L’illumination ou l’œil de l’esprit par Aimé Michel

Comment l’homme est-il devenu, au moins partiellement, maître de ses représentations, c’est ce que nous ignorons. Mais le préhistorien suit au fil du temps la naissance de cette maîtrise, qui fut longue. Ramasser une pierre qui traîne et la tailler, c’est faire aussi bien que le pic épeiche qui taille une pièce de bois pour y caler sa noix et l’attaquer avec son bec. Aller chercher au loin une certaine qualité de pierre pour en faire plusieurs outils qu’ensuite on portera sur soi, cela suppose la représentation libérée qui est le propre de l’homme. Avant d’aller chercher cette pierre, il a fallu imaginer une longue série d’actes sans en faire aucun.

Les paradoxes de la complexité entretien avec Edgar Morin

Je suis parti de la théorie des systèmes et de la cybernétique en pensant que c’était nécessaire mais pas suffisant pour la théorie de l’organisation que je veux faire. Mais elle-même est nécessaire, comme théorie générale, mais insuffisante pour examiner une organisation spécifique comme le vivant. Il faut faire une théorie de l’auto-organisation. J’essaie de montrer à la fois l’unité et la diversité. Ensuite, certains phénomènes sont à la fois complémentaires et antagonistes.

La cosmologie néo-gnostique de Jean Charon par Raymond Ruyer

Si l’on est tellement choqué par l’« électron intelligent » de J. Charon, que l’on ose au moins regarder en face ce grand fait. Dans la formation génétique, puis embryonnaire, d’un être vivant et de son système nerveux, c’est un fait que les atomes ou plus exactement les électrons des couches superficielles des atomes cherchent et trouvent les atomes-partenaires adéquats, et conjuguent leurs actions. On aimerait que les réductionnistes nous expliquent la différence entre un phénomène d’organisation micro, puis macroscopique, et un phénomène de foule, où le temps désorganisateur règne seul. Il faut évidemment faire intervenir des facteurs d’organisation dès le niveau élémentaire, capables d’établir les canaux conducteurs et les relais énergétiques de la machine vivante, si l’on veut comprendre une grande organisation. La vie refait la complexité de l’individu à partir d’une cellule. Elle refait aussi un noyau cellulaire complet à partir d’un demi-noyau, une hélice d’A.D.N. à partir d’une demi-hélice

L’équilibre pensée-sentiment et la mutation par Robert Linssen

Comment déconditionner l’esprit ? C’est en cela que réside partiellement ce que Krishnamurti appelle une « impossible question » par le fait que la pensée qui tente d’opérer ce déconditionnement n’est elle-même dans son état actuel de fonctionnement que conditionnement et facteur de conditionnement. L’attention devrait s’appliquer à l’étude de la nature de la pensée elle-même.

Le processus de création selon S. Lupasco

Ainsi les procédures de toute connaissance ne révèlent pas un Moi conscient s’opposant à un Objet extrinsèque, mais une dynamique d’énergies antagonistes dont l’imbrication engendre des processus cognitifs multiples. C’est le monde qui se connaît lui-même, en même temps qu’il évolue et se crée.

Etat de conscience et la possession de soi par Louis Pauwels

Toutes les traditions spirituelles disent la même chose : qu’il faudrait avoir la puce à l’oreille et se réveiller. « Éveille-toi, dormeur, éveille-toi ! » Il faut aller contre cette nature lâcheuse qui ne nous a qu’ébauchés. Contre cette nature endormeuse qui nous rend contents de si peu. « Veiller est tout. » Il faut, avec une volonté de démiurge, essayer de changer d’état. Alors se dévoile le sens de la parole sibylline selon laquelle « être, c’est être différent ».

Le cerveau humain peut-il comprendre le cerveau humain par Yves Christen

L’étude du cerveau pose le même type de problème tant il est vrai qu’on a facilement l’impression qu’une sorte de personnage regarde, et interprète le monde dans notre tête. Le fait d’avoir vu décrit un peu partout dans les livres d’école l’œil comme un appareil photo ou une caméra a grandement facilité cette déviation intellectuelle. Le biologiste Francis Crick a, en termes fort simples, démontré pourquoi une telle explication ne pouvait satisfaire le chercheur : « Récemment, commente-t-il, j’essayais désespérément d’expliquer à une femme intelligente le problème de la perception. Comme elle ne parvenait pas à comprendre où il résidait, je finis par lui demander, en désespoir de cause, comment elle croyait voir le monde. Elle me répondit qu’elle pensait avoir à l’intérieur de la tête une sorte de récepteur de télévision. « Et alors, demandais je, qui le regarde ? Instantanément, elle comprit le problème. » « La plupart des neurobiologistes, poursuit Crick, sont d’accord sur le fait qu’il n’y a pas d’homoncule dans le cerveau. Malheureusement, il est plus facile de souligner une erreur que de l’éviter.

L’Homme, la Biologie et les machines par Alfred Herrmann

N’est-on pas obligé d’admettre que, par analogie, il doit exister un psychisme naturel, un psychisme de la nature, un psychisme cosmique, beaucoup plus intelligent au point d’être pratiquement omniscient, beaucoup plus puissant que le psychisme humain et très supérieur à ce dernier étant donné que grâce à un travail laborieux effectué pendant des millénaires et encore des millénaires, c’est ce psychisme cosmique qui a créé l’homme et le psychisme de l’homme.

La réalité sensorielle. Libres propos de Michel Random

Il y a évidemment un fil d’or, un fil interne qui relie les propriétés de toutes choses, qui fait le pont entre le qualitatif et le quantitatif, le monde de la matière et celui de la pensée, entre l’événement instantané, la réalité soudaine, l’apparition spontanée et mouvante des choses, et l’espace-temps. Il existe ce fil qui est au-dehors et au-dedans, qui forme et informe, qui modèle et crée, qui partant de l’infiniment grand à l’infiniment petit, se manifeste avec la même cohérence, la même puissance d’obstination si l’on peut dire, ce fil qui ne lâche lui jamais prise, que rien ne peut entamer, qui a toujours été et qui probablement sera toujours. Et ce fil de toutes relations, ce fil enchanté, n’est autre que le vivant.

Les archétypes et l’inconscient « objectif » Par Dominique Casterman

Il faut savoir que toutes les formations psychiques non reconnues ont un effet de possession sur le moi. Ces éléments psychiques se manifestent sous forme de complexes, c’est-à-dire de personnalités parcellaires, telles les personnifications de l’ombre, de l’anima et l’animus, qui sont des symboles archétypiques. Les complexes peuvent aussi être des nœuds idéo-affectifs proches de notre histoire personnelle, ce sont par exemple des culpabilités (souvent illégitimes) imposées par l’environnement. L’ombre, c’est la réaction de l’inconscient objectif face à l’oppression des complexes personnels et de nos modes de vie consciemment admis et intégrés à la personnalité du moi.