Le gardien des frontières. Entretien avec David Abram

Traduction libre Entretien de 1997 entre Jeremy Hayward et David Abram autour du premier livre de ce dernier. Jeremy Hayward : Nous pourrions peut-être commencer par parler un peu d’animisme. Il me semble que la principale chose que vous essayez de communiquer dans The Spell of the Sensuous est le sentiment que le monde n’est […]

Vimala Thakar : Le temps, le langage et le silence

Rencontre du 3 août 1989 Avec votre coopération, nous traiterons environ dix questions cet après-midi. Question: « Pourquoi appelez-vous « êtres » les montagnes, les rivières et les arbres ? Qu’est-ce qu’un être ? « demande un participant. Vous savez ce qu’est une chose: c’est ce qui est construit par la main de l’homme, construit par la pensée de […]

Howard Brabyn : L'émotion dans le cerveau

On a pu constater que le cerveau était capable de détecter les caractéristiques structurelles des sons et que ces dernières déterminaient la dominance de l’hémisphère droit ou de l’hémisphère gauche. Ainsi les sons vocaliques humains, les sanglots, le rire, la stridulation des insectes et d’autres bruits naturels, qui comportent tous une modulation de fréquence et des combinaisons harmoniques, induisaient chez les sujets japonais une dominance de l’oreille droite (hémisphère gauche).

Theodore Roszak : Le vol visionnaire expérience et symbole

Mais objectiver la gravitation, c’était la séparer de l’expérience qui lui a millénairement donné son sens. Tout comme la chute des corps, la gravitation ne pouvait plus être rattachée symboliquement à une signification religieuse. Cela donna un caractère étrangement abstrait au débat scientifique sur la gravitation — Newton lui-même s’en inquiétait. Il pouvait formuler mathématiquement la gravitation comme un comportement des choses dans la nature. Mais il ne pouvait s’empêcher de se demander si ce comportement qu’il avait si ingénieusement mesuré ne devait pas avoir quelque réalité substantielle, une base plus solide que celle des mathématiques. Qu’était la gravitation en dehors d’une équation algébrique ?

Jean E. Charon : Vers l’humain du double plan rationnel et intuitif

Malgré les immenses avancées de la connaissance, conduisant à cette « maîtrise » du monde extérieur dont nous sommes si fiers, grâce à la Science actuelle et son langage rationnel, n’est-on pas enclins à nous demander si cet énorme développement de la Culture ne nous a pas fait « oublier » ce langage intuitif qui prévalait au début de l’humanité ? Ce langage qui est cependant seul à permettre à notre pensée de s’ouvrir vers une dimension essentielle, celle de notre appartenance « corps et âme », qu’on le veuille ou non, à un Réel cosmique ?

Marie-Ina Bergeron : L'homme et sa parole

La Chine a saisi l’Univers comme un Tout vivant et mouvant grâce au jeu d’une bipolarité ciel/terre, visible/invisible, dedans/dehors, yin/yang, à laquelle la graphie n’a pas échappé. Elle aussi procède du yin et du yang « du dedans et du dehors ». Elle germe et se façonne dans l’intérieur de l’homme, royaume de l’intime, du caché, du Yin. Elle est Yang. A la fois yin et yang l’idéogramme est une totalité, à la limite un Tao : « un yin, un yang c’est le Tao ». L’idéogramme Tao « voie », conserve d’ailleurs le sens de « dire », d’enseigner, d’ouvrir à l’homme « la voie de la connaissance ».

le Dr. Jacques Oudot : Les terrains vagues du langage

Le but du vivant est moins l’évolution que la diversité. Dans notre vie quotidienne une part de la diversité réside dans la perpétuelle mouvance des langages. Chaque société possède ses marginaux, ses minorités agissantes. Presque toujours en opposition avec la majorité, elles inventent des mots, des langages pour se reconnaître, s’affirmer, exister. Souvent leur action est forte, elle influence l’ensemble social et peu à peu amène une nouvelle société. Ces mots et ces langages deviennent communs, ils sont prêts à entrer dans les dictionnaires. Tout est mûr pour la naissance de nouvelles minorités, de nouveaux marginaux. Ainsi va la vie sans cesse renouvelée, sans cesse différente. Sinon, il n’y aurait que sclérose et mort.

A l'écoute de soi pour comprendre l'univers. Un entretien avec le docteur Tomatis

Il est difficile de définir l’écoute pour plusieurs raisons. D’abord, sous prétexte que l’on a des oreilles, tout le monde croit pouvoir écouter. Pour une meilleure définition, il faut distinguer «entendre», qui est quelque chose de passif, et «écouter», qui prend une autre dynamique d’activité dans laquelle est impliquée la volonté. Écouter, c’est «tendre» l’oreille volontairement; entendre, c’est se laisser inonder de sons, tout en pouvant éventuellement penser à autre chose. Se prendre à écouter, c’est tendre tout son corps vers l’autre…

Roger Farney : Quelques considérations sur le Langage, l’Art et la Pensée

Mais la pensée ne se divise pas, ses éléments ne s’évanouissent pas; ils concourent tous à son évolution continue et se consultent encore en se mêlant pour se féconder mutuellement. Or les concepts accumulés ne se reconnaîtraient pas sans la mémoire, et la mémoire ne les retient que par le mot qui offre son symbole à l’idée à laquelle il permet de survivre. Le mathématicien qui pense en dehors de la réalité apparente et qui dénude les concepts à mesure qu’il les rationalise, économise son effort en un langage concentré que le philosophe essaye d’imiter, sans pouvoir éviter les définitions que la précision risque au contraire de prolonger au delà du champ permis à l’entendement. Il lui faudra pourtant les emporter avec lui avant de s’engager dans une méditation préparée, où les mots s’élargiront progressivement pour libérer la pensée pure dont ils auront été les auxiliaires nécessaires.

Hélène Foglio : La dimension spirituelle du langage

L’instrument le plus prestigieux qui distingue l’homme de tout le reste de la création est incontestablement le langage. Certes, les animaux ne sont pas dépourvus de signaux acoustiques, mais à leur niveau les informations émises et reçues demeurent toujours très rudimentaires en regard du code verbal humain descriptif et symbolique, qui traduit des pensées et des sentiments d’une extrême complexité. Par lui, l’être humain structure son ego, exprime sa spécificité individuelle, découvre l’autre, et s’il pénètre le mystère du verbe, il parvient même à saisir la raison profonde de son être-au-monde.