Pendant 30 ans et plus, l’immense majorité des Occidentaux n’a vu en Gandhi qu’un original, un exalté, ou pour mieux dire qu’un fou. On riait de bon cœur quand on apprenait qu’il avait refusé de mettre des pantalons pour aller voir le roi d’Angleterre, qu’il passait son temps à filer la laine ou qu’il voyageait accompagné d’une chèvre dont il buvait le lait. Son action politique paraissait chimérique aux plus avisés, démente ou incompréhensible à la plupart. Vaincre le plus puissant empire colonial du monde par des paroles ironiques ou par des jeûnes ? Proclamer la non-coopération pour quelques jours après la contremander ? Provoquer bagarres et émeutes pour le plaisir d’aller puiser un seau d’eau dans la mer ? Risible, pour le moins. Quant à son attitude religieuse et morale, elle ne provoquait que soupçons ou vertueuses condamnations. Notre plus grand indianiste, Sylvain Lévi, avait déclaré au Collège de France, du haut de la chaire, que la religion de Gandhi, c’était le culte de la vache. On racontait avec un frisson, que malgré sa connaissance du christianisme, il ne reniait pas le culte de ces abominables idoles hindoues sur lesquelles nos dévoués missionnaires nous rapportaient tant d’horreurs. Et l’on s’indignait de ce qu’au moment d’une guerre mondiale où l’Angleterre, la France et leurs alliés étaient en péril, il se fût permis de mettre en doute la justesse absolue de notre cause et le droit que nous avions de la défendre en enfreignant systématiquement le commandement: Tu ne tueras point. Faire une conférence sur Gandhi, j’en fis souvent l’expérience entre 1932 et 1939, était s’exposer à bien des sarcasmes, pour ne pas dire plus.
Catégorie : H-J
Marcel Hennart : Vie et Unité
Sans fin, l’Univers, fuyant l’unité fondamentale qui se trouve en lui, s’échafaude en organismes de plus en plus compliqués. Cependant, à chaque étape, se retrouve, transformée, sublimée peu à peu, l’éternelle inquiétude. La soif de l’Unité perdue, l’obscure soif de Dieu, embrase l’Univers. Certes, mille preuves physiques ne valent pas une seule intuition de l’âme. Ce désir, ce besoin d’Unité tourmentant la Création qui se connaît séparée, nous l’éprouvons au plus aigu de l’esprit.
Marcel Hennart : Nostalgie de l'Unité
On rencontre assez fréquemment la conception dualiste. Elle s’applique, d’ailleurs, aux notions les plus diverses qui soient notion du monde réel et du monde illusoire, notion de l’être et du non-être, notion de l’âme et du corps, notion de l’amour et de la raison, notion du bien et du mal… notions plus physiques, enfin. Il est curieux de voir combien ces notions sont anciennes et se retrouvent chez les peuples les plus dissemblables.
Marcel Hennart : La joie de l'unité
C’est le même souci constructif, la même recherche de l’Un qui a conduit le mental à ce qu’on appelle communément : le désir de l’ABSOLU. La connaissance des différentes beautés nous amène à la connaissance de l’essentielle Beauté ; la connaissance des différentes vérités nous amène à la connaissance de l’essentielle Vérité. Ainsi est possible pour le mental la connaissance de l’Être, muni des différentes perfections, dont nous ne connaissons que des pâles reflets.
Marcel Hennart : Le Langage des oiseaux, Poème de Ferideddin Attar
On demanda un jour à l’Océan pourquoi il était couvert d’une robe bleue qui annonçait le deuil, et pourquoi son eau était agitée comme si le feu la faisait bouillonner. Il répondit que ses vêtements bleus annonçaient la douleur qu’il éprouvait d’être séparé de Dieu et que c’était le feu de son amour qui le faisait bouillonner.
J.L. Jazarin : Le maître et le disciple
Quand on nous a initiés à un principe vrai et universel, nous devenons, que nous le voulions ou non, porteurs de quelque chose de plus grand que nous. Le Maitre qui nous initie porte lui aussi quelque chose de plus grand que lui. Ce qu’il en a compris nous aide à comprendre, mais nous ne saurons jamais si nous comprenons, un jour, mieux que lui.
J.L. Jazarin : Le Judo voie de la souplesse
Une ancienne histoire du folklore russe raconte que deux vieux amis qui vivaient ensemble, ne s’étaient jamais disputés. Ils s’avisèrent un jour qu’il faudrait combler cette lacune, mais ils ne savaient pas comment s’y prendre. L’un d’eux proposa alors la technique suivante : « Voilà, dit-il, c’est très simple, il suffit que tu dises que ce plat, dont nous nous servons tous les jours, est à toi. Je répondrai qu’il est à moi, et tu verras qu’au bout d’un moment nous arriverons à nous disputer. » Fait comme dit, les deux amis jouèrent le jeu, mais au bout de quelques affirmations : c’est à moi ! non c’est à moi!… l’un d’eux s’écria : eh bien, puisque tu le veux, garde-le ! Ils ne purent se disputer. L’amitié était la plus forte. Le titre de cette fable est « Céder » ou plutôt : « le penchant à Céder ». N’est-ce pas du Judo? C’est-à-dire la technique de l’amitié ?
Jean Varenne : Questions à Jean Herbert l'introducteur en France de l'hindouisme
Eh bien, c’est tout à fait accidentellement que je suis arrivé en Inde au cours d’un voyage qui me ramenait d’Extrême-Orient en Occident. J’ai été orienté, sans savoir pourquoi (mais le hasard n’existe pas), sur l’âshram du Shrî Aurobindo. Avant d’y arriver, je n’avais même jamais entendu son nom et donc ne savais pas du tout qui il était. Or j’ai rencontré en lui un homme qui m’a passionnément intéressé et dont les œuvres m’ont paru et me paraissent encore de première importance dans le mouvement spirituel contemporain. A cette époque, j’avais déjà eu accès aux œuvres de Râmakrishna et de Vivekânanda. Il y avait là tout un ensemble qu’il m’a semblé urgent de faire connaître directement, c’est-à-dire en laissant la parole à ces maîtres eux-mêmes
Jean Haab : Le petit poucet
La perpétuation de la Tradition s’est toujours effectuée de deux manières absolument différentes mais cependant complémentaires. La première d’entre elles s’est appuyée sur les Maîtres et les Écoles de Mystères. La seconde manière est plus occulte et fonctionne totalement à l’insu des profanes puisqu’elle utilise l’inconscient populaire sous la forme des contes et des légendes.
pir zadé vilayat inayat khan : Psychologie de la méditation dans le soufisme
On fait souvent, en religions comparées, une distinction, que je considère comme très superficielle, mais qu’il est tout de même bon de connaître, entre mystique naturelle et mystique surnaturelle. La mystique naturelle serait l’expérience d’une identité intrinsèque vécue sous forme d’une participation mystique. Qui dit transcendant dit « autre », car il y a toujours un peu d’altérité dans la transcendance. Ainsi, en l’absence de cet autre que soi-même, ou plutôt — car ce n’est pas un autre que soi-même — de cet élan qui nous fait transcender notre acte d’exister, nous nous renfermons dans la tour d’ivoire de cette conscience d’être. Et l’esseulement devient alors un isolement assez artificiel qui nous appauvrit.