Ferid-Eddin Attar : Du Dépouillement et de l'Isolement
Celui qui marche autour d’un brasier de charbon, a ses vêtements noircis et gâtés par la fumée ; et celui qui s’approche d’un parfumeur, contracte une portion de l’odeur agréable qu’il exhale.
Celui qui marche autour d’un brasier de charbon, a ses vêtements noircis et gâtés par la fumée ; et celui qui s’approche d’un parfumeur, contracte une portion de l’odeur agréable qu’il exhale.
La vraie gnose étant la connaissance – ou la reconnaissance – ici et maintenant de ce que nous sommes réellement, toute forme de salut qui se situe dans un futur et un ailleurs n’est pas et ne peut pas être gnostique. La gnose, nous l’avons vu, transcende le temps et l’espace, or les esséniens vivaient orientés vers un salut qu’ils croyaient prochain mais qui était absolument spatio-temporel. Cette forme de salut – qui sera aussi celle des chrétiens – se situe dans la ligne exotérique alors que la gnose possède toutes les caractéristiques d’un véritable ésotérisme. De plus, chez le gnostique, la réalisation, ou l’éveil, est l’aboutissement d’une recherche individuelle. La découverte du Royaume intérieur – pour reprendre la terminologie de Jésus – est au terme d’une aventure solitaire, alors que chez les esséniens, comme aussi dans une certaine mesure chez les chrétiens, le salut à venir est collectif, la damnation également…
La Pierre Cubique est le symbole de l’Homme dans son évolution. L’Homme du Commencement, l’Homme avant l’involution est la pierre brute. L’Homme à la fin de son évolution est devenu la pierre polie. La Qabal dit que l’Homme, le microcosme, est en petit la reproduction du macrocosme, la Création, l’Adam Kadmon, l’Homme-Univers.
La science contemporaine remet en cause la réalité des objets. Cette table, ce cendrier apparaissent comme des objets solides alors que le chercheur en microphysique voit de l’énergie en mouvement. Cette vision du monde va dans le sens de la non-dualité gnostique. C’est par suite d’une illusion que je vois les choses séparées. Le savant et le métaphysicien sont d’accord sur l’interdépendance de toute chose ; l’un et l’autre comprennent cette parole de Jésus : « Il y a de la lumière au dedans d’un être lumineux, et il illumine le monde entier » (log. 24).
On désigne sous le nom de Bibliothèque de Nag-Hammadi un ensemble extraordinaire de papyrus découverts fortuitement par des paysans égyptiens sans doute en décembre 1945. Ces papyrus étaient enfermés dans une jarre au pied de la falaise du Gebel-el-Tarif, non loin de l’ancien monastère fondé par Saint Pâcome (286 + 346) sur le territoire du village de El Qsar-El Sayyad, l’antique Khenoboskion, dépendant de Nag-Hammadi, soit à 550 km au sud du Caire et à 60 km au nord-ouest de Louksor. Le lot de papyrus enfoui dans une jarre brisée se composait de treize codices reliés, comme nos livres actuels, et protégés par des étuis en cuir, alors que les manuscrits de la Mer Morte et la plupart des manuscrits anciens se présentent en rouleaux. Ces codices sont écrits dans les deux dialectes coptes de Haute-Égypte, le sahidique et le subakhmîmian. Ils sont en général remarquablement conservés, car, sur les mille pages environ qui nous sont parvenues, près de huit cents sont intactes. L’extrême sécheresse de la région explique qu’ils aient ainsi été préservés des outrages du temps. Actuellement, les codices sont déposés au Musée Copte du Vieux Caire.
En réalité, le sacré ne repose ni sur l’intelligible, ni sur le sensible, ni sur la science, ni sur la métaphysique. Le monde du sacré est fondé éternellement sur l’incarnation du mystère, c’est-à-dire sur l’ordre de l’inconnu et de l’inconnaissable, sur l’ordre du non-humain et non pas sur la seule raison humaine. Et s’il n’y avait pas de transcendance à la base même des mystères, alors il n’y aurait pas non plus de mystères et toutes les sociétés secrètes traditionnelles ne seraient que des écoles de philosophie et des systèmes de morale qui passeraient comme tous les systèmes et comme toutes les écoles. Mais si elles sont fondées sur la transcendance, alors les mystères initiatiques sont réels et non seulement réels mais éternels comme leur principe universel. D’autre part, la voie traditionnelle vers le divin se propose de changer l’homme tout entier et non pas de développer des pouvoirs humains particuliers. Le processus de cette lente métamorphose, c’est l’initiation, et ses méthodes ne présentent aucun rapport avec celles de l’enseignement et de la pratique des sciences…
Pourquoi cette violence ? Il n’y a pas de violence sans peur ou sans souffrance. PEUR ET SOUFFRANCE sont les racines de la violence. D’où naissent cette peur et cette souffrance ? Probablement à l’aube de notre existence, dès la première phase de la naissance, quand exilé du paradis perdu de l’unité primordiale avec notre mère, nous tombons dans l’enfer de la dualité dès les premières contractions utérines.
Qu’entendons-nous par l’expression : « géométrie symbolique » ? Nous avons naguère essayé de distinguer aussi précisément que possible les « synthèmes » et les symboles à partir de la différence qui sépare des signes de liens mutuels, de nature sociale et profane, des signes d’une ou de plusieurs liaisons, de nature religieuse et sacrée, attestée soit par des initiations, soit par les rites. Les « synthèmes » suggèrent des rapports rationnels descriptibles ; les symboles évoquent, dans leur essence, des relations spirituelles qui ne sont ni mesurables ni exprimables de façon totalement adéquate. De plus, nous avons indiqué qu’entre les synthèmes sociaux et les symboles sacrés se situaient les emblèmes, bases du langage de l’art. Ainsi peut-on concevoir qu’une géométrie puisse être synthématique, emblématique ou symbolique, selon sa structure propre et sa finalité.
Le péché originel ne précipite donc pas l’humanité sur les chemins du Mal, mais lui ouvre au contraire les voies du Bien. Ou du moins, si le Mal est désormais le compagnon de l’homme, le Bien est tout autant à ses côtés pour le soutenir. Tout ce que l’animal a de monstrueux sans le savoir, l’homme l’a consciemment ; tout ce que l’animal possède de noble, cela aussi l’homme en est présent conscient en lui-même. Capable de tuer, de ruser, d’usurper comme l’animal, il est également, comme l’animal, capable d’aimer, de nourrir, de protéger, mais consciemment, volontairement et, pour cela même, davantage. Entre l’animal et l’homme, la différence ne réside pas dans l’acte ; elle n’est que dans la perception de soi au moment où l’acte s’accomplit. Et cela, c’est la révolution que, sous les dehors d’une fable ésotérique, Moïse décrit dans la Genèse.
Ainsi, il faut d’abord définir ce qui, à côté de ses évidences nutritionnelles et organoleptiques, donne à l’alimentation humaine des dimensions non mesurables. Tout comme l’art ou l’amour, que transcende ou colore l’inexprimé, l’alimentation et ses perversions, telles que la cuisine, suscitent chez l’homme des arrière-pensées, des tabous, une gestuelle et des observances comparables à l’exercice d’une religion, comme si le primordial, ici, opérait sur l’esprit de l’individu et le comportement des sociétés de la même manière, là, que le métaphysique.