Krishnamurti : L’esprit peut-il être libre de tout conditionnement ?

L’esprit est donc conditionné dans son intégralité, il n’y a aucune partie de l’esprit qui ne soit conditionnée. Un tel esprit peut-il se libérer lui-même ? Et qui est l’entité qui peut le libérer ? L’esprit est la conscience totale, avec toutes ses différentes couches de connaissances, d’acquis, de traditions, d’instincts raciaux, de mémoire. Un tel esprit peut-il se libérer lui-même, ou l’esprit ne peut-il être libre que lorsqu’il voit qu’il est conditionné et que tout mouvement hors de ce conditionnement n’est qu’une autre forme de conditionnement ?

Krishnamurti : L’observateur et l’observé

Lorsque je construis une image de vous — ou de n’importe quoi — j’ai la faculté de l’observer. Il y a donc l’image et son observateur. Je vois, par exemple, quelqu’un avec une chemise rouge et ma réaction immédiate est qu’elle me plaît ou qu’elle me déplaît. Ce plaire et déplaire est le résultat de ma culture, de mon éducation, de mes associations, de mes inclinations, de mes caractéristiques acquises ou héritées. C’est de ce centre que j’observe et que j’émets mes jugements, et c’est ainsi que l’observateur se sépare de ce qu’il observe. Mais l’observateur est conscient de plus que d’une seule image : il en crée des milliers. Toutefois, en diffère-t-il ? N’est-il pas, lui-même, une autre image ?

Insights sur la régénération III. Discussion avec Krishnamurti

L’amour implique bien davantage que le mot. Il implique une grande beauté. Il ne réside pas dans la femme que j’aime, mais dans le sentiment même d’aimer, ce qui implique une relation avec la nature, l’amour des étoiles, de la terre, des pierres, du chien errant, de tout cela, et aussi l’amour de ma femme. Si vous le réduisez au désir et à la sensation, si vous l’appelez un mouvement biologique, alors cela devient une affaire sordide. Votre femme vous traite, et vous la traitez, comme une nécessité biologique. Est-ce cela, l’amour ? Je demande donc : le désir, le plaisir, est-ce l’amour ? Le confort sexuel est-ce l’amour ?

Insights sur la régénération II. Discussion avec Krishnamurti

Maintenant, la connaissance de soi est-elle le facteur central de la régénération ? Si tel est le cas, alors comment puis-je me connaître — sachant que le mot n’est pas la chose, que la description n’est pas la chose décrite ? S’il n’y a pas de verbalisation, que se passe-t-il ensuite ? Vous avez éliminé, si vous ne verbalisez pas, tout le domaine de la morale, de l’éthique. Pour nous les mots sont devenus très importants. Prenez le mot violence ; si je n’emploie pas ce mot et que je suis libre de la verbalisation avec toute sa signification, que reste-t-il ?

Insights sur la régénération I. Discussion avec Krishnamurti

Quelle est la relation entre la conscience et la pensée ? Quel est le commencement de la pensée ? Comment cela vient-il à l’existence ? Quelle est la source d’où jaillit la pensée ? Il y a perception, sensation, contact, puis la pensée, le désir et l’imagination interviennent. C’est l’origine du désir. Est-ce donc là l’origine de la pensée, le commencement de la pensée, le mouvement de la pensée ?

Krishnamurti : Rien n’est un problème à moins que vous n’en fassiez un

Vous regardez une fleur sur le bord de la route, vous la regardez là, vous voyez sa beauté, la tranquille condition de son existence, sa couleur, vous en respirez le parfum. Et, simplement, vous regardez et vous passez. Regardons exactement de la même manière le mouvement de notre vie durant les heures de veille, exactement ainsi, sans désirer résoudre aucune de ses complexités, aucune des questions qui sont en cause durant notre journée.

Krishnamurti : La transformation radicale

Maintenant, est-il possible d’observer notre conscience, non à deux niveaux disjoints, mais totalement ? Est-ce que je peux observer ma conscience, non pas comme l’inconscient et le conscient, mais comme une totale unité, indivise, une chose qui est intrinsèquement complète ? Est-il possible d’observer ainsi ? Ce n’est possible que lorsque je comprends très clairement que cette division est artificielle — peut-être est-elle commode et peut-être permet-elle d’expliquer certaines activités névrotiques — mais, en réalité, elle est totalement créée par l’homme, par la pensée.

Krishnamurti : La racine du désordre

Maintenant, quand on est dans le désordre, rechercher l’ordre est une erreur, évidemment. Parce que l’esprit qui est confus, qui n’est pas clair, reste encore dans la confusion et dans l’incertitude, lorsqu’il recherche l’ordre. C’est bien évident. Tandis que, si vous prenez connaissance du désordre dans lequel vous vivez, si vous le comprenez, si vous en comprenez les causes, le mouvement, par le fait même de comprendre ce désordre, du fait de cette compréhension, l’ordre surgit naturellement, aisément, heureusement, sans aucune contrainte, sans aucun effort pour se maîtriser.

Krishnamurti : L'identification, la peur, le temps et la liberté

Donc, pouvez-vous ne pas vous identifier et pourquoi vous identifiez-vous ? Vous comprenez ma question ? Pourquoi ? Est-ce que, par l’identification avec un autre, vous vous évadez de vous-même ? Approfondissez cela, s’il vous plaît ! Vous évadez-vous ? Ou, vous pouvez vous identifier avec un autre, parce que vous êtes solitaire, ou vous avez peur de n’être rien. Vous comprenez ? Être absolument vide, psychologiquement, je ne veux pas dire biologiquement, s’agissant de la nourriture. Est-ce que ce sont là les raisons ? Ou le fait que vous ne vous êtes jamais posé cette question et, est-ce que, si vous vous la posez, vous avez peur de vous voir en face, tel que vous êtes réellement ? Par conséquent, l’identification avec un autre devient un moyen de vous évader de ce que vous êtes. Donc, vous demandez alors ce que vous êtes ?

La nature de la vie religieuse III. Discussion avec Krishnamurti

La pensée peut-elle être arrêtée, et qui va l’arrêter ? S’il existe une entité capable de l’arrêter, cette entité est soit extérieure au champ de la pensée, soit créée par la pensée elle-même. Je suis un acteur extérieur et je vais l’arrêter. Si cet acteur est extérieur — le ciel, Dieu ou autre — alors cet acteur extérieur est créé par la pensée. Notre problème est donc le suivant : la pensée peut-elle se rendre compte qu’elle est limitée et, étant limitée, se restreindre à une certaine activité dans la vie quotidienne ?