Archaka : La naissance de Dieu

Nul témoin ne nous épie, nul tabellion n’enregistre nos fautes, nul juge ne s’apprête à nous condamner, nul bourreau à nous exécuter. Nous sommes seuls, c’est vrai, nous avons raison de le sentir, nous sommes seuls et comme abandonnés à nous-mêmes. Mais ce n’est pas parce que Dieu n’existe pas. Nous sommes seuls parce que nous sommes Dieu Lui-même et qu’il n’y a que Dieu. Et tout ce que nous faisons à l’aveuglette est croissance vers notre état originel et ultime. Rien ne nous attend que Dieu. Rien ne peut nous advenir que notre épanouissement et notre fusion en la Divinité. Notre sentiment de solitude et de séparation vient uniquement de cela : nous sommes le Dieu amnésique qui tire de Soi un à un les emblèmes de Sa mémoire et, sans y rien comprendre, les ajuste et y lit Son contraire. Et cependant, grandit en Lui — grandit en nous le double de soleil qui connaît et qui voit et, demain, dira tout.

Michel Bulteau : Le tarot alchimique

Comment à partir d’un jeu de cartes peut-on arriver à l’âme philosophale ? Certainement parce que l’avenir et le symbolisme du Grand Œuvre se retrouvent sur la même pierre, comme dans la parole du Zohar : « Aux temps futurs, chacun pourra voir l’âme de l’Écri­ture. » Chacun revêtira ici la pèlerine du Mage, s’appuiera sur son bâton et tiendra sa lanterne. Ainsi passera-t-on de la terre noire à la lumière solaire. Le Tarot, en effet, véhicule quelques secrets de l’Art chymique.

J. Rebotier et J.M. Agasse : Alchimie, contes et légendes

Le corps, l’âme et l’esprit vital sont comme la lampe, l’huile et la mèche. De même que la mèche ne saurait servir dans une lampe sans huile, de même l’esprit vital ne saurait être utilisable dans un corps sans âme. L’es­prit vital du corps, c’est le sang, l’âme en est le souffle, qui se répartit dans le sang et le cœur, jusqu’aux extré­mités du corps : ce dernier, vous le savez, consiste en chair, en os et en nerfs. Sachez que si vous logiez l’esprit vital seul dans le corps sans y introduire l’âme, le corps n’aurait point de clartés ; il serait comme enveloppé de ténèbres. Quand vous y faites pénétrer l’âme, le corps s’affine, se purifie et prend un bel aspect. Saisissez bien ce que je vais vous décrire, car c’est une chose importante et personne ne pourrait être guidé vers la science cachée dont je parle, s’il ne connaissait ce chapitre. Ne voyez-vous pas que le feu possède une clarté, des rayons et de l’éclat ; si vous l’arrosez avec de l’eau, la clarté et l’éclat disparaissent et il devient ténèbres après avoir été clarté.

XXX : Si tu t'imagines...

Si l’on ne peut transmettre ce dont il est ici question, du moins par la parole verbale, écrite ou par une technique, peut-être pourrait-on aider les autres à s’approcher du point de rupture. Mais, quels sont ceux qui sont disposés d’emblée à mourir à leur imaginaire, à renoncer à se faire plaisir ? Quels sont ceux qui sont prêts à s’engager sans réserve aucune, sans arrière-pensée, totalement ? non pas en avançant simplement un pied et en se disant : Après, on verra bien… Si l’on sait par avance, comme il est dit dans le zen, que la chambre que l’on s’imagine être celle du trésor, et dans laquelle on va se glisser comme un voleur, va se révéler être une pièce vide ? Non, surtout pas cela. Renoncer à son confort et à ses sucreries spirituels, à son petit trésor intérieur personnel, aux chaudes satisfactions que procure le milieu « agitationnel » dans lequel on évolue, il ne saurait en être question. C’est en ce sens que l’on peut aussi comprendre la parabole du jeune homme riche de l’Evangile qui demande au Christ ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle et auquel celui-ci répond : « Abandonne tout et suis-moi ». Et le jeune homme s’en alla tristement parce qu’il tenait trop à lui-même.

Yves-Albert Dauge : Les clefs des symboles : Le Feu

Élément particulièrement fascinant, le Feu n’a cessé d’inspirer les poètes, les psychologues, les théologiens, les mystiques, les gnostiques, les philosophes, comme symbole de l’Énergie une et multiple, de la vie et de l’action divines, de l’essence de l’homme, et des processus de transmutation. Ne pouvant tout dire sur un sujet aussi vaste, nous avons organisé notre réflexion sur les rapports entre Feu cosmique, Feu divin et Feu humain, pour une prise de conscience de l’unité du dynamisme universel.

Jean Klein : L'ineffable béatitude

Explorer à mon sens, signifie prendre note, discerner l’effet des choses sans passer par l’affirmation, la manipulation, l’organisation. Il est donc nécessaire d’occu­per un poste d’observation non pollué par la pensée, la mémoire avec un lâcher-prise total vis-à-vis du connu. Cela correspond un peu, je crois, à un état d’admiration : nous sommes ouverts, réceptifs, accueillants. Maintenant, comment devenir conscient de notre mode de fonctionnement, dans notre investigation ? Nous constatons facilement notre distraction. De plus, nous sommes super­ficiels, peu tenaces dans nos résolutions et nous anticipons, évaluons, comparons, jugeons, concluons constamment. Au fond, nous ne connaissons pas beaucoup l’objet que nous étudions. En d’autres mots, nous avons quitté l’ouverture, l’état d’admiration. Lorsque vous aurez compris combien ce processus est illusoire, vous serez spontanément dégagé de tout schéma, renvoyé à vous-même. Au cours de ces quelques instants pendant lesquels votre mémoire n’est pas intervenue, vous étiez libre, parfaitement présent.

Archaka : L'homme cosmique

Dieu n’a jamais été si proche de nous qu’en cette heure où nous, paraissons-nous être pour jamais détournés de Lui. À fouiller la Matière, nous l’illu­minons de conscience. Et cette conscience en la Matière, c’est cela qui est Dieu, c’est cela qui im­prègne de mystère ingénu et fatal le tissu même de l’univers et nous baigne à chaque instant d’une inex­pugnable divinité. Peut-être ne sommes-nous pas encore assez athées pour que Dieu nous apparaisse. Peut-être avons-nous encore en nous trop de souve­nirs tabous et d’empreintes sacrées qui nous ratta­chent à d’antiques religions auxquelles nous croyons pourtant ne plus appartenir. Mais lorsque tout cela sera effacé, lorsque la mémoire des rites et des croyances aura complètement disparu de nous, alors Dieu paraîtra.

René Allar : L'initiation de Ramanuja

Toutes les « voies » hindoues, celles de l’amour (bhakti) comme celles de la connaissance (jnâna), sont des voies initia­tiques. En présence des preuves d’incompréhension que les Occidentaux ne cessent de donner à ce sujet, on ne saurait assez insister sur ce point qui conditionne toute étude sérieuse de l’Inde et de sa civilisation. Des manœuvres intéressées s’ajoutent ici à l’ignorance pure et simple mais la vérité conserve tous ses droits : la tradition vêdique n’est pas un amalgame de cultes religieux et de systèmes philosophiques augmenté de quelques sciences rudimentaires ; elle n’est pas davantage cela avec, en plus, comme d’autres le prétendent, un complément ésotérique ; la tradition vêdique est dans son essence et dans tous ses développements, par le fond aussi bien que par la forme, une tradition initiatique.

Michel Random : Le pouvoir des symboles

Le pouvoir des symboles tient à leur disposition géométrique qui anime à son tour un champ de forces physiques, psychiques et spirituelles. Tout symbole a un pouvoir d’incarnation (la Manifestation), de mouve­ment (la dynamique des forces opposées) de Révélation ultime (la centralité). Il situe l’espace-temps sous ses trois aspects, continu (la forme et la mesure), discontinu (l’aspect vibratoire-l’amour) éternel : l’essence-être. Le rapport de chaque être à l’égard du symbole situe le plan le plus élevé de cet être. Sa compréhension dépend de son propre accès spirituel, de ces identifications psychiques, de ses interdits religieux. Tout symbole fonctionne comme un amplificateur de ses propres possibilités. Ainsi la fonction sociale, religieuse ou magique même du symbole est une interaction constante et particulière du symbole lui-même avec chaque être particulier.

La Lumière

Jusqu’à ce que les chaînes de ta personnalité soient relâchées,
Tu ne pourras comprendre le profond mystère du Soi ;
Et elles doivent tomber pour que tu en aies la révélation.
Alors, tu la saisiras et l’emploieras à un noble service.
Ton cœur est la voie de la lumière pour tes yeux.
La vie changeante est constituée par le cœur des hommes.
Acquiers la connaissance, et tu posséderas la parole.