Jacques Brosse : La mort cette inconnue

La mort redevient tout simplement l’exacte résultante de toute notre vie, nous mourons comme nous avons vécu. Et l’on sait que le bouddhisme fait l’économie d’un juge extérieur qui absout ou condamne, qui récompense ou qui punit ; il n’y a pas d’autre juge que nous-mêmes qui décidons de notre destin, pendant cette vie, mais aussi après la mort…

Raymond Ruyer : L'Immortalité est inutile : avoir vécu suffit

Je crois qu’il est vain de penser à une survie, à une immortalité personnelle sous quelque forme que ce soit. Je ne finis pas de m’étonner que tant d’hommes, et tant de civilisations, appellent « espérance », la croyance en une survie personnelle, alors qu’ils devraient parler plutôt du cauchemar que promet une telle croyance. Cauchemar, le Scheol des Hébreux, d’où une sorcière, éventuellement, peut vous tirer, d’où elle peut vous faire monter pour quelques instants…

Pierre d'Angkor : Itinéraire 9 : La libération de l'homme

Ishvâra, le Logos, l’Homme céleste : ce qui est l’homme proprement dit, c’est cette conscience temporaire de la Vie, autrement dit le moi, hypostase du Moi divin. Et c’est en réalité une étrange et profonde expérience intime que la réalisation effective en nous de cette, dualité, que la prise de conscience du véritable caractère, transcendant et immanent, de la Vie en nous. Qu’importe désormais que mon petit moi personnel soit un être falot, impuissant et débile, si je sens en moi-même ce divin compagnon, cette Force suprême, qui m’inspire et me guide, qui me relève quand je tombe, qui me soutient quand je faiblis et qui est, mystérieusement, mon Être réel, le Dieu inconnu en moi en même temps que le sauveur incarné pour mon salut.

Entrée dans une autre dimension, entretien avec Frédérick Leboyer

La naissance est un changement de niveau. C’est pourquoi il faut cesser de la voir comme un problème médical, biologique, physiologique. Il ne faut pas la regarder avec les yeux des médecins, ni avec nos yeux d’êtres humains. C’est un autre langage, une autre dimension, comme la mort. La naissance est une intersection de la durée, une entrée dans le temps quotidien, ordinaire.

Jean Chevalier : La mort et son enjeu

La mort, dit-on, est devenue bavarde. Jamais autant d’articles et de livres ne lui ont été réservés. Et pourtant, tout concourt aujourd’hui à écarter sa présence : science et médecine guérissent ou réaniment le comateux, prolongent la vie, font rêver d’immortalité terrestre ; en attendant, on meurt à l’hôpital dans l’anonymat, on supprime le deuil, on inhume à l’écart. La mort des grands se transforme en un glorieux spectacle : rappelons-nous les funérailles d’un Churchill…

Salim Michaël : La mort et le sens profond de la méditation

Il est nécessaire d’évoquer une nouvelle fois l’étrange phénomène existant dans l’Univers et dans toute la Création, qui consiste à vouloir répéter ou revivre ce qui s’est déjà produit ou qui a déjà été éprouvé à un moment donné. Ainsi, une fois qu’une sensation agréable, une quelconque action ou même une simple pensée ont eu lieu, un désir incontrôlable s’installe en l’homme de vouloir les reproduire. Et, au fur et à mesure qu’il les répète, il ne peut plus s’empêcher de chercher à les ré-éprouver ou à les re-penser, jusqu’à ce que ces actes, ces pensées et ces sensations finissent par devenir chez lui une impulsion irrésistible dont il ne peut plus se défaire — à moins qu’il ne se lance dans une pratique spirituelle sérieuse et ne parvienne à se connaître et à connaître l’aspect supérieur de sa double nature.

Paul Arnold : Comment lire le livre des morts Tibétain

A cet égard, il suffit de lire le début des chapitres du Bardo Thödol décrivant les divers états ressentis par l’agonisant puis par le « mort », pour s’apercevoir qu’on nous dépeint une expérience vécue par l’être et suivie par un observateur en état de transe. De cette faculté d’observation, les témoignages abondent dans la pratique de la méditation bouddhique. C’est ainsi que le maître tendaï suit dans son propre cerveau comme sur le petit écran les « expériences » imaginaires du disciple pendant les grandes épreuves pour connaître l’état d’avancement de celui-ci…

Léon-Jacques Delpech : Mort et survie

L’homme a découvert son image le jour où il s’est penché sur un calme miroir d’eau. Que la notion de miroir eût permis à l’homme de découvrir sa personnalité comme le veut Lacan, c’est discutable mais elle est une des bases de la notion de double. Notions que d’innombrables écrivains parmi lesquels Dostoïevski et quantités d’autres dont on trouvera l’historique soit dans le livre de Ranke, soit dans celui de Stocker. Une notion corrélative est celle d’ombre, puis enfin celle de jumeaux comme celle de sosie. De toutes ces sources convergentes on a été conduit à admettre que l’homme porte en lui un ou plusieurs doubles…

André Dumas : La frontière vie-mort

La parapsychologie contemporaine, en poursuivant l’examen du « paranormal », a abouti à des constatations qui débouchent, elles aussi, sur la notion de zone-frontière entre les perceptions du conscient par les voies sensorielles, et la connaissance directe par le subconscient au moyen de mystérieuses voies extra-sensorielles.

Louis-Vincent Thomas : Quelques croyances apaisantes contre la mort

L’un des procédés les plus efficaces pour contester les effets annihilants de la mort est d’en faire une néantisation seulement de l’apparence sensible, c’est-à-dire de l’individu. La mort devient alors la médiation de l’individu vers le collectif considéré dans ce qu’il a de plus solide, la communauté des ancêtres. On pourrait même, dans une perspective de psychanalyse existentielle, se demander si la communauté des ancêtres ne serait pas la forme transcendée, hypostasiée de la conscience du groupe, une projection dans l’utopie (monde idéal) du désir qu’a le groupe de perdurer sans fin.