La vieille femme au cœur brulé par Farîd ad-Dîn-Attâr

(Revue Être. No 2. 1992) Un jour, au marché de Bagdad, éclata un violent incendie. Tout le monde se mit à crier. Le feu provoqua un affolement comme au Jugement dernier. Une vieille femme affligée, un bâton à la main, venait on ne sait d’où. Quelqu’un lui dit : « Tu es folle, ne va […]

Petite et grande guerre sainte par le professeur Aziz Lahbalei

Le mot « islam » lui-même dérive de la racine qui a donné  »salâm » (salut, paix, bonne santé, calme…). Le mot djihâd, lui, vient de  »djuhd » qui signifie effort, tant physique que moral. Un soir, au retour d’une victoire sur leurs adversaires idolâtres, les Musulmans manifestèrent une certaine satisfaction. Mohammed leur lança : « Nous revenons du djihâd mineur, pour entreprendre le vrai djihâd, celui de l’âme. »

Ode sur l’amour divin par Musluh-al-Dîn Saadi

J’ai exposé au médecin la situation de mon cœur et la folie de ses emportements ; les soucis, lui ai-je dit, ne permettent pas à mes yeux de se clore un seul instant de la nuit. Saadi, m’a-t-il répondu, le mal que tu éprouves est l’amour : ce sont des dou­leurs pour lesquelles je ne possède aucun remède.

Prière par Mohammad Iqbal

Nous Te cherchons et Tu es loin de nos yeux ; mais non, nous sommes aveugles, et Tu es présent. Ou bien écarte ce voile du mystère, ou bien enlève-nous cette âme privée de vision. L’arbre de mon esprit désespère de porter des feuilles et des fruits : envoie donc une hache, ou alors la brise du matin. Tu m’as donné la raison, donne-moi aussi la folie, montre-moi la voie de l’extase intérieure. La science demeure dans la pensée ; l’amour fait son nid dans le cœur vigilant. Si la science ne bénéficie pas de l’amour, elle n’est qu’un théâtre d’idées : ce spectacle n’est qu’une magie…

Le réel est toujours ailleurs par Daryush Shayegan

La Tour de Babel devient une réalité non seulement en ce qui concerne les langues — encore que là aussi nous ayons des problèmes quasi insolubles — mais les mentalités. Délire religieux, obsession révolutionnaire, émancipation des femmes, régression vers des utopies de plus en plus fumistes, guerre des étoiles, résurgence des croyances obsolètes, se côtoient les uns les autres dans un kaléidoscope d’opinions, de croyances, et de visions du monde où personne ne sait de quoi il parle, ni quelles sont les prémisses qui fondent tel discours politique plutôt que tel autre. Alors que les souhaits et les espoirs renvoient aux croyances les plus émotivement chargées d’antiques traditions, les structures conceptuelles aptes à les articuler restent celles-là les rejetons les plus tardifs et les plus monstrueux d’une modernité incomprise. L’entre-deux devient en quelque sorte la norme de la vie ; on essaie de comprendre, d’analyser, mais à force d’expliquer les détails et les motivations coupables de part et d’autre, on rate l’essentiel ; à savoir les ruptures historiques qui ont fait de l’Occident un bastion de la modernité et des autres civilisations du monde de grands monuments du passé.

Le sentiment de lumière par Marc Alain Descams

L’Islam est issu des terres de lumière ; c’est la religion du désert et des longs espaces infinis. Toute lumière vient de l’Unique, et chacune y renvoit. Son universelle présence est d’abord manifestée par l’éclatante lumière de Midi. Pour les Musulmans l’existence est lumière. Le monde n’est que la réflexion de Dieu à travers le miroir de l’obscurité. La lumière essentielle en se réfléchissant fait apparaître le monde phénoménal. La lumière du jour est donc le symbole du monde transcendant. Le soleil est le signe mobile de l’Esprit, qu’éclaire l’autre monde, et la lumière intellectuelle est une manifestation de la connaissance divine qui se déverse sur la terre.

Le paradis est l’enfer du sage, entretien avec Faouzi Skali

Le cœur ne désigne pas seule­ment le cœur organique mais aussi le centre subtil de l’être, celui qui reçoit la connais­sance et donc Dieu. Un texte dans lequel Dieu parle rappelle : « ni mon ciel, ni ma terre ne peut me contenir mais je suis tout entier conte­nu dans le cœur de mon servi­teur ». Mais on parle aussi de l’œil du cœur. Dans tout le langage coranique, l’intelligence est l’intelligence du cœur, y compris dans le discernement. Alors que dans le monde moderne le mental, le cœur et le domaine spirituel sont séparés.

Les sept cités par Nur’Ali Elâhi

La deuxième étape est délivrée de toutes les contraintes des structures corporelles et des paroles verbales. Son lieu part de la mémoire (sine, la poitrine) et va au cœur. Le résultat est la présence du cœur » et l’illumination spirituelle… Cette étape est plus élevée que la première et correspond à l’univers du Malakut (angélique). Elle est appelée degré de tariqat (chemin spirituel). Son effet est de sauver le pratiquant des attaches mondaines et de l’écarter des désirs et des caprices des passions et tentations du soi-impé­rieux.