandales, des contraventions et autres tracasseries administratives ; d’ailleurs il ne sort plus que par obligation. Il ne voyage jamais : on est toujours déçu. Mauvaise alimentation, climats éprouvants, populations bizarres. Il n’a pas d’animaux, c’est sale, envahissant, on s’attache et cela implique des obligations fastidieuses. Préserver sa dignité est déjà une exigence à haute responsabilité, qui nécessite une vigilance de chaque instant.

Howard Brabyn : L'émotion dans le cerveau

On a pu constater que le cerveau était capable de détecter les caractéristiques structurelles des sons et que ces dernières déterminaient la dominance de l’hémisphère droit ou de l’hémisphère gauche. Ainsi les sons vocaliques humains, les sanglots, le rire, la stridulation des insectes et d’autres bruits naturels, qui comportent tous une modulation de fréquence et des combinaisons harmoniques, induisaient chez les sujets japonais une dominance de l’oreille droite (hémisphère gauche).

Emmanuel D'Hoogvorst : Réflexions sur l'or des alchimistes

Tout ici-bas, disent les Philosophes, n’est que poussière et cendres. C’est le monde de la génération et de la corruption. Seul de toutes les substances sublunaires, ce beau métal est inaltérable. L’hypothèse des alchymistes est donc la suivante : si l’or, soleil terrestre, est indestructible, c’est qu’il possède en lui un principe physique d’immortalité. Si les hommes savaient la puissance et la médecine qu’il a en lui, ils abandonneraient toutes leurs occupations pour se mettre à la recherche du secret que le Souverain Créateur a déposé dans les mines, afin d’y trouver cette guérison et régénération auxquelles aspire le genre humain.

Yves-Albert Dauge : Les clefs des symboles : Le Serpent

Le serpent est en rapport avec les cinq éléments (terre, eau, air, feu et éther), avec l’ombre et la lumière, la lune et le soleil, le cercle, l’hélice et la spirale, l’homme et la femme, avec les forces telluriques et célestes, la vie, la mort et la renaissance, la magie et la gnose, avec les nombres 2, 3, 7, 8, 12, 43, 55, 72, etc. D’innombrables traditions et exégèses en font le support de valeurs multiples, au point qu’on peut se demander s’il n’est pas LE symbole primordial, fondamental, mystérieusement lié à la nature même de l’homme, à la structure de sa pensée et de sa vision du monde. En tout cas, pour ne pas redire ce qui a été si abondamment exposé, nous allons tenter de montrer que ces valeurs multiples font partie d’un champ homogène, et qu’on peut les ramener à des lignes de force simples et claires, voire à un seul principe d’explication.

Yves-Albert Dauge : Les clefs des symboles : Le Miroir

De nombreuses significations, disparates et même contradictoires, sont traditionnellement rattachées au thème du miroir. Pour y mettre un peu d’ordre, un seul moyen, qui n’a guère été utilisé jusqu’ici : établir la métaphysique du miroir. Il s’agit essentiellement de cette clef ontologique que constitue le passage du UN au DEUX, principe du déploiement des nombres, et arcane de la Vie divine comme de la Création. La Vie divine, en effet, selon ce que nous apprennent la spéculation et l’expérience théologiques, est polarité, échange, amour. Son expression chrétienne est la notion de Couple éternel Dieu-Père et Dieu-Fils : le Fils étant l’image, l’icône, le miroir, l’Alter Ego du Père, sur tous les plans. « Qui m’a vu (tel que Je suis) a vu le Père », dit le Christ…

Élie-Charles Flamand : Érotique de l'alchimie

L’alchimie affirme la nécessité d’une base matérielle pour l’édification d’une œuvre spirituelle. Selon ses concep­tions, les transformations que l’alchimiste fait subir à sa matière première sont analogiquement liées au pro­cessus initiatique qui s’opère spirituellement chez celui-ci. Du fait de l’Involution, la matière semble être ce qui demeure le plus éloigné du Divin. Pourtant, c’est au tréfond de la masse hyléenne déchue que l’opérateur trouvera l’étincelle du Feu incréé et pourra alors se transmuer spirituellement en communiant avec la trans­cendance. Le monde n’est en vérité qu’une forme illu­soire sous laquelle l’Absolu peut apparaître…

Pierre D'Angkor : La destinée humaine, suivant les traditions parallèles de la Sagesse ésotérique

le Principe métaphysique de la matière universelle, laquelle, grossière ou subtile, forme tous les corps : c’est le Principe plastique, féminin, de la matière et de la Forme, la Mère universelle. Personnifiée comme sagesse divine en Minerve, chez les Grecs, ou comme force divine (Shakti) par les déesses de l’Inde, elle était représentée dans le Christia­nisme primitif par le St-Esprit. Celui-ci ayant été masculinisé, le culte de la Vierge fut instauré. Jésus enseignait qu’une étincelle du Verbe est en chaque homme : c’est l’incarnation divine en l’âme humaine. Épanouie en lui et transfigurant sa personnalité mortelle, son « moi » humain, Jésus représentait, dans sa plénitude et sa perfection, cette incarnation du Verbe en sa personne, et son enseignement visait à préciser la voie royale à suivre par chacun pour réaliser pareillement cet état divin, en se haussant à la conscience universelle, la Conscience du Père. En effet la conscience, la perception et la réalisation de tous les pouvoirs de la Vie-une constituent cet état divin. Les degrés atteints au cours de cette ascension représentent effectivement la hiérarchie des êtres sur une échelle infinie et dont les hauts échelons échappent à notre vision limitée. La réalisation de l’état divin est donc pour l’homme « le grand œuvre ».