quel besoin y a-t-il de faire part à autrui de ce que l’on a pu ressentir, éprouver comme phénomènes qui, de toute façon, ne peuvent se situer qu’au niveau individuel. Quel besoin de confier à tout venant ce qui appartient au plus intime de soi-même, étant ce qui existe de plus simple et de plus naturel ? Ce déshabillage intérieur traduit d’abord un manque de retenue, et ensuite l’ignorance que les phénomènes ne sont que la manifestation sur le plan individuel physique ou affectif d’une Réalité qui jamais ne sera éprouvée de la même manière chez tout autre. En sorte qu’en incitant autrui à essayer de faire les mêmes expériences et de ressentir les mêmes choses que soi, en un mot à passer par le chas de la même aiguille, on le distrait et l’on risque de l’égarer et qu’il se tourne vers ses petites affaires personnelles, au lieu de l’inciter à regarder inlassablement vers le dedans de lui-même jusqu’à ce qu’il entende l’appel intérieur qui le mènera par la voie qui lui est propre, unique, sans référence à quoi que ce soit, vers son accomplissement…
Étiquette : Non-dualité
Nisargadatta Maharaj - Un entretien en 1980
La mort est considérée comme une expérience terrifiante,comprenez ce qui se passe réellement ! Ce qui est né – la connaissance « je suis » – va finir. Cette connaissance, qui a été limitée par le corps, va soudain devenir illimitée. Qu’y a-t-il là d’effrayant ?
Wei Wu Wei : Le mental indivis
Dans la pratique, cela veut dire que n’importe quelle conception que A a de B, C de B, B de B (son « soi ») est tout ce que B est ou pourrait être à ce moment du temps. A aucun moment du temps il ne peut y avoir d’entité pouvant être autre que conceptuelle, parce qu’il n’y a que connaissant, et ni connaissant ni connaissance ne peuvent avoir une existence autonome.
Jean Klein : Une autre perspective
Je vous propose une expérience intéressante qui vous fera mieux comprendre ce que je vous expose. Allez un soir à un concert écouter une musique qui vous plaît. Elle vous semble attrayante, merveilleuse, extraordinaire, elle vous bouleverse. Vous êtes donc pleinement attentif. — Le rideau se ferme. — Vous êtes alors renvoyé à vous-même puisque vous n’avez plus de prise, Tout dynamisme de saisir est éliminé et se perd dans votre conscience. On se sent être présence, sans pourtant l’appréhender, la fixer, on se sait intuitivement vivre en harmonie, dans la réalité. Je ne sais si vous me suivez ? Apprenons à regarder sans affects notre vie, notre environnement. Les situations, tout ce qui apparaît prend alors une tout autre signification, une autre perspective. Nos affectivités nous font bâtir un monde illusoire, en nous et autour de nous. Sans ces fantasmes, ce sont les choses qui nous saisissent, elles ne se rapportent plus à un point de vue, mais à la globalité et le changement se produira grâce à la compréhension ainsi obtenue. Si vous voulez vous libérer de la peur, de l’inconfort, regardez-les lucidement, sans fuir, acceptez ces perceptions afin de les traverser, les dépasser ; ne les refusez pas, afin de leur donner l’occasion de finalement vous révéler la présence qui est vôtre.
XXX : Si tu t'imagines...
Si l’on ne peut transmettre ce dont il est ici question, du moins par la parole verbale, écrite ou par une technique, peut-être pourrait-on aider les autres à s’approcher du point de rupture. Mais, quels sont ceux qui sont disposés d’emblée à mourir à leur imaginaire, à renoncer à se faire plaisir ? Quels sont ceux qui sont prêts à s’engager sans réserve aucune, sans arrière-pensée, totalement ? non pas en avançant simplement un pied et en se disant : Après, on verra bien… Si l’on sait par avance, comme il est dit dans le zen, que la chambre que l’on s’imagine être celle du trésor, et dans laquelle on va se glisser comme un voleur, va se révéler être une pièce vide ? Non, surtout pas cela. Renoncer à son confort et à ses sucreries spirituels, à son petit trésor intérieur personnel, aux chaudes satisfactions que procure le milieu « agitationnel » dans lequel on évolue, il ne saurait en être question. C’est en ce sens que l’on peut aussi comprendre la parabole du jeune homme riche de l’Evangile qui demande au Christ ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle et auquel celui-ci répond : « Abandonne tout et suis-moi ». Et le jeune homme s’en alla tristement parce qu’il tenait trop à lui-même.
Jean Klein : Qui connaît la personnalité ?
Le moins ne peut discerner le plus, la personne est dans l’impossibilité de comprendre étant elle-même une perception. Je me demanderais à votre place : Qui connaît la personnalité ? Elle est en grande partie composée d’éléments qui assurent la survie en tant qu’individu, de choses apprises, d’éducation, d’expériences. C’est un produit de la société avec lequel vous vous identifiez. Je poserais plutôt la question d’une autre manière : Quelle est la lumière qui l’éclaire, qui est derrière toute représentation ? Vous ne trouverez jamais la réponse, mais vous serez saisi par un silence, présence ultime qui se suffit à elle-même.
Philippe Litzler : Isaac de l'Étoile et la connaissance de soi
La pureté à laquelle Isaac aspire procède en grande partie de « la purification des phantasmes qui sont absorbés par les sens, habitent au-dedans l’imagination et, comme de petits nuages intermédiaires, nous cachent la clarté du soleil. » Il nous faut ainsi « dépasser toute l’agitation des pensées par la vigilance de l’âme », nous élever au-dessus de « la foule intérieure » comme Jésus gravissant la montagne, car tant que nous sommes immergés dans cette foule il nous est impossible de la contempler lucidement : « il est difficile, dans la foule, de voir la foule ; il est inévitable, dans la foule, d’éprouver du trouble. Aussi doit-on laisser la foule pour voir la foule elle-même, pour juger de la foule même ». Cette prise de recul s’effectue extérieurement, par un retrait dans la solitude, et intérieurement. L’enseignement d’Isaac de l’Étoile ne sépare d’ailleurs jamais ces deux plans. Ce sont plutôt pour lui des sphères concentriques dont le centre est la Réalité une et immuable.
Nisargadatta maharaj : La conscience est partout
Quand le sentiment d’être apparaît il n’a aucunement l’impression d’être un corps ! C’est de ce sentiment d’être qu’est créé le cosmos tout entier. Au sein de cette création vous disposez également d’une forme, mais vous n’avez nul besoin de vous identifier à elle en tant qu’entité fonctionnant et se déplaçant indépendamment dans le monde. Le principe qui anime et propulse le corps est uniquement cet être, cela ne provient pas du corps. Ce grand spectacle cosmique se déroule dans la conscience et à la fin tout se dissoudra dans cette seule conscience. Méditez là-dessus sans vous identifier au corps et vous, conscience, découvrirez que vous soumettre à cette identité de forme humaine est l’action de Mâyâ, l’illusion.
Jean Klein : Écoutez sans interpréter
En tout cas, dans l’enseignement qui vous est ici transmis, les mots sont seulement une image, écoutez-les sans les interpréter, afin de sentir ce qui est derrière, ce qui passe par leur intermédiaire. Laissez vivre la formulation sans intervenir, sinon, ce que l’on a entendu devient intellectuel, on cherche à s’en souvenir ; or, ces phrases sont déjà mortes, la mémoire est un cimetière.
Wolter A. Keers : Jnana yoga - Questions & Réponses
La réponse à toutes ces questions est analogue à la solution du cercle carré. Il importe de se demander d’où procèdent de telles questions et quel genre de réponses on désire obtenir. La question naît dans l’esprit et la réponse qu’on attend doit être dans les termes de la raison. Mais la question est-elle « raisonnable » ? En la posant on oublie que l’esprit lui-même fait partie du monde et qu’il est impossible d’expliquer un tout dans les termes de sa partie. Imaginez un gâteau rond. Partagez-le en huit morceaux. Supposons que chaque morceau représente un individu. Comment s’y prendre pour expliquer à l’un de ces morceaux ce qu’est le gâteau en entier ? C’est une tâche impossible car le morceau ne pourra jamais comprendre ce qui le dépasse, ce qui est plus grand que lui.