Questions à Mircéa Eliade: De la nécessité de l’histoire des religions

Les crises de l’homme moderne ont une origine religieuse, tout simplement parce qu’une crise est d’abord la prise de conscience d’une absence de sens. Vous savez, lorsque l’on a l’impression que l’on a perdu la clé de l’existence, que l’on ne comprend plus quelle est la signification de la vie, c’est toujours un problème religieux puisque, à mon avis, la religion est justement la réponse à la question fondamentale : quel est le sens de l’existence ?

Le tantrisme ou l’éveil par la sexualité par Jean Varenne

Au point de départ, les tantriques se rapprochent des adeptes du yoga classique. Comme ces derniers ils professent que l’individu doit trouver en lui-même toutes les ressources qui lui permettront de dépasser les misères de la condition humaine. Ce ne sera donc ni par l’étude des textes sacrés, ni par la pratique de la dévotion, ni par le jeu dialectique que l’homme fera son salut mais par une « prise en compte » de sa personne tout entière, corps, âme, esprit. Bien entendu, l’étude, la prière, la réflexion intellec­tuelle peuvent aider à cette prise en compte, mais comme adjuvants seulement, l’essentiel restant cette descente à l’intérieur de soi, visant à la découverte de l’être intime.

L’hindouisme : des renaissances successives par Jean Varenne

Brièvement exposée, la doctrine hindoue de la transmigration enseigne que tout être vivant est formé d’une âme (en sanskrit : âtman) et d’un corps. Ce dernier n’est qu’une dépouille mortelle cependant que l’âtman est impérissable. Emanant, au commencement du monde, de la source unique de toute vie, le « brahman », l’âme, entreprend un long voyage, pour retourner à l’Absolu. Il faut admettre que la première étape est tout au bas de l’échelle des êtres, parmi les formes les plus élémentaires de la vie cosmique. Progressivement, cette entité migrante qu’est l’âtman gravit les échelons et se réincarne dans des corps de plus en plus complexes : animaux supérieurs, hommes.

Le bouddhisme, l’éveil par la méditation par Jean Varenne

[…] le nirvâna n’est pas du domaine des sens, il ne peut être connu de quelque façon que ce soit, car, disent les bouddhistes, il est du domaine de l’inconnaissance ; de la même façon, ils assurent que l’homme est sans âme, sans rien de permanent en lui, mais qu’il doit s’efforcer d’échapper à la transmigration ; or, puisque, de toute évidence, ce n’est pas le corps qui renaît et qu’il n’y a pas d’âme immortelle, comment comprendre ? Justement, rétorquent les théologiens de l’un et l’autre Chemins, il n’y a rien à comprendre…

Méditation et connaissance selon l’ishvara-gita par Jean Varenne

L’apprentissage du yoga est donc, en Inde, une entreprise où des exercices gradués sont enseignés, conjointement avec des éléments doctrinaux qui les justifient et les expliquent. Et si les premiers nécessitent la présence effective du maître, les seconds peuvent être appris dans la solitude, selon les prescriptions du guru et avec le commentaire préalable qui convient.

Spiritualité des arts martiaux entretien avec Michel Random par Jean Varenne

la pratique des arts martiaux a mis l’accent sur l’unité du corps et de l’esprit, et, de surcroît, sur une unité corps-esprit-univers. C’est là une connaissance que nous avons perdue depuis le XIIIe siècle. Le fameux dualisme occidental nous a détruits de l’intérieur et de l’extérieur, et les conséquences de cette destruction ne sont rien moins que la mort de l’Occident.

Le tantrisme et l’initiation au mandala par Jean Varenne

Le plus souvent, en Inde, le mandala est tracé au moment où l’on en a besoin, puis effacé lorsque le rite est achevé. On utilise de préférence des poudres de couleur que l’on achète sur le marché et que l’on mélange éventuellement avec divers liquides pour obtenir une sorte de peinture aisément lavable. Un texte recommande, par exemple, d’utiliser de la poudre couleur safran-rouge (vermillon vif) mélangée avec du lait de vache pour tracer le Shrî-Yantra. Ailleurs, il est expliqué que, si le dessin est fait avec de la poudre jaune, l’initié triomphe de la malignité verbale (calomnie, etc.) de ses ennemis. Ailleurs encore, on enseigne que si l’on veut du mal à quelqu’un on peut tracer un mandala avec du crottin de cheval délayé dans de l’urine de vache ! Ces quelques exemples donnent une idée de ce que sont ces enseignements secrets dispensés par les maîtres tantriques ; convaincus de l’efficacité intrinsèque des yantras, ils trouvent normal de les utiliser à toutes fins : progrès spirituel, certes, mais aussi magie blanche ou noire.

Hindouisme : L’âge noir mais aussi l’éternel retour par Jean Varenne

Prenons garde ici qu’une telle conception du devenir cosmique n’entraîne nullement le désespoir chez ceux qui la professent. C’est même tout le contraire, car la nature, changeante, variée, déploie sans cesse la beauté et la chaleur bénéfique, heureuse de la vie. Il y a là une véritable « magie » (en sanskrit : mâyâ) dont les prestiges sont goûtés avec gourmandise par tous les vivants. C’est pourquoi les hindous appellent daïvam (« divin ») ce destin auquel toutes choses sont soumises…

Haré Krishna, une upanishad inédite par Jean Varenne

Ce sont ces groupes de « fous de Dieu » (pour employer une expression de notre Moyen Age) que nous avons vus dans les rues de nos villes, vêtus de robes orange, le crâne rasé (sauf une mèche à l’occiput ), dansant et chantant au son de petites timbales. Ce qu’ils psalmodient, c’est le mantra (formule sacrée) de la secte qui n’est autre chose que les trois noms divins Hari (devenu, au vocatif, Haré), Râma, Krishna !

Questions à Jean Herbert l’introducteur en France de l’hindouisme par Jean Varenne

Eh bien, c’est tout à fait accidentellement que je suis arrivé en Inde au cours d’un voyage qui me ramenait d’Extrême-Orient en Occident. J’ai été orienté, sans savoir pourquoi (mais le hasard n’existe pas), sur l’âshram du Shrî Aurobindo. Avant d’y arriver, je n’avais même jamais entendu son nom et donc ne savais pas du tout qui il était. Or j’ai rencontré en lui un homme qui m’a passionnément intéressé et dont les œuvres m’ont paru et me paraissent encore de première importance dans le mouvement spirituel contemporain. A cette époque, j’avais déjà eu accès aux œuvres de Râmakrishna et de Vivekânanda. Il y avait là tout un ensemble qu’il m’a semblé urgent de faire connaître directement, c’est-à-dire en laissant la parole à ces maîtres eux-mêmes