Maitre Taisen Deshimaru : Le temps selon maître Dogen

Ne pensez pas au temps comme s’envolant simplement au loin, il y aurait séparation entre le temps et vous-mêmes. Si vous pensez que le temps est juste un phéno­mène qui passe, vous ne comprendrez jamais l’Être-­temps. La signification centrale de l’Être-temps est que chaque être dans le monde entier est relié aux autres et ne peut jamais se séparer du temps. L’être est le temps et par conséquent mon propre temps véritable. Cepen­dant, il y a un mouvement du temps dans le sens de se mouvoir d’aujourd’hui à demain, d’aujourd’hui à hier, d’hier à aujourd’hui, d’aujourd’hui à aujourd’hui, de demain à demain. Ce mouvement est caractéristique du temps. Passé et présent ne peuvent se recouper, ils sont indépendants et ne chevauchent pas. La tâche difficile des professeurs est de nouveau l’Être-temps. La plupart des gens pensent que le temps passe et ne réalisent pas, qu’il y a un aspect qui ne passe pas. Réaliser cela est compren­dre l’Être. Ne pas le réaliser est aussi l’Être… Car la réalisation et l’ignorance sont l’une et l’autre contenues dans l’Être-temps. Rappelez-vous cependant que l’Être-­temps est indépendant des idées. Il est l’actualisation de l’Être.

Wolter A. Keers : Le rôle de la mémoire dans l'identification

C’est en adoptant ce point de vue insoutenable que la mémoire réussit à se créer une réalité, à avoir une densité tout à fait imaginaire. Elle s’infiltre lentement et insidieusement dans la personnalité et devient une des ancres les plus solides de l’égo. Car… « c’est tout de même vrai que j’ai passé mes vacances à Nice cet été…, n’est-ce pas ? » Un tel raisonnement revient à vouloir prouver l’existence de la mémoire par le seul recours à la mémoire. C’est comme si, dans un rêve, on faisait apparaître un personnage pour prouver que tout ce qui se passe dans ce rêve est vrai, est réel. Au réveil on découvre que ce n’était qu’un rêve et que tout ce qu’on a vu et entendu se situait dans un monde imaginaire, n’ayant aucune existence autonome et dépendant uniquement de la conscience dans laquelle il se manifeste, qui en est toute la substance. La mémoire est comparable au déroulement d’un film cinématographique et consiste à projeter une série d’images sur l’écran de la conscience…

le Docteur Eugène Osty et présentation : L’au-delà est en nous

La relation entre sujet et personne-objectif, ci-dessus brièvement énoncée, impose cette conséquence. Cette conséquence en entraîne une autre et c’est celle-là qui donne vue sur un étrange horizon : si les sujets puisent en nous la notion de notre devenir, c’est que notre esprit sait le rôle que nous jouons dans le drame de la vie, cependant que notre intelligence d’ordinaire usage, notre raison, l’ignore totalement et n’en prend conscience que sensation par sensation, action après action.

Émile Gillabert : La gnose: ni l'hellénisme, ni le christianisme ne suffisent à l'expliquer

Chez Jésus et chez les gnostiques, le temps n’est plus à l’image de l’éternité ; il est à la fois le moment de notre servitude et la chance de notre réalisation intemporelle ; il est l’occasion de l’interrogation qui revient chez les gnostiques comme un leitmotiv : « qui suis-je ? » et le théâtre ou l’ego doit perdre le combat qui l’oppose illusoirement au Soi : situation tragique dont le dénouement est la mort de l’ego. Le conflit se résout par une prise de conscience du caractère contingent, voire illusoire, du temps…

Salim Michaël : La mort et le sens profond de la méditation

Il est nécessaire d’évoquer une nouvelle fois l’étrange phénomène existant dans l’Univers et dans toute la Création, qui consiste à vouloir répéter ou revivre ce qui s’est déjà produit ou qui a déjà été éprouvé à un moment donné. Ainsi, une fois qu’une sensation agréable, une quelconque action ou même une simple pensée ont eu lieu, un désir incontrôlable s’installe en l’homme de vouloir les reproduire. Et, au fur et à mesure qu’il les répète, il ne peut plus s’empêcher de chercher à les ré-éprouver ou à les re-penser, jusqu’à ce que ces actes, ces pensées et ces sensations finissent par devenir chez lui une impulsion irrésistible dont il ne peut plus se défaire — à moins qu’il ne se lance dans une pratique spirituelle sérieuse et ne parvienne à se connaître et à connaître l’aspect supérieur de sa double nature.

Milan Ryzl & Robert Amadou : Précognition, peut-on changer le futur

Toutes images sont donc en nous, tout est images, tout est en nous. Point de futur externe. Point de passé ou de présent externe. Le présent en nous, l’absence du temps. A l’extérieur, l’illusoire du temps que nous introjectons dépouillé de son illusionnisme, sans lui conférer néanmoins, et pour cause, de réalité.

Ilya Prigogine : Temps, durée, devenir : La réconciliation d'Einstein et de Bergson

La notion de temps fait irruption de tous côtés. J’ai été frappé de voir comment elle a émergé au début du siècle. C’est un problème clé pour Einstein, et aussi pour Bergson. Comment leurs pensées se sont-elles développées ? Cette méditation sur le temps qui s’élabore au début du siècle prend deux formes tout à fait différentes. Le temps d’Einstein est le temps-communication. Celui de Bergson, c’est la durée, le temps intérieur. Aujourd’hui nous arrivons à une synthèse des deux, avec la notion de devenir, qui comprend à la fois temps et durée. L’insistance de Bergson sur la nouveauté, la création, a quelque chose de très moderne. Avec la notion de devenir nous englobons la nécessité et le hasard, la transparence et l’opacité. L’essentiel pour un homme de science est d’être ouvert à ce qu’il apprend…

Mariette Gerber : L'œuf et l'éternité

Mais l’incertitude préside à nos relations avec le temps, cet élément qui coule et que nous ne maîtrisons pas ; cette dimension que nous avons étalonnée pour faire tourner notre petit monde, mais dont la mesure vécue nous échappe fondamentalement. N’existe-t-il pas, au fond de chacun de nous, le désir de ressentir, un à un, chaque instant et parfois d’en arrêter un ?

Guy Beney : Le temps du Psi

L’étude de la dynamique psi ramène donc, là encore et paradoxalement à celle de l’articulation psychosomatique ; d’où l’actualité de cette réponse du Comte de Gasparin (en 1855) à ses détracteurs : « quand vous m’aurez expliqué comment je lève la main, je vous expliquerai comment je fais lever ce pied de table » (par PK).

Joël de Rosnay : La création collective du temps

Toute notre civilisation et notre économie productiviste se fondent sur une domination de la nature, qui dépend elle-même d’une interprétation et d’une action causale et ponctuelle sur les choses et les êtres. Aux deux types d’évolution — divergente et convergente cités plus haut — sont liées deux qualités du temps, deux langages longtemps exclusifs, celui de la science, le savoir, et celui de l’art, la signification. C’est l’attitude chronocentrique qui est la source de bien des conflits, comme par exemple la lutte entre matérialistes et spiritualistes. Elle peut se ramener à des modes de pensées et à l’emploi d’expressions liées à l’acceptation d’un sens conventionnel de l’écoulement du temps.