Vimala Thakar : Le temps, le langage et le silence

Rencontre du 3 août 1989 Avec votre coopération, nous traiterons environ dix questions cet après-midi. Question: « Pourquoi appelez-vous « êtres » les montagnes, les rivières et les arbres ? Qu’est-ce qu’un être ? « demande un participant. Vous savez ce qu’est une chose: c’est ce qui est construit par la main de l’homme, construit par la pensée de […]

Raymond Ruyer : Des anarchistes et des nihilistes naïfs

(Extrait de Le Sceptique résolu 1979) Le nihiliste et Pangloss Le nihilisme est un scepticisme non raisonné. Les nihilistes ne croient pas en rien : « Ils ne croient en rien de ce qui n’a pas leur approbation, simplement. En d’autres termes, ils ne veulent pas admettre qu’il y ait quelque chose en dehors de […]

Renée Weber : L'univers qui se replie et se déplie II: une conversation avec David Bohm

 (Extrait de Ken Wilber – Le paradigme Holographique. Édition Le Jour 1984) Entretien précédent SECONDE SÉANCE WEBER: Nous avons parlé quelque peu de cette accumulation d’énergie. Mais je ne crois pas que nous ayons eu suffisamment de temps pour l’expliquer clairement. Serait-ce possible de le faire? BOHM: Expliquer quoi? WEBER: Vous avez parlé de l’accumulation […]

Carlo Suarès : La fin du grand mythe III

S’affranchir du Temps veut dire s’affranchir de l’inconscient collectif, qui fabrique le temps collectif, et de l’inconscient individuel qui fabrique le temps individuel. Le temps individuel est toujours lié au temps collectif, car l’individu ne parvient que très difficilement à se libérer de l’emprise de l’inconscient. C’est pour desserrer cette étreinte mortelle que nous nous efforcerons de la décrire.

Le temps c'est la pensée, entretien avec Robert Powell

En somme, la conscience sans choix doit naître sans aucune pression de l’esprit, spontanément; autrement, elle n’est pas « sans choix ». Examinez tout d’abord la question de motivation, et voyez si votre conscience sans choix est le moyen d’arriver à une fin, ou si c’est une fin en soi pour vous. Si tel est le cas, vous serez en présence de justes assises. Ne tentez pas alors de « retenir votre jugement, » c’est impossible; si vous essayez de le faire, vous ne ferez que refouler la pensée et donner plus de force à l’esprit subconscient. N’essayez pas d’être conscient. Soyez-le. Faites-en l’expérience, jouez avec, et voyez ce qui se produit; personne ne peut vous le dire, et si quelqu’un vous le disait, cela n’aurait aucune valeur pour vous. N’en faites surtout pas un problème; nous en avons déjà assez comme ça !

Jean Markale : Le temps étalé ou le destin-volonté

Dieu a souvent été proposé comme un Créateur perpétuel. Si l’on s’en tient à cette proposition, il faut admettre qu’un seul geste de Dieu — ou une seule parole suffit pour créer tout l’enchaînement des faits qui consti­tue le Monde, un peu comme le coup d’épingle dans le papier plié dont parlait Cocteau. Mais cette création per­pétuelle se fait à travers la créature, laquelle doit néces­sairement contribuer à la création sous peine d’être néan­tisée. Le système de pensée des Druides, pour ce que nous en savons, semble avoir eu cette prodigieuse intuition : c’est par la créature que Dieu — quel que soit son aspect —, créateur en perpétuel devenir, se crée lui-même : autrement, il n’existerait pas, ou il équivaudrait, selon le raisonnement hégélien, au pur néant. De là la confiance totale de la pensée druidique en la volonté hu­maine, la confiance totale des Celtes chrétiens dans le Libre-Arbitre absolu.

Archaka : Le cosmos immortel

Pour la conscience qui, affranchie du mode temporel, découvre cet absolu de l’Être, le principe de causalité s’annule de soi-même. Il ne peut être question de se plier encore au sens du Bien et du Mal. Tout est d’avance et à jamais accompli. Intérieurement, l’architecture édifiée par les millénaires s’est lézardée et, à la longue, s’écroule et disparaît. L’innocence est reconquise — ou plutôt l’état sans péché, qui se conquiert en échappant à l’emprise du Temps, est révélé. Il n’est pas retour en arrière, à un Éden préhistorique, à une idiotie pré-humaine, mais découverte, par-delà toute morale, tout dogme, toute confession, d’une inévitable transcendance de l’humanité.

Archaka : La naissance de la Mort

Il y a soixante mille ans, un phénomène s’est donc produit dans la conscience terrestre : le brusque arrêt du souffle dans une poitrine étrangère, l’ataraxie intérieure qu’en dépit de la raideur navrée des membres le visage détendu traduisait, le silence irrémédiable de celui qui, un instant avant, criait ou riait, tout cela s’est mué en ce qui nous prosterne et à quoi nous n’avons pas encore trouvé de réponse. Toutes nos cultures découlent de cette découverte d’une Amérique que nous appelons la Mort. Toutes nos philosophies, toutes nos religions sans aucune excep­tion sont issues de cette brusque ouverture sur notre anéantissement…

Paul Chauchard : Temps et nature humaine

Nous voyons ainsi combien le temps importe à la nature de l’homme. Celui-ci, bien plus que l’animal, va en prendre conscience. Mais il ne se rend pas assez compte combien le temps est une réalité de sa chair, combien le temps l’a marqué et le marque, contribuant à le faire ce qu’il est, assez autre peut-être de ce qu’il aurait pu être. Le temps, c’est le dynamisme même de notre être en évolution constante, c’est la présence de tout notre passé dans notre présent, à notre insu même. Prendre conscience du temps, ce n’est donc pas connaître le cadre extérieur de notre vie, mais jeter un regard sur la réalité même de notre être.

Jean Markale : Du grand œuvre à la pacotille

C’est en effet une désintégration quasi-absolue de l’être humain que d’ordonner son activité sur un temps abstrait et arbitraire. Où est l’Œuvre dans tout cela ? Et, ce qui est encore plus significatif, c’est que ce mode de vie qui s’impose à nous est non seulement contraire à la philo­sophie naturelle mais encore au marxisme théorique qui affirme que le travail, faisant partie intégrante de la personnalité, est propriété de l’ouvrier. Je voudrais bien voir un ouvrier d’une grande usine, où l’on travaille à la chaîne, conscient d’être le propriétaire de l’objet qu’il contribue à produire ? Je voudrais bien voir un employé d’une quelconque administration conscient d’être le pro­priétaire du travail qu’il accomplit dans le plus complet aveuglement. Il n’y a plus guère que certains privilégiés, artisans et artistes notamment, à pouvoir affirmer qu’ils sont les propriétaires de leurs œuvres.