Robert Linssen : À propos de J. Krishnamurti

J’ai rencontré Krishnamurti pour la première fois en 1928 au Camp International d’Ommen en Hollande. J’ai eu le sentiment de l’avoir toujours connu. Son extrême simplicité et la spontanéité de l’accueil affectueux qu’il me témoignait m’avaient fort ému. D’autres amis ont eu cette impression. Mais au-delà de cette simplicité, la présence d’un rayonnement spirituel et la pénétration d’un regard semblaient scruter les profondeurs de mon être et n’avoir aucun secret. Krishnamurti avait alors 33 ans. Entre 1931 et 1938, nous nous liâmes d’une profonde amitié. En 1931, je fondais à Bruxelles avec quelques amis le premier « Centre Belge Krishnamurti », transformé plus tard, en 1983, sous la dénomination « Comité Belge Krishnamurti » dont j’assume toujours la vice-présidence.

Robert Linssen : Robert Linssen et les maitres des voies abruptes

L’expression « voies abruptes » évoque le caractère soudain et spontané de l’éveil intérieur. L’exemple des événements qui se présentent au cours d’un rêve est souvent donné pour l’expliquer. Lorsque nous examinons le passage d’une situation de rêve à l’éveil normal, nous voyons qu’il se fait de façon instantanée.

L’éveil spirituel fondamental est comparable à la foudre, qui frappe à l’improviste: en un instant, elle révèle la plénitude de sa lumière, de sa chaleur, de son intensité. Nous ne pouvons pas « inviter la foudre ». Krishnamurti déclare à ce sujet: «You cannot choose Reality, Reality must choose you.» (Vous ne pouvez pas choisir la Réalité, la Réalité doit vous choisir)

Roger Godel : Entretien: Le corps comme image

Que le corps soit une image mentale, c’est une évidence que nous avons à tout instant, et que, pourtant, nous manquons de réaliser, nous manquons de reconnaître, pourquoi ? parce que, de notre corps, nous avons une expérience par le toucher, une expérience par la vue, une expérience par la douleur que nous lui attribuons — les douleurs dont nous prétendons du moins qu’il est l’origine —, et il est pour nous une constante sollicitation, de telle sorte que cet ensemble — cette imagerie, pouvons-nous dire, cette construction de l’esprit — nous revêt comme s’il était attaché à nous par des liens indissolubles.

René Fouéré : Entretien avec René Fouéré (1986)

Il y a des gens qui sont arrivés à cette conscience presque accidentellement. Parce que si l’on cherche à s’y entraîner par des voies techniques, on ne l’atteint jamais. Car cette conscience n’a pas de caractère technique. C’est justement – et au contraire – lorsque l’on perçoit la stupidité de tout ce que l’on fait dans le processus du moi que, tout à coup, un autre état apparaît.

René Fouéré : René Fouéré à Beauquinès (Entretiens enregistrés)

Je serais tenté de dire que de vraies relations humaines ne pourraient être établies qu’entre des libérés. Je n’ai pas la prétention d’appartenir à cette catégorie. On disait autrefois qu’en dehors des héros il y avaient les braves gens. En dehors des libérés il y a les gens de bonne volonté. Je suis un homme de bonne volonté devant vous. J’essaie de comprendre le point de vue des autres autant qu’il m’est possible. Nous essayons de nous défaire de tous les conditionnements que nous avons subis depuis notre naissance.