Vimala Thakar : La vie, enquête et exploration

Alors, ce que nous appelons l’ego, le soi, le moi, est-ce seulement l’expression d’un processus humain universel qui se déroule dans mon corps, ou est-ce une entité qui m’appartient exclusivement, ou est-ce moi qui lui appartiens ? Le groupe cherche à comprendre si le « je », le « soi », le « moi », l’ego naît et possède une individualité, une exclusivité ? Ou bien émerge-t-il comme un mouvement de l’évolution de la Vie ? Y a-t-il une émergence et une résorption, ou bien y a-t-il la naissance d’un ego et la mort d’un ego ?

David Bohm : Conversations: 1- Le soi, la société et la proprioception

Le mot proprioception comporte deux parties. « Proprio » signifie « soi » en latin et « ception » est comme perception. Cela signifie donc perception de soi. C’est un terme technique utilisé par ceux qui parlent du corps, de la physiologie, pour décrire le fait que le corps connaît immédiatement son propre être, son propre mouvement ; il peut donc percevoir immédiatement son mouvement sans réfléchir et le distinguer des mouvements qui proviennent de l’extérieur. C’est nécessaire à la survie. Or, l’esprit ne semble pas en être doté. Ainsi, nous pouvons penser à quelque chose et soudainement ressentir une sensation viscérale, mais nous ne voyons pas que c’est la pensée qui a produit cette sensation viscérale…

Robert Powell : Mettre fin à la détresse en se décrochant du limité

La question est donc la suivante : comment défaire les crochets sans en créer de nouveaux au cours du processus ? Aucune action consciente de ma part ne peut être la réponse, car une telle action serait en fin de compte l’œuvre des crochets mêmes qui constituent le problème. Il suffit d’exposer les crochets, qui sont mes chaînes, à la lumière de l’attention, en les faisant passer du passé inconscient au présent conscient. Il est primordial de voir leur nature temporelle ; c’est-à-dire qu’ils sont entrés à un certain moment en se glissant, pour ainsi dire, à travers mon manque d’attention, et qu’ensuite ils se sont constamment renforcés.

Krishnamurti : Ce que l’amour n’est pas

Pouvons-nous penser à l’amour ? Nous pouvons penser à une personne, à des souvenirs qui se rapportent à elle, mais est-ce de l’amour ? L’amour est une flamme sans fumée. La fumée est tout ce que nous connaissons si bien : la fumée de la jalousie, de la colère, de la dépendance, de l’attachement, des mots « personnel » ou « impersonnel ». Nous n’avons pas la flamme, mais nous connaissons si bien tout ce qui concerne la fumée. Toutefois, il n’est possible d’avoir la flamme, que lorsque la fumée n’est pas. Cessons donc de nous préoccuper de l’amour, de savoir s’il est au delà de la pensée et de la sensation ; libérons-nous plutôt de la fumée, de la fumée de la jalousie, de l’envie, de la séparation, du chagrin, de la douleur. Et lorsque la fumée ne sera pas, alors seulement connaîtrons-nous, vivrons-nous, cela qui est la flamme.

Intelligence, ordinateurs et esprit mécanique IV. Discussion avec Krishnamurti

La pensée est un instrument usé. Je pense qu’elle a atteint ses limites, son point d’attache, car elle n’a pas résolu le problème humain. Alors, y a-t-il une façon de voir qui ne soit pas la pensée, mais qui, au lieu d’aller vers l’extérieur, vers les cieux et tout cela, se tourne vers l’intérieur ? Ce mouvement intérieur est l’infini.

R.P. Kaushik : Méditations et discussions de groupe

Ce penseur, qui est très intelligent, qui veut méditer et se débarrasser des pensées, ne peut pas réussir. La méditation est la fin du penseur, et non l’effort du penseur. Ainsi, dès que le penseur réalise la futilité de son effort, il disparaît. Le penseur n’est rien d’autre que le conflit créé par la pensée, le conflit entre deux pensées, deux souvenirs. Dès que le penseur disparaît, la pensée elle-même entre dans une dimension différente. Alors, s’il vous plaît, ne condamnez pas la pensée à tous les niveaux.

Intelligence, ordinateurs et esprit mécanique I & II. Discussion avec Krishnamurti

Cela signifie que la perception est libre du savoir et que l’action ne provient pas de la perception ni du savoir. La perception du serpent, du danger, est action, mais cette perception est basée sur des siècles de conditionnement à propos du serpent. La perception que je suis hindou, qui dure depuis trois mille ans, est le même mouvement. Et nous vivons dans ce champ tout le temps. C’est cela qui est destructeur, pas la machine. À moins que cette machine qu’est l’esprit ne s’arrête — pas l’ordinateur —, nous allons nous détruire nous-mêmes.

Krishnamurti : Le sens de la mort

Ainsi, l’esprit évite la mort parce qu’il ne sait pas ce qui va se passer ; en gros, il dit : « Je connais la vie ». Aussi pénible, aussi douloureuse, aussi agréable, aussi angoissante, aussi destructrice soit-elle, c’est tout ce que je connais et je m’y accroche. Je ne connais pas l’autre. Je peux spéculer, inventer, rationaliser, avoir des croyances merveilleuses à ce sujet, mais le fait est que je m’accroche à ce que je connais. Ainsi, l’esprit recherche toujours la sécurité dans les relations, dans quelque chose de permanent. L’esprit l’exige toujours, et cette sécurité se trouve dans le domaine du connu, le connu étant le savoir, l’expérience, la mémoire.

Krishnamurti : L’esprit peut-il être libre de tout conditionnement ?

L’esprit est donc conditionné dans son intégralité, il n’y a aucune partie de l’esprit qui ne soit conditionnée. Un tel esprit peut-il se libérer lui-même ? Et qui est l’entité qui peut le libérer ? L’esprit est la conscience totale, avec toutes ses différentes couches de connaissances, d’acquis, de traditions, d’instincts raciaux, de mémoire. Un tel esprit peut-il se libérer lui-même, ou l’esprit ne peut-il être libre que lorsqu’il voit qu’il est conditionné et que tout mouvement hors de ce conditionnement n’est qu’une autre forme de conditionnement ?

Insights sur la régénération III. Discussion avec Krishnamurti

L’amour implique bien davantage que le mot. Il implique une grande beauté. Il ne réside pas dans la femme que j’aime, mais dans le sentiment même d’aimer, ce qui implique une relation avec la nature, l’amour des étoiles, de la terre, des pierres, du chien errant, de tout cela, et aussi l’amour de ma femme. Si vous le réduisez au désir et à la sensation, si vous l’appelez un mouvement biologique, alors cela devient une affaire sordide. Votre femme vous traite, et vous la traitez, comme une nécessité biologique. Est-ce cela, l’amour ? Je demande donc : le désir, le plaisir, est-ce l’amour ? Le confort sexuel est-ce l’amour ?