Quand nous aimons quelqu’un, notre amour en forme une image que nous mettons sur un piédestal ; ensuite de quoi nous attendons que ce quelqu’un se confonde avec l’œuvre d’art que nous avons faite de lui. C’est la source de toute déception. Peut-être la plus grande des vertus est-elle d’apprendre à aimer ceux que nous aimons tels qu’ils sont et non pas tels que nous voudrions qu’ils soient. Et à y bien penser, c’est même la seule manière de connaître d’eux autre chose qu’une illusion.
Auteur/autrice : 3e millénaire
Murshida Sharifa Goodenough : Apprendre et désapprendre
Maintenant, dans la vie spirituelle, les données sont différentes de celles du monde : l’abandon des trésors, de ce que nous avons pris l’habitude de considérer comme nos trésors, est une condition essentielle. On peut dire que tout le progrès dans cette voie est cela. Et la première chose est d’abandonner le trésor de son savoir. Toute sa vie, on a appris qu’une chose était telle. Et il s’agit de l’oublier pour un moment, de la voir d’un autre point de vue, de différents points de vue ; par exemple du point de vue de celui dont on s’est approché pour qu’il soit le guide spirituel dans ce sentier.
Kenneth White : Marcher avec Thoreau
Si Thoreau utilise ses pieds, c’est donc, en fin de compte, au bénéfice de sa tête, ou disons de son être, de son corps-esprit tout entier. Ce n’est pas un sportif qui sort pour abattre des kilomètres, il ne fait pas de « footing », comme on dit. Il pratique la marche intelligente. Pour lui, marcher, c’est se mettre en rapport (en harmonie, en sympathie) avec une intelligence (diffuse) qui dépasse le savoir.
Saint Denys l'aréopagite : De l’unité
Et cette unité, principe des êtres, n’est pas portion d’un tout ; mais, antérieure à toute universalité et multitude, elle a déterminé elle-même toute multitude et universalité. Car il n’y a pas de pluralité qui ne soit une par quelque endroit ; ce qui est multiple en ses parties, est un dans sa totalité ; ce qui est multiple en ses accidents est un dans sa substance ; ce qui est multiple en nombre, ou par les facultés, est un par l’espèce ; ce qui est multiple en ses espèces, est un par le genre ; ce qui est multiple comme production, est un dans son principe.
Hazrat Inayat Khan : La religion du soufi
Il est désirable avant tout, pour le croyant en Dieu, de faire d’abord sa propre conception de Dieu. Naturellement l’homme ne peut pas se faire une conception de ce qu’il ne connaît pas. Par exemple, si on vous disait de vous imaginer un oiseau que vous n’avez jamais vu, qui ne ressemble à aucun oiseau que vous ayez vu, vous lui donnerez d’abord des ailes, ensuite la tête d’une vache, puis vous imaginerez peut-être les pieds du cheval, la queue du paon ; mais vous ne pourrez imaginer une forme que vous n’aurez pas vue, ni connue. Vous devrez rassembler dans votre esprit des formes que vous connaissez déjà. Vous ne pourrez faire une conception que vous n’avez jamais vue ni connue. Puis la chose la plus facile et la plus naturelle à l’homme est de concevoir tout être sous la forme de l’homme. Quand il pense aux fées ou aux anges, il les voit sous une forme humaine. C’est pourquoi, si un être humain conçoit même l’Idéal-Dieu, la conception la plus élevée et la meilleure sera la personnalité humaine la plus élevée et la meilleure. Il n’y a en cela rien de fautif…
Michel Guillaume : Les pièges sur la Voie
L’une des premières de ces ivresses est celle de l’intellect. Cette ivresse nous porte à croire que la compréhension des idées spirituelles est ce qui importe le plus, que cela suffit à nous transporter, en quelque sorte, dans les réalités dont elles ne sont en fait qu’une simple indication. Cette méprise est des plus répandues à notre époque où toute l’instruction que l’on nous dispense vise à surchauffer la matière grise aux dépens des facultés méditatives. Mais l’intelligence n’est pas l’expérience. Et l’on aura beau accumuler les lectures, assister assidûment aux conférences et fréquenter les réunions, l’on tournera toujours en rond dans sa propre cervelle…
Jean Klein : Un conflit ne peut éliminer un autre
L’instructeur, établi dans le silence, peut répondre de deux manières : soit par le silence, soit par une réponse qui — bien que verbale — prend la forme d’une autre question, plus adéquate pour le disciple et qui doit le conduire au silence, à la plénitude. La réponse qui nous laisse sur un plan mental n’est pas une réponse, elle nous fige et fausse la question posée, tandis que la réponse sous forme de question donne au questionneur la liberté d’aboutir par lui-même à la suprême et vraie réponse qui est silence.
Patrick Lebail : Lumière de la Brihad-Âranyaka-Upanishad : Les contemplations rectifiées
Selon les Upanishads, les fonctions sensorielles — en tant que distinctes des organes anatomiques leurs supports, dont elles prennent le nom — sont des aspects d’une même énergie vitale, le prâna. Durant le sommeil, elles se résorbent dans l’unité psychique, d’où elles se différencient à nouveau lors du rêve. Cette unité psychique, analogue à l’espace (âkâsha) en ce sens qu’elle n’a pas de dimensions et qu’en elle apparaissent toutes choses, est localisée dans le cœur du point de vue de l’homme éveillé (le « cœur » n’est pas ici l’organe corporel, mais un point que découvre la méditation, ce qui de nos jours encore fut enseigné par Ramana Maharshi).
B. Lahiry : La recherche de la vérité
De même que le silence peut être expérimenté directement entre deux notes consécutives, et que l’écran tel qu’il est peut être vu directement entre deux images projetées consécutivement, Cela, le témoin, peut aussi être directement expérimenté entre deux pensées qui se suivent. La question est de savoir comment saisir le témoin pendant cet intervalle extrêmement court ; et l’intervalle peut-il être allongé ? Toute méthode supposant un processus mental est en principe inutile car elle exercerait un effet contraire sur l’intervalle. Un effort pour arrêter la pensée est également inutile, car cet effort est accompli par un auteur ou par un acteur, cachant immédiatement le témoin.
Jean Gontier : L'expérience fondamentale
S’imaginer que l’on parviendra à la connaissance de la source primordiale en immobilisant artificiellement ce qui naturellement est mouvement, la pensée en particulier, ne peut déboucher que sur une impasse. On aboutira à des états temporaires de vide, d’extase, d’auto-hypnose ou de samâdhi, non à l’expérience véritable. Ma source primordiale est toujours présente à travers tous les états de mon existence. C’est au centre immobile de mon être que je la connais en tant que telle avant d’en faire l’expérience à travers tous les aspects du monde phénoménal. Il n’y a rien à changer, rien à modifier ou à supprimer à priori. C’est seulement quand l’expérience primordiale est vécue que, par voie de conséquence, la structure individuelle se trouve modifiée, mais cela s’accomplit de soi-même et non par le fait d’une volonté délibérée.